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LA FAMILLE GILL

Il est facile de voir, d’après ce que nous avons dk jusqu’à présent, que les Abénakis rendirent d’importants services à la Nouvelle-France par leurs armes. Ils rendirent aussi à cette colonie un autre service non moins important, en augmentant sa population par les nombreux captifs anglais qu’ils y emmenèrent.

En effet, pendant une longue période, il s’écoula peu d’années sans que ces sauvages emmenassent en Canada des prisonniers, hommes, femmes et enfants, qu’ils enlevaient dans les colonies anglaises. Ces prisonniers étaient si bien traités qu’un grand nombre se firent catholiques et restèrent en Canada. Ils reçurent des lettres de naturalisation et devinrent Français. Nos archives renferment de ces lettres, qui contiennent des pages entières de noms (1).

Plusieurs jeunes captives anglaises, admises dans des'familles canadiennes des plus distinguées, même chez les gouverneurs, reçurent une haute éducation chez les Dames TJrsulines de Québec. Quelques unes de ces jeunes filles restèrent en Canada.

Les prisonniers, qui furent naturalisés, s’établirent

(1; Régisire du Conseil Supérieur.

DES ABENAKIS.

au milieu des Français ; et aujourd’hui leurs descen dants forment de nombreuses familles canadiennes, disséminées çà et là dans le pays. La famille GiU, aujourd’hui si considérable dans les paroisses de Saint-François-du-lac et de Saint-Thomas de Pierreville, en est un exemple bien remarquable.

Afin de faire mieux comprendre l’importance du service que les Abénakis rendirent à la colonie, sous le rapport qui nous occupe ici, nous allons donner une notice détaillée sur cette famille. De là, nous pourrons nous former une idée fort approximative du nombre de Canadiens, dont les ancêtres sont originaires des colonies anglaises de la Nouvelle- Angleterre et de la Nouvelle-York.

Un Anglais, du nom de Gill, émigra d’Angleterre vers 1670, paraît-il, pour venir s’établir dans les colonies anglaises de l’Amérique. Il se fixa à Boston. Bientôt, il prit du service dans l’armée. En 1672, il était caporal dans les troupes commandées par Thomas Prentice. Alors, il prit part à la guerre contre le roi Philippe, Grand Chef de guerre des Nibenets (1).

Trente ans plus tard, les Anglais ayant rétabli la petite ville de Deerfield, Massachusetts, qui avait été détruite par les Abénakis, songèrent à former de nouveaux établissements encore plus au Nord, près des limites actuelles du Vermont et du New Hampshire . Alors un des fils de l’ancien caporal Gill alla jeter les fondements de l’établissement, qui porte aujourd’hui le nom de Gilltown, situé dans le Nord du

(1) Church’s Indian Wars, edited by Drake. 1839.

Massachusetts, près de la rivière Connecticut (1) . Le nouveau colon, ayant hérité de l’humeur guerrière de son père, prit dn service dans l’armée. En 1711, il était dans les troupes de Nicholson, qui devait attaquer Montréal, tandis que Walker assiégerait Québec.

Dès que Nicholson se fut retiré d’Albany et tandis que les colonies anglaises étaient sous l’empire de la terreur, à la suite du désastre de la flotte de Walker, un petit parti d’Abénakis remonte le Richelieu, traverse le lac Champlain*, franchit les montagnes du Vermont, se rend à la? rivière Connecticut, descend par les torrents de cette rivière et va tomber à l’improviste sur Gilltown, en l’absence du colon Gill. Il pille ce village, enlève un des fils de Gill et la fille d’un ministre protestant, du nom de James.

Le jeune Gill était âgé de quatorze ans, et se nommait Samuel. Le nom de baptême de la jeune fille n’a jamais été connu e elle était âgée de douze ans.

Les Abénakis emmenèrent ces deux jeunes captifs dans leur village de Saint-François. Ils les adoptèrent pour leurs enfants et les traitèrent tendrement. Ces jeunes Anglais se firent bientôt catholiques. Ils s’attachèrent tellement aux sauvages qu’ils adoptèrent leurs coutumes, leur langage, leur manière de vivre, et ne songèrent jamais à retourner vers leurs parents, quoiqu’il leur fût permis dans la suite de les visiter suivant leurs désirs. Ils passèrent le reste de leurs jours à Saint-François, au milieu des sauvages. Samuel Gill mourut vers 175S, et fut inhumé dans l’église des

(l) Mitchell’s New general Atlas, County map of Massachusetts' Connecticut and Rhode-Islan^* 1864.

DES ABENAKIS. 347

Abénakis. Mademoiselle James était morte vingt ans auparavant, vers 1738.

Quoique Samuel Gill parlât' habituellement l’abénakis, il n’oublia jamais sa langue maternelle. Aussi, il fut toujours l’interprète anglais des Abénakis,*

En 1715, les deux jeunes Anglais étant d’âge de se marier, les Abénakis se réunirent en grand conseil pour traiter de l’affaire du mariage de ces deux enfants adoptifs. Car, suivant l’usagé alors établi parmi ces sauvages, les Chefs, réunis en Conseil, choisissaient eux-mêmes les épouses qui convenaient à leurs jeunes gens. Quelques Chefs furent d’opinion de merrier le jeune Samuel à une sauvagesse, et la jeune James à un sauvage. Mais la majorité du conseil décida de marier ensemble les deux jeunes Anglais, afin de conserver la race blanche dans le village (1). Le mariage fut célébré de suite par le P. Joseph Aubéry, alors missionnaire des Abénakis.

Maintenant nous allons faire connaître, avec autant d’exactitude que possible, les descendants de ces deux Anglo- Américains (2).

(1) Les Abénakis ont toujours aimé à conserver quelques blancs dans leurs villages. Ils adoptaient des enfants canadiens, qu’ils mariaient plus tard à des sauvages. Il y a encore aujourd’hui dans le village de Saint-François quelques jeunes Canadiens, qui ont été adoptés par les sauvages. Ces Canadiens parlent si bien le sauvage qu’on les croirait Abénakis.

(2) Les actes des baptêmes, mariages et sépultures de la famille Çriil ont été inscrits sur les régistres des Abénabis, jusqu’en 1760. Comme ces régistres ont été brûlés en 1759, nous avons rencontré beaucoup de difficultés dans nos recherches. Les dates que no us mentionnons, jusqu’en 1760, n’ont pu être constatées que par la tradition et par les actes des décès arrivés après 1760 Par des rapprochements et des déductions, nous avons pu arriver w‘ quelques unes- de ces dates d’une manière assez satisfaisante.

Généalogie de la famille Giïl en Canada.

Samuel Gill, marié en 1715 à— James, de

laquelle il eut.

I Jeanne-Magdeleine, née en 1716.

II Joseph-Louis. . . 1719.

III Joseph 1721.

IV Josephte 1725.

V Marie-Appoline.. 1729.

VI François 1734.

VII Robert 1737.

I Jeanne-magueleine Gill*

I Jeanne-Magdeleine Gill, fille de Samuel Gill et

de —James, morte en 1801, à l’âge de 85 ans, •

mariée en 1735 à- Hannis. Ses descendants sont

parmi les Abénakis de Saint-François. Ils sont au nombre d’environ 140.

Hannis était Allemand. Il avait été fait prisonnier par les Abénakis dans ,1a Nouvelle- Angleterre. Il pass# le reste de ses jours parmi les sauvages de Saint- François, et mourut en 1790.

Parmi les descendants de JeannedMagdeleine Gill, on compte les Hannis, les Obômsawin (1), les de Gonzague et les Toksus, qui sont des familles nombreuses parmi les sauvages de Saint-Erançois.

(i ) Le nom Obômsawin, si commun aujourd'hui parmi les Abéna- W\b, Trient de 11 ObunsaQinno^’, celui qui fait le feu et l’entretieui, et qui se distingue par son habileté en cela.

J>ES ABEMAKIS.

ïl Joseph-Louis Giul.

II Joseph-Louis Gill, fils de Samuel Gillet de-

James, mort eu 1798, à l’âge de 78 ans, marié en

premières noces, vers 1740, à Marianne, Abénakis e (1), de laquelle il eut :

l2 (,2) Antoine, né en 1744, 2 2 Xavier 1747.

12 Antoine Gill, fils de Joseph-Louis Gill et de Marianne, Abénakise, mort en voyage aux Etats-Unis; marié en 1769 à une Abénakise, de laquelle il eut :

1 3 Maurice, né en 1771.1 pes descendants de ces

2 t Marguerite 1774. 1 troig. Qp] sont tous morts.

8 Jean-Baptiste . . 1776. )

en Josenh-Louis GUI se maria à la fille du grand Chef des Abénukis. 11 était le pins remarquable des fils de Samuel GlH- Tons ceux qui sont actuellement les plus distingués dans la famille G. 11, descendent de lui, par son mariage en secondes noces avec Suzanne Gamalin II avait des talents remarquables. Aussi, pendant toute sa vie U tint la première place au milieu des sauvages. I gagnait £ X par le moyen d’un petit négoce qu’il exerçait dans le Village dt Sa!nPt Francois 11 fut grand Chef des Abénakis pennant plus de cbaiZV, an 5 Oependanf, comme il montrait quelquefois des s vm patines poor J Anglais et les Iroquois, les sauvages , * défiaient de lui et l’appelèrent, pour cette raison, .dag8a8uioba8it , fe camai-adeouiwtde l’ûoqucis. Quelques uns même, croyant voir en lui an ennemi' caché, résolurent nn jour de le tuer et aile rent dans ce but se mettre en embusca le dans la fol« h tirés du village. Mais heureusement qu’il ne tomba pas dans cet e embuscade. Wla fin de ses jours, il était vénéré par les sauvages Alors, il fut nommé Chef de la priere. Il tenait dans leglise la première place aprè3 le missionnaire.

(î) Le premier chiffre indique le rang dans la famille, et le second fait connaître le nombre des générations. Ainsi -12 Antoine Veut dire qu’Autoiue était le premier enfant de sa famille et qu il était de la seconde génération, à comp’cr de Samuel G-ill.

2 2 Xavier Gill, fils de Joseph-Louis Gill et de Marianne, Abénakise, mort aux Etats-Unis. Il n’a pas laissé d’enfants.

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