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CHAPITRE DOUZIEME

ILES ABENAKIS EN CANADA ET EN ACADIE.- — MISSIONS’ DE PENTAGOÔT ET DE NORRIDGEWOCK (1689-1724.)

A la suite du traité d’Utrecht, tout présageant une longue paix pour la Nouvelle-France, les Abénakis déposèrent les armes, qu’ils avaient tant illustrées par une suite de combats, de plus de vingt-cinq ans. M# de Vaudreuil profita de cette paix pour aller en France, où il passa deux ans. Il revint en Canada, en 1716, apportant la nouvelle de la mort de Louis XIV, arrivée l’année précédente, et celle de l’avènement de Louis XV sur le trône de France.

La nouvelle de la mort de Louis XIV affligea profondément les Abénakis ;> car ces sauvages aimaient ee grand roi, qui, plus d’une fois, leur avait donne des marques de confiance et d’affection. Monseigneur de Laval, que le roi affectait d’appeler son cousin, plusieurs gouverneurs du Canada, entr’ autres le Comte de Frontenac et M. de Vaudreuil, et les missionnaires avaient parlé avantageusement en France de ces sauvages ; ils avaient fait connaîlre leur courage,

DES ABENAKI S .

leur piété et leur fidélité aux Français. Le roi, pour récompenser ces pieux et fidèles alliés, leur avait envoyé plusieurs présents.

Aussitôt après son retour de France M. de Vaudreuil profita du temps de paix où se trouvait le Canada pour travailler avec activité à réparer le mal que les guerres y avaient causé. 11 conduisit avec activité les négociations avec les Iroquois. Il réussit à désarmer ces sauvages, à les détacher entièrement des Anglais et à les convaincre enfin que leur intérêt exigeait qu’ils demeurassent toujours dans la neutralité, dans les luttes qui pourraient survenir plus tard entre les Français et les Anglais. Il encouragea les Canadiens à se livrer à l’agriculture, qu’ils avaient négligée depuis tant d’années. Le commerce fut aussi un des principaux objets de sa sollicitude. L’éducation de la jeunesse ne fut pas oubliée. On plaça,, en différents endroits du pays, des maîtres d’école, pour venir en aide aux Jésuites et aux Récollets dans l’accomplissement de cette charge importante.

Les Abénakis voyaient avec bonheur ces améliorations et ces progrès* dans le Canada ; car le bien qui en découlait allait jusqu’à eux, et M. de Vaudreuil s’occupait aussi à améliorer la condition de ces valeureux guerriers. Ils s’estimaient donc heureux et espéraient jouir longtemps du bienfait de la paix, lorsqu’ils furent invités à reprendre les armes pour aller au secours de leurs frères de l’Acadie, parceque les Anglais envahissaient leur territoire.

Après le traité d’Utrecht, l’Angleterre garda l’Acadie, mais elle ne réclama, pas les établissements qui se-

trouvaient le long de la Baie de Fundy et jusqu’à k rivière Kénébec. Les français conservèrent leurs possessions sur la rivière Saint-Jean, et s’y fortifièrent.

Cependant, les Anglais crurent que les"' Abénakis delà rivière Kénébec se soumettraient volontiers, à eux, et leur permettraient de faire des etablissements sur leur territoire. C’était une chose fort importante pour eux ; car ils tenaient plus à la soumission de ces sauvages qu'à celle des Iroquois. Ils croyaient avoir pris, dans le traite d Utrecht, toutes les mesures nécessaires pour acquérir la .souveraineté de ce pays. L’article XII de ce traité portait que le roi de France cédait à la reine d’Angleterre “l’Acadie, ou Nouvelle- Ecosse, en entier, conformément à ses anciennes limites, comme aussi la ville de Port-Royal, alors appelée Annapolis Royale, et généralement tout ce qui dépendait des dites terres et îles de ce pays.”

Dès que le gouverneur de la Nouvelle-Angleterre . eût reçu ce traité, il se hata de le communiquei aux Abénakis, Mais il n’osa tenter de les réduire par la force, car il connaissait la valeur de cette nation et savait que les Anglais n’en étaient pas aimes. Il commença donc par agir avec prudence et ménagement à leur égard, et se contenta de leur dire d abord que sa juridiction s’étendait sur leur territoire (1).

Bientôt, un Anglais demanda aux sauvages la permission de placer un magasin sur la rivière Kénébec, pour y faire la traite avec eux, promettant de leur vendre les marchaadises à meilleur marché qu’il ne les

(1) Le P. de Charlevoix. Hist. Gén. de îa N, France. Vol. IV. 108— Bancroft. Hist, of the Ue§. Yol. II. 938.

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agi '

payaient à Boston. Les sauvages, trouvant un avantage dans cette proposition, y consentirent. Peu dè temps après, la même permission fut encore accordée à un autre Anglais, qui offrait anx sauvages des conditions encore plus avantageuses. Ces permissions enhardirent les Anglais ; et bientôt, plusieurs s’établirent sur le Kénébec, sans la permission des sau^vages.

Les Abénakis ne parurent pas d’abord s’en occuper, car ils n’apercevaient pas le piège qu’on leur tendait. Mais, en 1716, se voyant environnés de forts anglais^ ils ouvrirent les yeux et commencèrent à s’apercevoir qu’on voulait s’emparer petît-à-petit de tout leur territoire. Ils demandèrent alors aux Anglais, de quel droit ils s’établissaient ainsi sur leurs terres, et y élevaient des forts. On leur répondit que le roi de France avait cédé leur pays à l’Angleterre (1).

* Les Abénakis ne répliquèrent rien anx Anglais^ mais ils envoyèrent aussitôt des dcputés auprès dcM» de Vaudreuil, pour savoir la vérité sur ce sujet. Le gouverneur répondit que le traité d’Utrecht ne faisait aucune mention" de leur pays. Les sauvages furent satisfaits de cette réponse, et décidèrent de chasser les Anglais de leur territoire (2) .

Avant de raconter la lutte qui suivit cette résolution, nous donnerons quelques détails sur les missions abénakises de l’Acadie : celles de Pentagoët et de Norridgewock.

(1) Le P. de Charlevoix. Hist. Gén. de la N. Franc:. Vol, IVv— *

O) Idem. Vol, IV. 112;

Vers 1689, les P.P. Jésuites, encouragés par les merveilles qui s’opéraient parmi les Abénakis du Canada, résolurent d’établir de nouvelles missions parmi ceux de l’Acadie, abandonnés depuis trente ans et vivant alors dans les ténèbres de l’ignorance. Le P. Vincent Bigot fut envoyé à Pentagoët, accompagné de son frère, le P. Jacques Bigot, qui laissa pour quelque temps sa mission de Saint-François de Sales de la rivière Chaudière.

Ces deux missionnaires réunirent un grand nombre d’ Abénakis dans le fort du Baron de Saint-Castin. Ils y bâtirent une église de soixante pieds de long sur trente de large, et une maison pour la résidence du missionnaire.

Le P. Jacques Bigot apïès une courte résidence à Pentagoët, revint a sa mission du Canada. Le P . Vincent demeura deux ans en Acadie, puis revint en Canada pour remplacer son frère, qui partait pour France. Il fut remplacé à Pentagoët, alternativement, par les P.P. de la Chasse, Bineteau, M. Thury (1), et autres. Il retourna en Acadie, en 1701, et écrivit alors une relation pour rendre compte des progrès du chris* tianisme chez les sauvages de Pentagoët. On voit par cette relation que les Abénakis de l’Acadie ne le cédaient en rien, à cette époque, à ceux dn Canada, sous le rapport de la piété et de la ferveur.

“ Une des preuves les plus sensibles ”, dit le Père, <l que j’aye de la tendresse de l’amour que nos chers

néophytes ont pour nostre Seigneur sont les fré-

(1) M. Thury était un prêtre séculier. Le P. cle Charlevoix dit •* qu’il était un bon ecclesiastique ei un zélé m ssionnaire-

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é6 quentes et longues visites qu’ils lui rendent au S. “ Sacrement. Je le vois tous les jours depuis bien <{ des années avec la mesme consolation et le mesme “ plaisir, que si ce m’estoitun spectacle tout nouveau. « En hyver aussi bien qu’en été, dès le grand matin, •« l’on voit ces fervents chrestiens venir offrir au Sauu veur les prémices de leurs actions, et quelques uns iL s’entretenir très-longtemps avec lui. Les enfants “ mesme, attirés par l’exemple des grandes personnes, “ le pratiquent exactement, et surmontent l’inclina- “ tion que l’on a à cet âge pour dormir, afin de lui rendre aussi leurs devoirs. Que si le sommeil l’em- 44 porte quelquefois à son tour, et qu’ils s’endorment “ dans la chapelle, leurs parens les éveillent et leur 44 reprochent leur lâcheté et leur peu de ferveur à ren- 44 dre à Dieu leurs adorations. Je prendrois souvent 44 le parti de ces petits innocens si je ne craignois de “ scandaliser ceux qui les éveillent. Quoiqu’ils assis- 44 tent à la prière du soir et qu’ils en fassent une se- 4* conde dans leurs cabannes avant que de se coucher, 44 ils ne seroient pas contens s’ils ne venoient encore 44 rendre visite à nostre Seigneur dans la chapelle. 44 Ce sont comme des processions continuelles d’al.

lans et de venans, et cela se fait avec tant de re* 44 cueillement qu’il est aisé de juger par leur exté- 44 rieur de la ferveur de leur foi et de leur amour. 44 Qu’ils aillent à leur travail ou qu’ils en reviennent, ils se font une loy de le saluer dans sa sainte maison “ et de lui offrir leur travail. Les jours de festes qui 41 sont des jours de prières pour eux, il y en a qui 44 en passent la plus grande partie auprès du S.

“ Sacrement, s’y entretenant et s’y occupant unique-;

“ ment de Dieu, sans aucun ennuy, puisqu’il n’en “ peut y avoir dans ces aimables conversations, où il “ fournit sans doute à ces âmes ferventes de quoy l’en-

“ tretenir de la manière qu’il veut

« La vie fervente d’un grand nombre de nos néophyte- tes, Sans en excepter mesme les enfans, dont 'la “ ferveur et l’amour souvent ne cèdent rien à l’amour tt gt à la ferveur des personnes plus avancées en agte,

« me paroit un spectacle digne des Anges et de Dieu mesme. C’est une application continuelle à lui plaire “ dans leurs actions, à penser à nostre Seigneur et à la “ Vierge, sans que leur travail et leurs applications “ soient capables de les en distraire. Elle est devenue « si naturelle à la pluspart qu’elle répand un air de “ douceur sur tout ce qu’ils font, ce qui me paroit “ une marque infaillible de celle qui -remplit leurs “ cœurs” (1).

Cés bons chrétiens menaient une vie innocente et

vertueuse. Ils veillaient tellement sur eux qu’ils ne commettaient que des fautes très-légères. Ils regrettaient sans cesse la vie qu’ils avaient menée avant leur baptême. Ils en concevaient une si grande douleur qu’ils versaient souvent des larmes.

Un Chef alla un jour visiter les Anglais et eut avec eux un long entretien sur la religion. Ce brave chrétien confondit ces hérétiques, qui ne purent lui répondre. “ Je les ai défiés,” disait il au Père, “ de trouver la “ moindre chose tant soit peu défectueuse dans ma

(1) Relation du P. Vincent Bigot. ΟOL 5-

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^"religion, et je leur ai reproché que leur religion n’é- ^ tait pas une vraie religion, que c’était une multitude “ de religions, que la plupart d’eux vivaient comme “ des gens qui n’en ont point, leur ajoutant que je les u connaissais, ayant été dans ma jeunesse presque tou-- “ jours chez eux. A l’égard du culte des Saints, sur- “ tout de la Sainte- Vierge, je lui montrai que Dieu lui “ fait entendre nos prières et qu’elle les écoute. Vous me “ connaissiez, leur ai-je ajouté, j’ai été un des plus “ grands ivrognes qui fut jamais. Dieu a eu pitié de “ m°i? je ne le suis plus depuis bien des années, et je “ défie quiconque, depuis ma conversion, de me pou- “ voir reprocher d’avoir goûté vin ou eau-de-vie. A “ qui en suis-je redevable ? A ma Sainte-Dame la u Mère de Jésus. Ce fut à elle que je m’adressai u dans l’extrême faiblesse où je me sentais pour vain- “ cre une habitude invétérée d’ivrognerie ; je l’ai ce- “ pendant vaincue avec son secours , et après cela “ dites ce que vous voudrez, vous autres Anglais, que les Saints ne nous entendent pas, qu’il est inutile “ d.e nous adresser à eux et à la Mère de Dieu, je ne “ vous crois pas. Vous êtes des menteurs : mon experience me l’apprend. Sachez que j’aimerai et béu n*rai la Sainte-Vierge jusqu’au dernier soupir de ma vie. Je suis sûr même qu’elie me sait bon gré “ et qu’elle me récompensera de ce que je la défends “ contre vous ” (1).

On eût dit que ce bon Chef, en racontant au Père cette entrevue, se croyait encore aux prises avec les-

(D Relation du P. Vincent Bigot. 1701. 8, . 10;

Anglais, car il mêlait à son récit toute l’ardeur d’un brave guerrier prenant les armes pour défendre sa foi.

La fête de Noël était un temps très-précieux pour ces sauvages. Ils désiraient et attendaient toujours cette solennité avec impatience. Quelquefois, ils partaient du lieu de leur chasse pour venir assister à cette fête. Ils passaient toute la nuit de Noël à prier dans l’église. “ Je ne sçaurois dire,” écrit le Pere, “ toutes les marques de tendresse qu’on donne au “ Sauveur naissant dans la crèche, pendant tout ce “ saint temps. Peut-être ceux qui se sentent le moins “ attendris à la vue de ce mystère d’amour et de dou- “ ceur seraient touchés de voir les effets qu’il produit “ dans ces pauvres barbares” (1).

Pendant l’hiver, 1700-1701, l’affreuse maladie du scorbut se répandit parmi les sauvages. Le nombre des malades devint si grand “ que tout le village était un vrai hôpital”, dit le Père , “ Ce qui me consolait

“ dans l’extrême compassion que j’avois souvent de *« ces pauvres malades c’est leur patience, c’est une

égalité d’esprit charmante, c’est une résignation si “ parfaite à la volonté de Dieu, qu’on ne peut rien ce “ semble imaginer au delà. Toujours contens, tou- “ jours gais, toujours parlant de la mort de manièie à » en faire envie. Ce qui me surprend, c’est que de « jeunes femmes, de jeunes enfans soient capables de “ cette résolution. C’est ce me semble une marque « très-évidente de la paix de leur conscience et de

(I) Relation du F. V. Bigot. 1701. 11.

DES ABENAKIS.

** l’innocence de leur vie, qui leur ôtent tout sujet ‘‘ d’appréhender les suites de la mort” (1).

Plusieurs de ceux qui n’avaient pas été atteints par cette maladie désiraient de l’être, afin de souffrir comme les autres. L’amour de ces bons chrétiens pour les souffrances était tel que quelquefois ils se plaignaient de ce que Dieu ne les jugeait pas dignes de souffrir, “ Il n’y aura donc que moi ”, dit un jour une fervente chrétienne, “ qui n’aurai point de part aux souffrances de mon Jésus. Je ne saurais m’em- ‘ pêcher de porter envie à tous ces malades. Lorsque u j’entre dans leurs cabannes pour leur rendre visite, *l 2 je leur envie leur bonheur, je dis en moi-même : que vous êtes heureux, vous autres vrais amis de Jésus, “ puisque vous êtes les compagnons de ses souffrances ” (2).

TJn jeune homme avait un affreux mal au bras, depuis deux ans. Les chairs en tombaient par lambeaux. Un jour, pressé par la violence de la douleur quil endurait, il versait quelques larmes. Le missionnaire, touché de compassion, cherchait à le consoler. Alors, le jeune homme, faisant un grand effort

pour surmonter sa douleur, essuie ses larmes et dit aune voix assez forte, mais qui marquait néanmoins combien il souffrait : “ Ne crois pas, mon Père, * parce que je verse des larmes, que je sois peu con- 1 tent de souffrir. Jésus ~7oit mon cœur, et il sait bien, “malgré les larmes que je verse quelquefois contre mon

(1) Relation du P. Vincent Bigot. 1701. 11,12.

(2) Relation du P. Vincent Bigot. 1701. 17.

“ gré, quo je veux parfaitement ce qu’il veut : lorsque “ je vois tous les jours sortir des os de ma main et de mon bras, je me console sur l’avenir, et je me dis à “ moi-même : lorsque je verrai mon Jésus je serai ex- « empt de tous ces maux, je n’aurai plus rien à souffrir” (l).

Ce courageux jeune homme mourut en prédesti né, entre les brasde son missionnaire. La mort de ce jeune homme, qui arriva le lundi de Pâques, fut suivie , dès le lendemain, de celle d’une jeune femme de vingt ans. Cette mort ne fut pas moins édifiante que la précédente. ’Le Père exhortait la malade à lever souvent les yeux au ciel, afin d’obtenir queïqu’adoucissement à ses douleurs . “ Ah ! mon Père,” reprit-elle, “ bien

“ loin de chercher du soulagement à mes maux, je de- “ mande du meilleur de mon cœur à Jésus qu’il les “ augmente, afin qu’au moins, pendant qu’il souffre et “•qu’on honore ses souffrances, je souffre aussi avec “ lui ” (2).

« Toute ma peine”, dit le Père, “ lorsque j’écris “ ceci, est de ne pouvoir dire les choses comme je les “ vois, ne doutant nullement que ceux qui n’en sont “ point touchés les voyant sur le papier, ne le fussent “extrêmement s’ils en étaient eux-mesmes té- “ moins ” (3).

Il y avait alors dans cette mission un vieillard, fort avancé en âge, et devenu aveugle depuis un an C’e-

(1) Relation du P. Vincent Bigot. 1701. 18.

(2) Relation du P. Vincent Bigot. lTOl. 22.

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tUit le plus beau naturel que le Père n’eût jamais rencontra chez les sauvages ; il était en outre rempli d’esprit et de bon sens. Il ne connaissait pas le chagrin. Il priait tout le jour, et, comme son grand âge l’empêchait de dormir, il priait encore pendant la nuit. II était si plein de Dieu que sa parole avait une onction toute particulière. Le missionnaire assure qu’il ne sortait jamais lui— même du wiguam de ce saint vieillard sans se sentir rempli d’une sainte joie.

un jour que le Père lui parlait de son habitude à prier si longuement, il répartit : “ Que ferais-je autre 44 chose, mon Père, que de penser à Jésus et à Marie, 44 qu’à m’occuper du désir de les voir ? Yoilà tout ce que 44 je puis faire ; aussi, est-ce mon occupation continuelle 44 nuit et jour. Ah ! mon Père, qu’il est vrai que le 44 christianisme remplit le cœur d’une solide joie ! Je “ v°is ma mort proche, elle ne m’effraie point. Jésus <c aura pitié de moi. Yoilà le sujet de ma joie. J’au- 44 rais souhaité au temps de la passion de mourir avec 5 4 Jcsus en croix, si je n’avais appréhendé de prévenir 44 sa volonté en souhaitant de mourir avant le temps 44 qu’il m’a marqué” (1).

Ce vieillard était autrefois grand haragueur, et il avait conservé sa grande facilité à parler. Le missionnaire se «plaisait toujours à l’entendre, chaque jour, témoigner à Dieu sa reconnaissance ; ce qu’il faisait toujours d’une manière éloquente.

Il mourut le jour de l’Assomption, 1701 . Après sa

(1) Relation du P. Vincent Bigot. 1701; 32, 33.

mort, son visage paraissait riant et beau comme d’un homme qui dort d’un doux sommeil.

Tels étaient les chrétiens de Pentagoët.

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