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AB&NAKIS EN CANADA. ETABLISSEMENT DU PRO

TESTANTISME PARMI EUX.

Dès que la paix fut rétablie dans le Canada, le gouverneur songea à récompenser les Abénakis pour les services importants qu’ils avaient rendus pendant la guerre. Une pension annuelle d’environ $125, tant en argent qu’en provisions, fut accordée pour chaque guerrier, blessé à la guerre, et une autre pension, aussi annuelle, d’environ $25 fut accordée aux femmes des blessés.

Les sauvages furent satisfaits des récompenses accordées à leurs guerriers ; mais, d’un autre côté, ils furent affligés des instructions qui arrivèrent d’Angleterre, concernant leurs missionnaires.

Voici ce qui avait été réglé à ce sujet, en 1760, dans la capitulation de Montréal.

“ Les sauvages ou Indiens, alliés de Sa Majesté u très-chrétienne, seront maintenus dans les terres a qu’ils habitent, s’ils veulent y rester ; ils ne pourront u être inquiétés sous quelque prétexte que ce puisse

“ être pour avoir pris les armes et servi Sa Majesté a tres-chretienne ; ils auront, comme les Français, la fc‘ liberté de religion, et conserveront leurs missionnaires’’ (1).

L Angleterre, dans ses instructions au gouverneur du Canada, ne revenait pas sur ce qui avait été réglé relativement aux terres des sauvages, mais elle voulait prendre des moyens pour nuire indirectement à leur liberté de religion ; elle recommandait de tâcher d’éloigner peu-à-peu les missionnaires catholiques, et de les remplacer par des ministres protestants. Yoici ce que portait ces instructions. “ That ali missionna- “ ries amongst the Indians, wether established under “ the authority or appointed by the Jesuits, or by any “ other ecclesiastical authority of the Romish Church, “ be withdrawn by degrees, and at suchtiînes and in “ such manner as shall be satisfactory to the Indians “ and consistent with the public safety, and protestant tc missionnaries appointed in their places” (2).

Ces instructions étaient une violation directe de Particle 40è de la capitulation de Montréal. L’Angleterre ne voulait pas, il est vrai, imposer de force des missionnaires protestants aux sauvages, mais elle chargeait le gouverneur de les engager à y consentir.

Les Abénakls repoussèrent ces tentatives avec horreur, et protestèrent qu’ils ne consentiraient jamais à se séparer de leurs missionnaires catholiques.

En 1816, un déplorable accident affligea profondément ceux de Saint- Frauçois : ce fut l’incendie de

(1) Article 40è de la capitulation de Montréal et du Canada.

(2) Instructions royales à Sir Georges Prévost.

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leur église. Cet accident arriva au mois de Mai, pendant que les sauvages étaient à la chasse. Le feu prit par le poêle de la sacristie.

Cette église était assez bien pourvue d’ornements7 sacerdotaux et de vases sacrés, qui furent sauvés de l’incendie. Tout ce qui servait à la décoration de l’église et les meubles furent consumés.

M. Jacques Paquin, alors missionnaire à Saint- François, choisit la maison du conseil pour y célébrer le Saint-Sacrifice de la messe. Comme les sauvages étaient alors trop pauvres pour construire une nouvelle église, cette maison leur servit de chapelle, pendant douze ans. En 1826, le successeur de M. Paauin, M. Noël-Laurent Amiot, forma le dessein de construire une nouvelle église pour les Abénakis. 11 communiqua ce projet aux Grill, et les engagea à souscrire à cette bonne œuvre. Les Gill répondirent généreusement à cet appel. Les travaux de cette église commencèrent immédiatement, et se terminèrent, en 1828 C’est l’église actuelle des sauvages. C’est un édifice en pierre, de 70 pieds de long sur 34 de large, avec une sacristie, aussi en pierre, de 25 pieds de long sur 20 de large.

L’évènement le plus remarquable arrivé chez les Abénakis de Saint-François, depuis 1830, est 1 etablissement du protestantisme : évènement regrettable, qui forme une tache indélébile dans la troisième époque de l’histoire des ces sauvages.

Avant 1830, un jeune Abénakis, du nom de Pierre-

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Paul Osunkhirhine, (1) si connu depuis sous le nofh de u Masta ”, alia passer quelques années aux Etats- Unis. Il y entra dans une école protestante, et embrassa bientôt les erreurs du protestantisme. Vers 1830, il revint dans son village, avec le titre de ministre de l’Evangile, et commença à répandre parmi ses' frères les erreurs dont il était imbu.

Les sauvages repoussèrent d’abord avec horreur ces prédications. Car les Abénàkis avaient toujours eu le protestantisme en horreur. Nous avons vu dans le cours de cette histoire quel a été, de tout temps, leur amour pour le catholicisme. On sait que c’est surtout leur attachement à leur foi qui les éloignait des Anglais et les liait fortement aux Français. Ils n’ont jamais consenti à se séparer de ceux qui leur avaient enseigné à prier.

Mais la curiosité, ordinairement si grande chez les sauvages, entraîna quelques-uns. C’était chose si nouvelle pour eux d’entendre parler, en leur langue, sur des sujets religieux, qu’ils allaieut quelquefois écouter les lectures que le prétendu ministre faisait d’une maison à l’autre.

A cette époque, le missionnaire, M. J. M. Bellem ger, ne parlait pas l’abénakis. Le dernier missionnaire, parlant cette langue, avaifété le P. G-ermàin, . parti de Saint-François, en 1779. Ainsi, depuis plu’sv de 50 ans, les Abénàkis du Canada n’avàient pas entendu un prêtre parler leur langue. En outre, le mis-

(1) Celui qui marche trop en avant. Cette expression Osunkhirhine’' s’emploie le plu. ordinairement pour désigner un oiseau qui se £épuie d’une bande et vole plus rapidement -que les autres/

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sibnnaire résidait alors à l’église de Saint-François; située à trois milles de la mission, et n’allait visiter ses sauvages qu’une fois chaque semaine. Masta avai* donc deux avantages sur le missionnaire : la résidence et la langue. C’est ce qui causa le malheur des sauvages. Le missionnaire ne manqua pas d’activité pour conserver leur foi ; mais l’apostat, profitant des absences du prêtre pour leur raconter mille histoires fabuleuses et absurdes contre lés catholiques, réussi* à en pervertir quelques-uns.

M. Bellenger, informé de ce qui se passait àlamis^ sion, réprimanda fortement le nouveau prédicant, et défendit aux sauvages de l’écouter. Cependant, l’apostat n’en continua pas moins son ouvrage secrètement.

Bientôt, Osunkhirhine demanda en mariage la fille du grand Chef, Simon Obomsawin. Celui-ci repoussa cette demande avec horreur, disant qu’il ne donnerait jamais sa fille à un protestant. Contrarié par ce refus, Masta résolut de faire mine d’abjurer ses erreurs, afin d’obtenir le consentement du Chef. Le missionnaire se laissa tromper par lès promesses de cet hypocrite, et crut que son apparente soumission annonçait une véritable conversion. Il reçut donc son abjuration, puis bientôt, il bénit son mariage avec la fille du Chef. Mais aussitôt après, l’apostat prouva que ses démarches n’avaient été que de l’hypocrisie ; car il recommença ses prédications.

Cependant, il fallait gagner sa subsistance ; c’était pour lui l’unique chose nécessaire: Or, ces prédica-

tions ne lui donnaient pas de pain. Il fallut donc songer à une autre spéculation.

Le Gouvernement accordait alors une petite allocation pour une école chez les Abénakis. Masta réso" lut de demander la place d’instituteur de cette école. Mais, pour l’obtenir, il lui fallait une recommandation du missionnaire, ce qu’il ne pouvait avoir sans faire encore mine d’étre catholique. CVst ce qu’il fit. Voilà donc notre apostat redevenu catholique une seconde fois. Et, cette fois, il montre toutes les apparences de la plus grande sincérité, et se soumet vo lontiers à toutes les épreuves exigées. Bientô‘, le missionnaire annonce avec ]a plus grande satisfaction à l’Evêque de Québec, Monseigneur Joseph Sig nay, que son Masta est un fervent catholique.

Le nouveau converti obtint facilement la place qu’il désirait. l)ès qu’il fut instituteur, il recommença à semer ses erreurs, surtout parmi les enfants ; mais il le faisait secrètement, car il craignait de perdre sâ position.

A 1 automne 1833, M. Bellenger ayant été rappelé de Saint-François, Masta crut qu’il serait désormais le seul maître du terrain. Alors, il commença à prêcher ouvertement sa doctrine et à tourmenter sans cesse les sauvages pour les entraîner dans l’erreur. B’entôt, le petit parti qu’il parvint à se faire prit part à la lutte, e t il s’ensuivit des querelles interminables.

Le trouble devint si considérable parmi les sauvages que M. Luc Aubry, faisant alors les fonctions de missionnaire, et les Chefs portèrent plaintes contre Masta, devant Lord Aylmer, par une requête, datée du

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21 mai, 1834. Les chefs représentaient au gouverneur que leur instituteur causait des troubles et des difficultés dans leur village, qu’il n’avait pas les qualifications requises pour tenir une école, et qu’en conséquence, ils demandaient un autre instituteur.

La réponse à cette requête se fit longtemps attendre. Masta, croyant que le Gouvernement approuvait sa conduite, n’en devint que plus audacieux et plus insolent. Il s’introduisait dans les conseils, et insultait publiquement les Chefs et le missionnaire. A l’automne, M. Pierre Bel and , qui venait de succéder à M. Aubry, fit de nouvelles représentations contre l’insolent instituteur. Enfin, après sept mois d’attente, les sauvages virent arriver chez eux, à la fin de Décembre, M. James Hughes, surintendant du département indien. Cet officier était chargé de faire une enquête sur le conduite de Masta.

Cette enquête eut lieu, le 29 Décembre, en présence de tous les; sauvages. Les plaintes portées contre 1 instituteur furent maintenues et prouvées. Alorsu M. Hughes le réprimanda fortement, et le déclara publiquement indigne de tenir une école.

Masta fut comme foudroyé par ce coup inattendu. Cependant, il ne se découragea pas. îl alla aux Etats-Unis, où il s’adressa aux membres d’une société biblique, leur représentant qu’il avait une fo.te com gregatiou’en Canada, et qu’il y était persécuté par les catholiques, qui s’efForçaient de lui enlever tous moy" ens de subsistance. Ces protestants lui accordèrent quelque secours, et l’encouragèrent fortement à perse-, yérci; daus son entreprise de perversion.

Masta revint plein de courage, et continua à faire l’é» fcole chez les Abénakis. Les sauvages en furent étonnés et leur étonnement redoubla lorsqu’ils le virent recevoir comme instituteur, en 1835, l’allocation du 'Gouvernement. Le missionnaire réclama contre cette injustice, et fit connaître au Crouvernement que les sauvages en. étaient très-mécontents. A la suite de cette seconde plainte* Masta fut enfin destitué, et un nommé McDonald fut choisi pour le remplacer.

Furieux de cette destitution, l’apostat ouvrit une autre école dans le village, disant qu’il n’avait pas besoin de l’allocation du Gouvernement, parcequ’iî recevrait des secours des protestants des Etats-Unis. Dès lors, il annonça aux sauvages qu’il allait bâtir, dans leur village, une chapelle protestante, avec l’aide 4’une riche société des Etats-Unis.

Cette nouvelle fut un nouveau sujet de querelles parmi les sauvages. Alors, le missionnaire et les Chefs adressèrent une requête au gouverneur Gosford, en date du 19 Décembre, 1835, demandant du secours pour s’opposer à l’exécution du projet de Masta. Voici ce que les sauvages exposaient au gouverneur.

u Que par acte de concession, en date du 13 août u 1700, passé devant Mtre Adhémar et son confrère, “ notaire, Dame Marguerite Hertel, veuve Jean Creu vier, concéda et accorda à la nation abénakise une “ demi-lieue de terre de front, laquelle est: plus amu plement désignée dans le dit acte, dont vos suppliants u soumettent une copie à Votre Excellence.

“• Qu’une des clauses du dit acte est conçue dans u les termes suivants. Pour en jouir (de la dite de-

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iil ?mi-lieue) parles dits sauvages pendant tout le temps “ que la mission que les Pères Jésuites y vont établir “ pour les dits sauvages y subsistera, et la dite mis- “ sion cessante, la dite, demi-lieue présentement con- “ cédée, en l’état que les terres seront alors, retourne- 44 ra à la dite Dame Crevier ès dit nom et au dit sjeur & son fils où à leurs héritiers ou ayant cause.

44 Que le' nommé Pierre-Paul Qsunkhirhine, connu 44 sous le nom de Masta, sauvage abénakis du village 44 de Saint-François, qui professe une croyance reli- “ gieuse étrangère à celle des autres sauvages du vil* 44 lage, voudrait faire ériger une chapelle pour les “ personnes de sa croyance, sur la dite demi-lieue de 44 terre. Mais vos suppliants prient qu’il leur soit per- 44 rnis d’exposer très-fiumblement que si cet individu 44 réussissait à faire ériger la chapelle en question, 44 malgré l’opposition des Chefs de la nation, la mis- 44 sion, telle qu’établie en conformité à l’acte précité, 44 cesserait d’exister, et la dite demi-lieue de terre ac- “ cordée, comme vos suppliants ont l’honneur de l’ex- 44 pbser, ainsi que d’autres terres qui ont été accordées 44 aux dits sauvages Abénakis, retourneraient aux sen ■a gneurs de S aintrFpmnçoi s, représentant ladite Dame \4 Hertel, veuye Jean Crevier.

“ C’est pourquoi, vos suppliants prient qu’il plaise ^ à Votre Excellence de défendre les droits de la dite 4 nation abénakise contre toute innovation que voudrait “ faire le dit Pierre-Paul-Osunkhirhine, alias Masta, 44 dans la mission du village de Saint-François, de 44 vouloir bien donner à la dite nation un avocat ou 44 procureur, afin de lui fournir les moyens de conser*

u ver la propriété des dites terres qu’elle se trouverait “ exposée à perdre, d’après les conditions mentionnées et potees dans ses titres de propriété, et autoriser le dit procuieur a faire tout ce que le cas exige pour “ la conservation des droits de la dite nation”.

Quelques mois après la réception de cette requête le gouverneur défendit à Masta de bâtir sa chapelle, et lui enjoignit de ne pas troubler la paix dans le village. Masta ne fit aucun cas de ces ordres, et poussa l’insolence jusqu’à dire qu’il ne craignait pas le gouverneur, et que les ministres protestants sauraient bien l’arrêter.

Il persévéra donc dans son projet de construction. Vers 1836, il s’adressa aux membres d’une société biblique aux Etats-Unis, pour obtenir des secours pour cette fin Ces protestants lui répondirent qu’avant de lui accorder ces secours, ils désiraient connaître le nombre de ses coréligionnaires à Saint-François. Cette demande l’embarrassa un peu, car il n’y avait alors qu’une dizaine de sauvages qui avaient embrassé ses errenrs. Cependant, il trouva bien vite le moyen de sortir de cet embarras.

Le seigneur Wurtèle, de Saint-David, menaçait alors les sauvages de leur enlever une partie de leur seigneurie. Masta fit mine de défendre les droits des derniers. Un jour, il se présenta à eux avec une requête, adressée au Gouvernement, qui demandait protection contre les prétentions du seigneur Wurtèle. Il leur en fit la lecture, et demanda leurs signatures. Pendant que les sauvages se préparaient à signer cette requête, il lui substitua adroite rçientun un autre

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papier qu’il fit signer. Ce dernier papier était une requête, adressée aux membres de la société biblique que nous venons de mentionner, demandant un missionnaire protestant pour les Abénakis. Il obtint, par cette ruse, la signature d’une quarantaine de sauvages, qui furent considérés comme ses coréligionnaires. On lui accorda alors ce qu’il avait demandé, et, de plus, une allocation annuelle comme missionnaire chez les Abénakis.

En 1837, il commença à préparer les matériaux pour la construction de sa chapelle. Alors, Louis Grill, agent des sauvages, renouvela, le 17 Mai, la requête des Chefs auprès du gouverneur Gosford. Un procureur fut nommé aux Trois-Rivières pour s’occuper de cette affaire. Une action fut intentée contre Masta. Mais tout fut sans résultat satisfaisant. La chapelle protestante fut construite, malgré l’opposition constante des sauvages.

En 1840, Monseigneur Signay nous envoya dans cette mission, pour étudier la langue abénakise, et, en 1847, il nous plaça résident au milieu des sauvages. C’est de cette époque que l’apostat a commencé à perdre son influence auprès des Abénakis. Ces années dernières, il s’est vu entièrement ruiné et sans crédit auprès des sauvages comme des Canadiens» Aujourd’hui, il voyage, tantôt dans le Haut-Canada, tantôt dans les Etats-Unis, cherchant la subsistance de sa famille. Mais il a laisse à Saint-François quelques familles malheureuses, qu’il a perverties et per-, dues, et qui persévèrent dan& leur erreur.

Puisse la lecture de l’histoire édifiante de la nation abénakise éclairer ces malheureux et les ramener à la foi de leurs ancêtres, qui seule peut les sauver !

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