‹ Histoire démocratique des peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 45 sur 48 · A&W RIENS · texte numérisé non relu

A&W RIENS

C’est du dernier de ces rois, e T esi de Sardampaie seulement que nous allons parler; et nous avertissons que ce n'est que dans la Bible que Ton trouve quelques détails sur quelques-uns des autres, mais sous des noms qui ne sont point les mêmes que ceux cités ci-dessus, comme nous l’avons déjà dit ailleurs.

Nard au a pale.

Sardanapale, roi des Assyrien s, régnait en 785 avant Jésus-Christ. Il habitait tantôt Babylone, tantôt Ninive. Laissons Diodore de Sicile nous peindre ce roi et la destruction de son empire :

« Sardanaple, le dernier roi des Assyriens e£ k trentième (1) depuis Ninus, qui avait fondé la monarchie, surpassa tous ses prédécesseurs en luxure et en fainéantise. Non-seulement il se dérobait am yeux du public, mais il menait tout-à-fait la vie d’une femme; passant son temps au milieu de ses conçu* bines, il travaillait la pourpre et la laine la plus fine, portait une robe de femme, se fardait le visage avec

ûciairé des travaux du Syneeüe, d'Üssêriüs, d'Eusèbe, de Vassms, de des Vîgnoles, et de tous ses snvanLs devanciers. Cesî donc avec raison que nous nous appuyons sur lui, ne trouvant ailleurs rien de plus satisfaisant. Nous ne puiserons nos date? dans d'autres livres que pour les points sur lesquels Langlet nous ferait défaut, en recommandant toutefois k nos la- * tours de ne pas se montrer trop exigeants sur les dates clirouelogiques il de certaines époques; et de ne point trop disputa *sur un pareil sujet.

(!) Le nombre des rois de Babylone n’est pas le même dans tous les historiens. Mais il serait inutile de discuter à ce sujes

SAlîDAXAC AIÆ.

dé lu céruse cl àf enduisait tout le corps avec des préparations dont se servent les courtisanes; enfin, iï se montrait plus mou que la femme la plus voluptueuse* Déplus* il s’efforçait de donner a sa voix un timbre féminin et s’abandonnait sans réserve, non-seulement au plaisir que peuvent procurer les boissons et les aliments, mais encore aux Jouissances de l'amour des deux sexes, abusant sans pudeur de fun et de l'autre. Enfin, if était arrivé à un tel degré de honteuses débauches et d’impudence, qu’il composa lui-même son épitaphe qu'il fit. mettre sur son tombeau par ses successeurs* Cette épitaphe, écrite en langue barbare, fut plus tard ainsi traduite par au Grec :

« Passant, sûr que tu es né mortel, ouvre ton " âme aux plaisirs ; il n’y a plus de jouissances pour « celui qui est mort. Je ne suis que de la cendre, “ moi, jadis roi de la grande Ninîve; maïs je pos- « sède tout ce que j’ai mangé, tout ce qui m’a diw Yerti, ainsi que les plaisirs que ramour m’a procurés. Ma puissance et mes richesses seules ne rt sont plus* »

« Tel était Sardanapale, Non-seulement il termina honteusement sa vie, mais encore il perdit remplie des Assyriens, qui est de tous les empires celui qui a duré le plus longtemps,

» Ajutage, Mèdo d’origine, homme remarquable par sa valeur cï son caractère, commandait Je corps îles Modes qui étaient tous les ans envoyés h Niuîve, 11 s’était, dans le camp, lié d’amitié avec le commandant des Babyloniens, lequel lui fit part du

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ASSYRIENS

projet de renverser la dynastie des Assyriens* Ce commandant se nommait Bélésys ; il était le pins considéré parmi les prêtres que les Babyloniens appellent Chaldéens. Versé dans l'astrologie et la divination, il avait, bien des l'ois, prédit Ta venir. Ainsi devenu un objet d’admiration, il se mit à prédire au commandant des Mèdes, que lui, son ami, régnerait un jour sur tous les pays dont Sardanupule était roi. Àrbace accueillit cette prédiction avec joie, et promit au devin le gouvernement de la Babylonie, dans le cas ou V entreprise réussirait; aussitôt, comme encouragé par la voix d’un dieu, il rechercha f amitié des autres chefs, Us incita à des rémmu et à des festins, en essayant de tes attirer dans son parti. ïl fut aussi curieux de voir le roi dans l’intérieur de son palais et d'examiner tout son genre de vie. Il fut introduit dans le palais par un eunuque augud it avait donné une coupe d'or; et témoin de la mollesse et des mœurs efféminées de Sardanapale* il méprisa ce roi indigne et s’affermit plus que jamais dans les espérances que lui avait données le Chaldéen* Enfin, le plan delà conspiration fut arrêté : Àrbace devait soulever les Mèdes et les Perses, tandis que Bélésys ferait entrer les Babyloniens dans cette conspiration* à laquelle il lécherait aussi d'entraîner son ami, le roi des Arabes* Cependant, le terme du service des troupes était expiré ; d’autres troupes arrivaient pour relever celles qui rentraient dans leurs loyers* De retour dans sa patrie, Àrbace engagea les Mèdes a secouer te joug du roi des Assyriens* ri ij appela les Perses à la liberté. Bélésys* de son

ÂAHDANAPALE.

côté, en fit autant pour les Babyloniens ; ci il envoya des députés en Arabie, pour solliciter le roi de ce pays, son Linü et hôte, à seconder son entreprise. Au bout d’une année, tous les chefs de la conspiration ayant rassemblé leurs soldats, arrivèrent en masse devant Nînive, sous le prétexte de relever, suivant la coutume, les troupes anciennes, maïs en réalité pour renverser Je trône des Assyriens. Les quatre nations désignées (Modes, Perses, Babyloniens et Arabes) se concentrèrent sur un seul point, au nombre de quatre cent mille combattants; ils délibérèrent ainsi en commun sur leur entreprise,

<i Averti de cette trahison, Sardanapale marcha aussitôt contre les révoltés, à la tête de fermée qui lui restait. Un premier combat fut livré dans la plaine; les rebelles furent battus, perdirent beaucoup de monde et se réfugièrent dans une montagne éloignée de soixante-dix stades de Ninive. Ils en descendirent bientôt, et se préparèrent à un second combat, Sardanapale rangea son armée en bataille et envoya des hérauts dans le camp ennemi, pour annoncer qu’ü donnerait douze talents d’or (16,900,000 francs) à ceux qui tueraient Àrbace, le Mède, et le double avec le gouvernement de laMédie à ceux qui le lui amèneraient vivant. II promit des récompenses semblables à ceux qui tueraient Rélésys, le Babylonien, ou qui le prendraient vivant. Personne îui se rendant à cette invitation, Sardanapale engagea le combat et tua un grand nombre de rebelles; le reste se retira dans les montagnes, Arbace et les siens se consultèrent sur le

ASSVMENS,

parti qu'ils devaient prendre, La plupart étaient il avis de i h etou ner ch ex eux, de s’emparer des places fortes, et d’y faire tous les préparatifs nécessaires pour soutenir la guerre. Mais, Bclésya, le Babylonien, assura que les dieux lui avaient déclaré par des signes manifestes, cpi’à la suite dé longs eftorts et de beaucoup de fatigues, on arriverait è h tin de l’entre prise, et il les exhorta tous à braver le péril. Il se fit donc un troisième combat, dans lequel le roi fui, de neuve vainqueur; il se rendit maître du camp des rebelles et les poursuivit jusqu’aux frontières de la Bubylotüe* Àrbace, après avoir fait des prodiges de valeur et tué un grand nombre d’Assyriens* fut lui-même blessé. Découragés par tant de revers, tes chefs des conjurés désespérèrent de la victoire et songèrent à se retirer chacun dans ses foyers. Mais BéJésys, qui avait passé toute fa nuit h observer les astres, leur déclara que, s'ils voulaient tenir encore cinq jours, il leur arriverait du secours Inopiné, et que la fortune changerait en leur laveur. Il assurait que ce changement de fortune était annoncé par les astres* et qu’il ne leur demandait que ce délai pour leur donner une preuve de sa science et de la faveur des dieux.

*< Au moment oii ces promesses rappelèrent les soldais sous les armes , et que ions consentirent à tenir la campagne pendant le terme fixé par le devin, il arriva la nouvelle qu’un puissant renfort, envoyé de la BacLriane pour seconder le roi, approchait en diligence* Àrbace et les autres conjurés jugèrent & propos d’aller a sa rencontre avec l’élite des

SABDàNAPALE.

troupes légères, afin que, s'ils ne parvenaient pas à persuader les Bactriens d'embrasser leur parti* on eut recours aux armes pour les y contraindre- Cet appel à la liberté fut joyeusement accueilli par les chefs des Bactriens, et leur exemple fut suivi par les troupes qu'ils commandaient. Cependant, le roi des Assyriens, ignorant la défection des Bactri en s, et enflé de ses succès, était retombé dans sa mollesse ; il distribuait aux soldats, pour leurs festins, les animaux immolés, une grande quantité de vin et beaucoup d'autres provisions. Averti par quelques transfuges que le camp ennemi s'abandonnait à l'oisiveté et à rivresse, Ârhace vint l'attaquer à l'improvistc pendant la nuit Ses colonnes s'avançant en bon ordre tombèrent sur les troupes relâchées, s'emparèrent du camp, tuèrent un grand nombre de soldats et poursuivirent le reste jusqu’à h ville. Après cette défaite, le roi remit le commandement de son armée à Salémène, Frère de su femme, et lui-même s’enferma dans Ninîve pour la défendre. Les rebelles livrèrent, sous les murs de la ville, deux combats dont ils sortirent vainqueurs, tuèrent Salémène et massacrèrent une partie des fuyards; les autres, coupés dans leur retraite sur la ville, furent forces de se jeter dans FEuphratcoÜ ils | périrent presque tous. Le nombre des morts fut si grand que le fleuve conserva dans un long trajet la couleur du sang dont il était teint. Le roi, assiégé dans Fenee|nte de la ville, fut abandonné de presque foutes les provinces, impatientes de recouvrer leur liberté. IV-duil à la dernière extrémité, Sarda*

A55VMEN5»

napale envoya ses trois Ois et deux fi Mes, ainsi que beaucoup de ses trésors, dans la Paphlagonie, auprès de Cotte* le plus dévoué de ses gouverneurs* En meme temps, il dépêcha dans tontes les provinces des courriers, chargés d'un ordre écrit, pour y faire lever des troupes et préparer tout ce qui était nécessaire pour soutenir un siège. Un ancien oracle avait dit que Nmive ne serait jamais prise d’assaut, à moins que le lleuve lui-même ne se déclara ennemi de la ville. Or* ne s’imaginant pas que pareille chose pût jamais avoir lieu, et plein d'espérance, ü se disposa h soutenir le siège en attendant les secours qu'il avait demandés*

« Exaltés par leurs succès, les rebelles pressèrent l'attaque, mais ils ne purent faire aucun mal aux assiégés, défendus par leurs fortifications; car les catapultes, les tortues et les béliers, machines destinées h battre les murs en brèche, n’étaient point encore inventées, et le mi avait eu soin de fournil* la ville de vivres et de provisions en abondance* Le siège traînait ainsi en longueur : pendant deux ans on se contentait d'attaquer les murs et de couper les convois* La troisième année, il tomba des pluies si abondantes que les eauxde l'Euphrate inondèrent une partie de la ville et renversèrent les murs dans une étendue de vingt stades; ce fut alors que le roi, j persuadé de l'accomplissement de roracle, désespéra de son saint; et pour ne pas tomber vivant au pouvoir de rennemi, il fit dresser, dans son palais* un immense bûcher sur lequel il plaça son or, son argent et tous ses vêt ements royaux ; s'en fer-

ÜESTRLCTIOjN DE EMPIRE D ASSYRIE-

jnant avec ses femmes et ses eunuques dans une chambre construite dans le milieu du bûcher, il se fit réduire en cendres avec ses gens et son palais. » Il faut avouer que. Sunlanapuie, le fils des rois corrompus, et trop avili liii-mème, était doué d un male courage et d’un beau génie. Que n'eût-il pas feU. ce roi efféminé, si l'éducation et les leçons de l'adversité fussent venues fortifier son caractère, agrandir son finie, et si Dieu eût permis que toutes ses facultés pussent se développer, non dans l'enceinte d'une cour licencieuse, mais sur une scène 1 1 1lis agreste, plus noble et plus glorieuse? — Il y avait dans cet homme r étoffe d un héros.

Laissons DIodore continuer son récit :

a Instruits de k mort de Sardanapale, les rebelles outrèrent par la brèche dans la ville et s'en emparèrent; ils revêtirent Àrbaee du manteau royal, le proclamèrent roi et lui déférèrent l'autorité souveraine.

« Le nouveau roi distribua fi ses compagnons des récompenses et nomma les gouverneurs des provinces. Bélésys, le Babylonien, celui qui avait prédit l'avènement d'Arbace, se présenta alors à lui pour lui rappeler ses services et réclamer le gouvernement de la Babylonîe, qui lui avait été promis. Il lui déclara aussi que, dans le temps oit le sort était encore incertain, il avait fait vœu à Bélus que, si on réussissait u se rendre maître de Sardanapale et à brûler ses palais, il en transporterait les cendres a Babylone, et qu'il élèverait, auprès du temple de ce dieu, un monument destiné ù rappeler aux rmviga-

ASSYRIENS

tours de l'Euphrate le souvenir immortel de la destruction de l’empire des Assyriens. 11 taisait cette demande, parce qu'il avait appris d’un eunuque qui s’était réfugié chez lui, que de l’or et de l’argent avaient été mis dans lebûcher. Arbace nesachantrien de tout cela, parce que le roi s’était fait brûler dans son palais avec tous les siens, remit les cendres à Bélésys et lui accorda toute la Babvlonie exempte de tribut. Bélésys fit aussitôt appareiller des barques et les envoya à Babylone, chargées de la plus grande partie de ces cendres avec l’or et l’argent qui y étaient contenus. Cependant, la chose s’étant ébruitée, le roi nomma, pour juge de cette affaire, les chefs qui avaient été ses compagnons d’armes. L’accusé avoua son crime devant le tribunal, qui le condamna à mort. Mais le roi, plein de magnanimité, et voulant signaler le commencement de son régne par un acte de générosité, fit grâce à Bélésys et lui laissa I argent et l’or dérobés. 11 ne lui ôta pas non plus le gouvernement de la Babvlonie, jugeant les services rendus plus grands que les torts qu’il avait reçus. Le bruit de cette modération se répandit partout; il recueillit une estime universelle ; tout le monde jugeait digne de la royauté celui qui savait ainsi pardonner. Arbace se conduisit avec douceur à l’égard des habitants de Ninive ; il leur remit tous v leurs biens, et après leur avoir assigné pour de- I meure les villages d’alentour, il fit raser la ville. Il lit ensuite transporter à Ecbatane, en Médie, l’or et 1 argent sauvés du bûcher et dont la somme s’éle- I vait à plusieurs talents. L’empiredes Assyriens, qui I

DESTBCCT10A DE I.’ES1Cl UE D'ASSYRIE. 18S)

fut il in si détruit par les Mèdes, avait, depuis Ni nus, subsisté pendant trente générations,. comprenant mi intervalle de plus de treize cents ans. « L’empire des Glial du en s, ou Assyriens, fut continué sous un autre nom, mais il fut divisé et moins puissant; i! y eut une longue suite de rais de Babyione, il y eut aussi les rais de Nînive, car cette ville rasée d’abord, fut relevée aussi tôt*

Parmi les rois de ces deux empires parallèles, qui ne vivaient presque que d’une seule vie, on ni te Nabonassar, Salirmnazar, Asserhadon, et bien d'autres dont je ne croîs pas devoir rappeler les noms ici* Si je dois m'en occuper ailleurs, ce sera eu parlant des Israélites et des Perses. Ce second empire divisé des Assyriens, appelé empire de Babylonc et empire de Ninivo, dura deux cent dix ans. Les Modes qui avaient contribué a détruire le premier. devaient envahir et soumettre le second a leur puissance, nous dirons comment.

Les révolutions fient nous venons de parler profitèrent-elles aux peuples, aux travailleurs ? leur furent-elles nuisibles ? L'histoire ne le dit pas. Elle s’occupe des princes, des intrigants, des ambitieux de toutes sortes, et ne nous éclaire malheureusement pas de ce qui serait pour nous du plus grand intérêt,

La religion des Assyriens était le culte de la nature*, ils adoraient les astres, le feu, la terre.

Leurs mœurs, moins rudes et moins simples que celles des Hébreux, leur ressemblaient néanmoins sous beaucoup de rapports. Nous aurions à parler

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ASSYRIENS

ici de !a religion et des mœurs, mais celle matière sera traitée ailleurs, et lorsque nous traiterons des peuples qui ont le plus de points de similitude avec celui qui vient de nous oceuper, et pour lequel, il taut bien le dire, les auleurs anciens ont fait tons les frais ; pour ma part, je me suis borné à réunir, à grouper ce qu'iis en ont dit de plus intéressant. La destruction du premier empire des Assyriens eut lieu 770 ans avant Jésus-Christ.

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