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LES ABÉNAKIS EN CANADA ET EN ACADIE

M. de la Galissonnière avait formé le dessein d’engager les Acadiens à s’établir an côté Nord de la Baie de Fundy. Son but était de couvrir les frontières du Canada, de ce côté, d’une population affectionnée aux Français. Ce projet était blâmable, parce que c’était engager à la désertion les sujets d’une puissance étrangère Les Acadiens avaient, il est vrai, refusé de prêter le serment du test ; mais ils n’en étaient pas moins des sujets anglais.

M. de la Gralissonnière avait communiqué ce projet à la Cour de France, qui l’avait approuvé et avait accordé une somme de 800,000 francs pour cette fin (1).

Ceei était bien propre à blesser les Anglais, qui tenaient à conserver les Acadiens, puisqu’ils leur avaient accordé desk.pxiviléges pour les retenir sur leurs terres, afin d’éviter les frais d’une nouvelle colonie (2).

Les Acadiens, encouragés par le P. Germain el

(1) Mémoires sur les affaires du Canada. 1749—1760. 3. {2) Mémoires sur les affaires du Canada. 1749 — 1760. X

fil'STOIRÉ"

l’abbé de la Loutre,- avaient commencé, eii 1748, à? émigrer en grand nombre vers le Nord de la Baie de Fundy,

Non seulement M, de la Gkdissonnière avait tra*' vaillé à former une barrière contre les Anglais du côté de l’Est, il avait aussi porté ses vues vers l’Ouest, et avait essayé de leur fermer rentrée de la vallée de l’Ohio. Il avait envoyé M. Céloron de Bienville, avee 300 hommesy prendre possession de ce pays d’une manière solennelle.

Telles étaient les choses,- lorsque M. de la Jonquière arriva en Canada, en 1749.

M. de Cornwallis,- gouverneur de la Nouvelle- Ecosse, connaissant le projet des Français, chercha,: en 1750, à le faire échouer. Il se plaignit à M. de la Jonquière, qui lui répondit “ qu’il n’avait aucune “ part aux mouvements des* Acadiens ; mais que les “ officiers qui étaient dans' ces cantons y demeuraient u par ses ordres, pour garder ce pays comme apparte-' “ nant à la France, en attendant la décision des limites ; “ qu’au reste, il ordonnait a’! ces officiers d’éviter toute « difficulté avec les Anglais, mate cependant de se “ maintenir dans les postes qu’ils occupaient jusqu’à « la décision de cette question (1).

Malgré les représentations de M de «Cornwallis, M. de la Corne reçut l’ordre de bâtir un for! sur Imminence de Beauséjour, qui* donnait sur la Baie de Fundy. Les Anglais, de leur côté, en élevèrent un à

(d) Mémo’ res sur les affaires du Canada. 1749 — i7G0. 7.

DES ABENAKIS,

Beaubassin, qu’ils nommèrent Lawrence. Ils y placèrent un commandant et une forte garnison.

Les difficultés qui survinrent alors en Amérique engagèrent les deux Cours à nommer la commission dont il était question dans le traité d’Aix-la-Chapelle. Cette commission se réunit à Paris. Elle était composée de M.M, Mildmay et Shirley, pour l’Angleterre et de M.M. de la Galissonnière et de Silhoutte, pour la France.

Les Commissaires exposèrent habilement leurs prétentions. L’Angleterre réclamait tout le territoire situé entre le fleuve et le golfe Saint-Laurent, l’Atlantique et une ligne tirée depuis le Kénébec au fleuve Saint-Laurent. La France réclamait le littoral de la Baie de Fundy, excepté la ville d’Annapolis, cédée par le traité d’Utrecht. Les Commissaires ne purent en venir à un aecomodement sur cette grave question. Ils eurent de longues conférences pendant cinq ans • mais il n’en résulta que plusieurs gros volumes de mémoires et de pièces justificatives. La question principale demeurait toujours indécise. Cependant, l’Angleterre ne retarda pas la guerre un instant, lorsqu’elle eut fait ses préparatifs (1) .

Pendant ce temps, M. de la Jonquière mourut à Québec, au mois de Mai 1752. Le Baron de Lon. gueuil administra alors la colonie pendant quelques mois, jusqu’à l’arrivée du Marquis Duquesne de Menneville, nommé gouverneur du Canada.

A cette époque, la guerre devenait de plus en plus

(1) Garneau. HisU du Canada, Vol. II. 203.

imminente. On croyait qu’elle éclaterait de jour èti jour, à l’occasion de la question des limites de l’Acadie ; mais, contre toute prévision, elle devait commencer au sujet des frontières, du côté de la vallée de l’Ohio.

Pendant ce temps, les Abénakis, connaissant toutes ces menaces de guerre, étaient prêts à prendre les armes au premier ordre. M. de la Jonquière, convaincu que la paix ne durerait pas longtemps, s’était appliqué à les maintenir dans leur attachement aux Français, et ces sauvages lui avaient promis de demeurer fidèles à la cause de leurs alliés, comme par le passé ;(l).

Le Marquis Duquesne commença son administration par une revue générale des troupes et des milices. Il obligea; tout le monde à servir, et mit les milices sur un pied respectable. Il fit voir qu’il était ipropre à commander.

On augmenta les fortifications de Reauséjour, et l’on envoya des troupes vers la Belle-Rivière, l’Ohio. Ces troupes se mirent en route en 1753, sous les ordres de M. Pêan. Le gouverneur envoyait en même temps des instructions à M. de Contrecœur, commandant dans la vallée de l’Ohio, par lesquelles il lui enjoignait de s’efforcer d’empêcher les Anglais de faire des établissements en deçà des Apalaches et sur la Belle-Rivière, et de construire un fort pou/ la sûreté de sa garnison* Contrecœur, en obéissance à ces instructions, fit bâtir, en 1754, un fort à l’endroit où

(l) Mémoires sur les affaires du Canada. 1749 — 1760.

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la petite rivière de la Monongahéla (1) se jette, dans l’Ohio. Il le nomma fort Duquesne.

Le Marquis Duquesne fit aussi bâtir les forts Machault et de la Presqu’île, pour servir d’entrepôts au fort Duquesne.

Ce fut pendant l’accomplissement de ces ouvrages que M. de Contrecœur apprit qu’un corps considérable de troupes anglaises marchait contre lui, sous le commandement du colonel Washington. Il chargea alors M. de Jumonville d’aller le sommer de se retirer, parce qu’il était sur le territoire français. .. Jumonville, loin de se faire entendre, fut lâchement assassiné, ainsi que la plupart.de ceux qui l’accompagnaient. ,

Le colonel anglais continua sa route, et alla construire le fort de la Nécessité, sur la Monongahéla.

Contrecœur, apprenant Ja mort de Jumonville, résolut de la venger de suite, et envoya M. de Villiers’ avec 600 Canadiens et 100, sauvages, attaquer les Anglais au fort de la Nécessité. Villiers attaqua résolument le fort. Les Canadiens, après un rude combat de dix heures, obligèrent Washington à capituler. Les Anglais s’engagèrent à retourner dans leur pays. Ils se retirèrent avec tant de précipitation qu’ils abandonnèrent leur drapeau (2). 1

Tel fut le commencement de cette grande guerre, où la France et l’Angleterre subirent de si grands échecs eii Amérique.

(1) Log voyageurs canadiens appelaient cette rivière “ la malan~ gqeulée,”

(2) Mémoires des affaires du Canada. 1749 — 170Ô. SS,‘37;V

Les Abènakis profitèrent de cette déclaration de guerre pour recommencer leurs courses dans la Nouvelle-Angleterre, ce qu’ils desiraient depuis deux ans. Le Gouvernement de Massachusetts, profitant du temps de paix, avait fait élever de nouveaux établissements dans le New-Hampshire, sur la rivière Connecticut. On projeta aussi de former des établissements militaires dans les townships de Coos, Un .chemin devait être ouvert jusqu’à cette endroit, et on devait y établir deux villes (1), avec des magasins et des logements pour 200 hommes. Au printemps, 1752, plusieurs Anglais, engagés dans cette entreprise, remontèrent la rivière Connecticut, pour aller visiter l’endroit à établir. Ce mouvement fut connu par les Abènakis du Canada, Ces sauvages en furent mécontents, car ils prétendaient que cette partie du New- Hampshire leur appartenait. Plusieurs Abènakis de Saint François furent alors députés pour s’opposer au projet des Anglais. Ils se rendirent à Charlestown, et informèrent le capitaine Stevens que, si les Anglais envahissaient leur territoire, ils le défendraient par les armes. Cette menace fut communiquée au gouverneur du New-Hampshire, qui la méprisa; et les démarches des Anglais continuèrent.

En 1754, dès que les Abènakis eurent appris le commencement des hostilités entre les Anglais et les Français, dans la vallée de l’Ohio, ils se divisèrent en plusieurs bandes et se jetèrent sur les établissements du New-Hampshire. Un parti tomba sur Bakerstown,

(1) Cea deix Tilles sont a’.’jourd’liui Newbury et Haverhill.

DES ABENAKIS

^urla rivière Pemigawassit (1), pilla et détruisit plurieurs édifices, tua eu fit prisonniers plusieurs An glais.

D’autres sauvages attaquèrent Stevenstown, situé dans le voisinage de Bakerstown. Plusieurs habitants furent massacrés, et rétablissement fut entièrement détruit. Plusieurs autres établissements furent attaqués et détruits. Les habitants s’’ éloigné rent, et le Gouvernement de Massachusetts fut obligé de mettre des garnisons dans les places ainsi abandonnées.

Peu de temps après, un autre parti d’Abénalds se présenta près de Charlestown, à l’habitation d’un nommé James Johnson. Cette famille fut faite prisonnière et emmenée en Canada (2), Bientôt, d’autres sauvages attaquèrent Keene, Walpole et plusieurs autres établissements, et firent de grands dommages aux colons ,(3).

Les Àbénakis employèrent la plus grande partie de l’été et de Pautomne de cette année à faire des courses dans la Nouvelle Angleterre. Ils semèrent partout la désolation et la mort. Ils ne craignirent pas même d’attaquer des garnisons, auxquelles ils firent subir de grandes pertes. Mais, comme ils n’avaient pas de commandants français, ils étaient mal dirigés et abandonnaient quelquefois le combat au moment où la victoire se déclarait en leur faveur. Ils s’enfuyaient

(1) Rivière à la graisse d’ours.

(2) Nous donnons la relation de la captivité de celte famille dans les chapitres XXI, XXII, XXIII.

(3) II. Thrumbull. Hist . of the Indian. Wars. 13G-130.

alors dans la forêt avec un riche butin et un bon* nombre de prisonniers.

Ce fut à cette époque que les Anglais formèrent leurs compagnies de u Rangers.” qui leur furent trèsutiles, surtout pour combattre les Abénakis. Ces compagnies furent appelées plus tard u les Rangers de Rogers’’, parcequ’elles furent placées sous le commandement du Major Robert Rogers. Plus tard, John Stark, le héros de Bennington en fut le capitaine. Stark avait été pris par les Abénakis, et après avoir demeuré quelque temps au milieu d’eux comme prisonnier, il put s’échapper (1)'L

Le major Rogers imagina de faire avancer ses “ rangers” en deux rangs parallèles, lorsqu’il allait attaquer les sauvages. Il y avait alors moins de danger pour les embuscades, el les attaqua de front ou de flanc. Cette pratique fut généralement suivi ensuite dans les guerres contre les sauvages (2).

L’Angleterre ayant terminé ses préparatifs de guerre, accorda de grosses sommes à ses colonies, et leur envoya pour commandant le général Edward Braddock, qui avait servi avecMistinetion dans les guerres d’Europe.

Voici quef était son plan d’opération contre le Canada. La vallée de l’Ohio devait être mise sors. la là puissance des Anglais, après en avoir chassé les

(ï) H. Thrumbull. Hist, of ihe Indian Wars. 139.

(fcHXlem* X39,

DES ABENAKISj

Français. Les forts Saint-Frédéric, Niagara et Beauséjour, devaient être attaqués (1).

Braddock partit de Cork, au commencement de Janvier 1755, et arriva le 20 Février, à Williamsbourg, en Virginie.

La France, voyant qu’il fallait faire la guerre en Amérique, réunit une flotte à Brest, et donna le commandement des troupes, destinées pour le Canada, au Baron Dieskau, qui s’était distingué sous îe Maréchal de Saxe. Dieskau ne partit de Brest qu’à la fin d’ Avril; '

Le Gouvernement de Londres résolut de faire attaquer cette flotte. Il envoya, dans ce but, l’amiral Boscawen, qui partit de Plymouth le 27 avril. L’amiral anglais ne put rejoindre que deux vaisseaux français, près des bancs de Terreneuve : le Lis et V Alcide. Ces deux vaisseaux furent cernés et forcés de se rendre, après avoir perdu beaucoup de monde. Les autres vaisseaux passèrent inaperçus, et arrivèrent heureusement à Québec. M. le Marquis de Vaudreuil-Cavagnal, qui venait remplacer M. Duquesne, était sur ces vaisseaux (2).

Braddock réunit à Alexandrie les gouverneurs des provinces, et les quatre expéditions suivantes furent

CD Bancroft. Hist, of the U. S Vol. 111. 129. — Garneau, Hist, du Canada. Vol. II. 2 II,

$) Quelques-uns pensent que M, le Marquis de Vaudreuil-Cavagnal ne prit les rênes du gouvernement du Canada qu’après la ba® taille de la MonongahéU, parce que sa commission ne fut enrégistrée i Québec que le 10 Juillet 1755 (Mémoires sur les affaires du Canada. 1749—1760. 57); mais il est plus généralement admis qu il fut reconnu comme .gouverneur du Canada et qu’il commença a agir comme tel dès son airivée à Québec avec Dieskau»

organisées. Il marcherait lui-même, avec les troupes réglées, sur le fort Duquesne, dans la vallée de l’Ohio j le gouverneur Shirley attaquerait le fort Niagara’ avec les troupes provinciale» ; le colonel Johnson attaquerait le fort Saint-Frédéric, avec les troupes des provinces du Nord ; et le colonel Monckton prendrait Beauséjour, avec les troupes de Massachusetts. Les Anglais avaient 15,000 soldats sur pied pour exécuter

ces quatre expéditions (1).

Les derniers préparatifs de guerre étant faits, les Anglais et les Français se mirent en campagne. M. de Yaudreuil, ignorant le plan des Anglais, fit partir des troupes, sous le commandement de Dieskau, pour aller attaquer le fort Oswêgo. Bientôt, la nouvelle de la présence de l’armée de Johnson sur le lac Saintgacrement fit différer l’expédition contre Oswégo, et Dieskau fut chargé d’aller s’opposer aux progrès de l’ennemi, du côté du fort Saint-Frederic. Il se plaça sur le lac Champlain, avec près de 8,000 hommes- Parmi ces troupes il y avait environ 400 sauvages, dont la plupart étaient des Abénakis ; les autres étaient

des Hurons et des Nipissings (2).

La première expédition que les Anglais exécutèrent fut l’attaque de Beauséjour. La flotte qu’on donna à Monckton se composait de trois frégates et de trentep) Pancrofi. Hist, ofthe H. S. Vol. III. 129.

( 2 \ Dieskau .vait 800 sauvages pour attaquer Johnson du côté du lac Champ: .in ; mais ce nombre ne fut complete qu apres la<Héfaite de Braddoek dans la vallée de 1 Ohio. La victoire de la Monongahéla inspira aux sauvages tant de confiance pour les Français q i’ils arrivèrent de toutes parts, de lOuest et de 1 Acadie, nouVUnir aux troupes de Dieskau et s'opposer au progrès de» AngUis, du côté du fort Saint-Frédéric (Mémoires sur les affaires dq Canada. — WGO, 54),

DES ABENAKIS.

six bateaux. Il partit de Boston, le 20 Mai, et arriva à Chignectou (1), le 1 Juin, à six milles de Beauséjour. Du Chambon de Vergor, commandant de ce fort, ignorait complètement la présence des Anglais en cet endroit lorsqu’il en fut informé, le 2, par les habitants de Chipoudy. N’ayant aucun doute sur le dessein des Anglais, il invita les Acadiens à prendre les armes en toute hâte. Ceux-ci hésitèrent un peu ; cependant plusieurs de Mameramkouk, du Pont-à- Buot, de la Coupe et de la Baie-Verte vinrent s’unir à lui, ainsique quelques Abénakis (2).

Monckton débarqua ses troupes sans difficulté, et alla camper près du fort Lawrence. Le 4 Juin, il ■sortit de son camp et s’avança vers le chemin de Buot, où il rencontra un détachement d’Abénakis et d’Acadiens. Les sauvages tirent feu sur les Anglais ; mais, comme ils n’étaient qu’en petit nombre, ils furent bientôt forcés de prendre la fuite. Les Anglais allèrent se camper à la Butte-Amirande, à un peu plus dun mille de Beauséjour, Vergor fit alors brûler l’église de Beauséjour et les maisons à l’entour du fort (S).

Quelques Abénakis erraient ça et là dans les environs du camp anglais. Un jour, ils firent prisonnier un officier anglais, nommé Hay, qu’ils emmenèrent à Beauséjour. Cet officier fut traité avec bonté (4).

ringoi0n.ndrOit °Ù y°"Ckt0G débarqua était appelé le Grand'Â?!.

(2) Mémoires sur les affaires du Canada. 1749-1760. 44-46

(3) Mémoires sur les affaires du Canada. 1749—1760. 46.'

(4) Idem. 47.

Vergor invita tous les Abénakis de l’Acadie à prendre les armes pour la défense de Beauséjour. Mais le P. Germain, alors missionnaire de ces sauvages et don1 la principale résidence était à la rivière Saint-Jean, ne voulut pas y consentir. Le Père, prévoyant le malheureux sort des Acadiens, ne voulait pas exposer ses sauvages au même malheur. Ii se contenta de répondre que ses sauvages ne pouvaient abandonner leur poste, parcequ’ils avaient à craindre pour eux, comme les x\cadiens (1).

Ce refus fut une des principales causes de la perte de Beauséjour.

Enfin, le 16 Juin, Vergor, voyant qn’il ne pouvait recevoir de secours, ni du Canada, ni de Louisbourg, ni des Abénakis, résolut de livrer son fort aux Anglais. Il écrivit à Monckton, demandant une suspension d’armes, afin d’écrire les articles de capitulation. La place fut rendue le même jour. Les troupes françaises sortirent du fort, avec les honneurs de la guerre, et furent transportées à Louisbourg. Le fort Gaspareaux se rendit aux mêmes conditions (2).

Après la prise de Beauséjour, les Anglais envoyèrent trois vaisseaux à la rivière Saint-Jean, pour s’emparer du fort que les Français y avaient élevé. Boishébert, commandant de ce fort, voyant qu’il lui était impossible de le défendre, le fit brûler et se retira. Il réunit un certain nombre d’ Abénakis et d’ Acadiens, et alla repousser les Anglais en différents endroits, mais il ne

(1) Mémoires sur les affaires du Canada. I V 49 1769 47.

/2} Mémoires sur les affaires du Canada. 1749 — 1760. 50, 51.

Bancroft. Hist, of the U. S. Vol. III. .140.

DES ÂBÈNÀKIS.

pat les empêcher de brûler tous les établissements (l)e

Bientôt, les Acadiens émigrèrent au Cap Breton, à Plsle Terreneuve, à Miramichi, à la Baie-des-Chaleurs et à Québec. Ils offraient partout le spectacle d’une profonde misère. Environ 11,000 émigrèrent alors (2).

Il ne restait plus dans l’isthme que 5,000 à 6,000 Acadiens. Le gouverneur Lawrence résolut de les disperser dans les colonies anglaises. Afin qu’aucun ne put s’échapper, on ordonna le secret le plus inviolable touchant cette résolution. L’enlèvement des habitants devait se faire, le même jour et à la même heure, dans toutes les parties de l’Acàdie. Le 5 Septembre, 1755, on convoqua, dans chaque paroisse, une assemblée des habitants, * sous prétexte de leur communiquer un message important du gouverneur. Un certain nombre d’habitants, surtout de Beaubassin et d’Annapolis, se doutant de quelque chose, se réfugièrent dans les bois et vers les postes français les plus voisins. Mais dans le district des Mines, le plus riche de fÀcadie, le complot des Anglais réussit par* faitement. Les habitants se rendirent à l’appel du gouverneur. Us furent aussitôt cernés par des troupes ; on leur annonça qu’ils étaient prisonniers de guerre, et qu’ils seraient conduits dans les colonies anglaises. Ces malheureux furent entassés, le 10 Septembre, sur des vaisseaux anglais, qui allèrent les jeter sur le rivage, depuis Boston jusqu’à la Caroline, sans pain et sans protection. Quelques-uns de ces exilés

(1) Garneau. Hlst. du Canada. Vol. II. 223.

(2) EfRamaaa^ La Fronça au* çoîonies. Ire partie 4 U

se réfugièrent ensuite à la Louisiane, d’autres à k Guyanne française (1).

C est ainsi que les malheureux Acadiens furent arrachés et bannis de leur pays.

Les Abénakis, épouvantés à la vue d’un pareil spectacle, s’enfuyaient dans les forêts. Le malheur de leurs amis, et parents par les femmes, les affligeait profondément. Ils n’avaient pas tout-à-fait le même sort que les Acadiens, parce qu’ils étaient insaisissables ; mais ils demeuraient malheureux dans l’Acadie, devenue pour eux comme un immense et affreux désert. Tous les forts, où ils se réunissaient si souven, pour visiter leurs protecteurs, avaient été brûlés. Cesauvages restaient sans amis, sans protecteurs, pour être désormais à la merci de leurs ennemis.

Telles étaient les craintes et l’affliction des Abénakis de l’Acadie, à la suite de l’expédition de 1755.

Ces craintes se sont réalisées depuis ; car ces sauvages ont mené une bien triste existence dans ce pays, depuis cette époque. Us ont été refoulés et reculés de place en plaee. Aujourd’hui, les restes de cette malheureuse nation ont à peine un petit coin de terre pour se retirer, dans le Nouveau-Brunswick et dans le Maine.

Nous avons déjà dit que les Abénakis, qui existent actuellement dans le Maine, résident à Old-Town, sur la rivière Penobscot; ceux du Nouveau-Brunswick

(0 E. Rameau. La France aux Colonies. Ire. partie. 42r 43,

DES ABENAKIS.

èont sur les rivières Tobique (1) et Saint-Jean.

(l) Il ne sera pas inutile de dire ici l’origine du mot “ Tobique”. Près de son embouchure, la rivière Tobique coule, l’espace de deux ou trois arpents, entre deux g ro3 rochers, dont les sommets sont presque réunis à une grande hauteur au-dessus dé l’eau. Ce qui forme une longue voûte sous-roc où les rayons du soleil ne pé. nètrent jamais. Pour cette raison, les sauvages appelèrent cet en, droit ; “ Tebok” nuit. C’èst de ce mot que vient celui de “ Tobique,*

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