‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 638 sur 922 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

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! RAMON DE FtASSAN. — ROGER IV, COMTR DE POIX.

Le peuple roman avait bien besoin , pour fortifier son cœur , des strophes vengeresses de Cardinal et de Figueyras, et mieux encore des exhortations évangéliquesde ses ministres, et surtout des ineffables et mystérieuses consolations du Paraclet . Car c'était une lutte à mort entre TÉglise romaine et ce peuple infortuné, la lutte de Tonce contre la gazelle, la lutte du milan contre la colombe, et la bête de proie s'irriiait encore des convulsions et du gémissement de l'agonie. L'inquisition, dont tout héroïsme excitait les emportements, s'acharnait alors sur une noble et touchante victime, Ramon deFlassan, baylede Mazères*. Le pieux Roger-Bernard, comte de Foix, ami des évêques cathares et protecteur secret de Montségur, était mort trois années avant la chute de la forteresse albigeoise . Le pape Grégoire IX avait levé l'excommunication dont l'avait frappé révéque d'Urgel , mais malgré cette absolution , le comte , tombé malade au Castellar de Pamiers , incertain d'une tombe, se fit, avant d'expirer, transporter au monastère de Bolbone pour être .enseveli auprès de son père, le grandRamonRoger.il le fut, en effet, grâce à la pieuse tolérance des moines un peu suspects eux-mêmes dé catharisme; mais

« 1. Les Flassan étaient de Limous

l'inquisiteur ne lâcha qu'à regret sa grande proie , et vingt ans après, pour convaincre sa mémoire d'hérésie, il fit saisir un de ses cinq écuyers, un noble vieillard, qui, depuis la mort du comte, recueilli au château de Mazères à côté de la nécropole de Bolbone , veillait sur les cendres vénérées de son maître. Rien de plus touchant que la confession de ce fidèle chevalier. « L'an 1263, Louis étant roi de France, et Ramon (du Falgar) évêque de Toulouse, moi Ramon-Bernard de Flassan, bayle de Mazères, non circonvenu, mais pour délivrer mon âme du péril et du crime dont je suis menacé, sur le point d'être ramené à Garcassonne, au pouvoir du frère Pons, inquisiteur, où m'attend la mort; soit à cause de la goutte qui me tourmente continuellement et de l'extrême débilité de mon corps ; soit à cause des horreurs de la torture, du cachot et delà faim que j'ai continuellement subis pendant deux mois et un jour, dans cette prison; après les épreuves passées, et m' attendant à de plus cruelles encore, à moins que je ne profère le mensonge, comme j'y ai été plusieurs fois excité, je déclare de ma propre bouche, devant les vénérables pères, Arnauld, abbé de Bolbone, et Arnauld, abbé de Mas-d'Azil, et les personnes ci-dessous mentionnées, la main sur les saints Évangiles de Dieu, que je fais ma confession pour le salut de mon âme, et pour <jue, s'il est nécessaire, selon qu'il arrivera de moi ils en rendent témoignage en temps opportun.

Et d'abord, je déclare que, en compagnie d'isarn Jordan, de Gaillard de Montbrun, de Batalha de Yentenac, de Roger des Essarts, j'ai continuelle-

LES ALBIGEOIS ET L'INQUIgITION

ment servi don Roger-Bernard, comte de Foix, et cela de nuit et de jour, pendant de longues années, jusqu'au moment de sa mort; et j'ai vu que dans la confession de ses péchés, il agit selon l'usage de la sainte Église, et les habitudes d'un bon chrétien • Et jamais je n'ai vu ni connu âme vivante qui, en santé ou maladie, conduit près de lui dans son château de Pamiers, ni dans aucun lieu du monde des hérétiques; que jamais je n'ai vu qu'il les adorât, ni qu'il les cachât, ni qu'il les fît cacher ou fît quelque autre chose contre l'Église romaine: ce que j'ai certifié au frère Pons qui trois fois me fit jurer la main sur les Évangiles de Dieu. Et maintenant j'atteste, et je jure la vérité au péril de mon âme ; et si la torture qui m'attend me faisait dire le contraire, que je sois réputé menteur et traître et en abomination à tout être vivant. Fait le 16 des calendes de janvier au monastère de Bolbone, en présence des abbés sus-nommés, des frères et prêtres, et de moi Arnaud Sicre, tabellion public de Rabat et de Saurat*. » Pieux mensonge , illusion de la fidélité d'un serviteur envers un maître dont il ne veut pas qu'on profane les cendres et qu'on bouleverse la tombe. L'infortuné Ramon de Flassan , reconduit à Carcassonne, et renfermé dans la tour de la Mura, ne tarda sans doute pas à mêler ses os aux restes des martyrs de Montségur.

Roger IV, comte de Foix, fut excommunié comme son père et son aïeul. Un jour, étant à son

. 1. Dom. Vaissette. Hist. duLang., t. VI, pr. 125, p. 530.

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