LIVRE TREIZIEME
supplions, nous et toute la noblesse de France *. » Ainsi parla Plasian. L'habile orateur revêtait la monarchie capétienne du prestige religieux dont il dépouillait la théocratie romaine. Il est incontestable que Philippe le Bel modérant la papauté, muselant l'inquisition, organisant la justice , abolissant la servitude, et tâchant de guérir les plaies du Languedoc, est le champion de l'humanité. Il €st dans le christianisme plus que le pape. Avaitil le droit de convoquer un concile? Assurément non, mais il pouvait le croire, car Charlemagne l'avait fait, et Philippe est pleinement ici dans la tradition de Charlemagne *.
Le lendemain, Plasian reprit son réquisitoire contre Boniface. Il produisit ving-ueuf chefs d'accusation. Le plus grave est que le pontife ne croyait pas à l'immortalité de l'âme. Il ne croyait pas à la présence du Christ dans l'Eucharistie, et n'observait pas les abstinences de l'Église; il consultait les devins. Puis venant aux griefs politiques : il se vante d'abaisser et même de détruire la superbe nation des Français, et pour y réussir, il veut tout abîmer, lui, l'Église, le monde. Les Français prétendent n'être soumis à personne pour le temporel. ^ Ils en ont menti par la gorge, s'écrie le pontife, et quiconque soutiendra qu'ils ne relèvent pas du pape et de Tempereur, qu'il soit anathème, fût-il un ange du ciel ! » L'orateur irritait habilement, par 43es intempérances de langage et de rôle de Boniface,