Chants populaires du Midi
la sainte exilée : il l'a visitée à Montségur, ou à Castelbon, ou à Ornolac. Il n'a trouvé, dans ce pays désolé, ni château, ni cabane; il n'a trouvé qu'une ruine de petit manoir dont le toit touche le sol, lui qui, naguère, s'éhinçait dans les nues. Quel tableau du ravage et du bouleversement de la Croisade !
Le chant est tronqué lui-même, comme un débris ajouté à tant d'autres débris. Le bouvier s'arrête... A-t-il entendu le galop des chevaux des Croisés, ou le grincement sinistre du chariot des inquisiteurs?°Cette brusque interruption ajoute encore au mystère de phrases sans suite, de strophes sans rime, de ce Aht lamentable, entrecoupant des paroles d'insensé, pareil au dernier soupir du pauvre chanteur frappé de mort, et ce désordre répand une sorte de frayeur vague et comme un frisson d'horreur fantastique.
Ce chant est navrant par son expression de démence douce, résignée, lugubre. La Mort de Joana le continue sur un autre rhythme. Le drame commence au retour du bouvier, le soir. 11 est, à notre sens, plus poignant encore, par le désaccord profond des paroles et de la mélodie, et par le ricanement sardonique qui siffle sur le gémissement tragique et solennel.