BONNE S'° MARGUERITE, PRIEZ POUR NOUS
l’obstétrique et le culte
du livre l’image de Sainte Livrade ou Liberate. En effet, cette sainte, qui a plus d’une chapelle dans le Midide la France, doit être la patronne des Femmes à barbe et des Sapeurs ; c’est du moins ce qu’on peut conclure d’un récit fait parM. l’abbé Barrère. Ce pieux auteur nous raconte que le ciel, voulant aider Livrade à garder sa virginité, fit croître sous sa lèvre inférieure plus de poils que n’en présente le menton d’un bouc. Ceci veut une explication : nous l’emprunterons à la spirituelle étude de P. Parfait sur Y Arsenal de la dévotion :
« Livrade, fille, dit-on, d’un roi mal servi par le Dieu des batailles, fut offerte comme gage de paix par le monarque battu à son vainqueur. La jeune fille frémissant à l'idée du mariage qui va s’accomplir, supplie le ciel de lui venir en aide. Le ciel a entendu sa voix. Une barbe de sapeur garnit tout à coup son doux menton. Stupeur du prétendu : « Tout est rompu, beau-père! » Sur ce, fureur du chef de famille, qui, ne trouvant plus d’autre moyen de se débarrasser de sa fille, la fait crucifier ». Certes, Livrade est à plaindre d’avoir subi un sort aussi cruel ; mais nous ne voyons pas bien pourquoi les femmes en travail invoquent cette sainte à barbe, concurremment à ses collègues du paradis, Brigitte et Honorine.
Marie d’Oignies. — Notons enfin que les dames en mal d’enfant pouvaient appeler à leur secours non seulement la Vierge et les saintes en titre d’office, mais une simple recluse, la bienheureuse Marie d’Oignies. Des reliques que contient l’église d’Oignies (1), le corps, la ceinture, le mouchoir et le couteau de la bienheureuse, servent, il est vrai, à peu de chose ; mais sa vieille chemise de laine est toutepuissante pour les accouchements.
2° Saints protecteurs des femmes en couches. — Les
païennes en gésine n’invoquaient guère que des divinités femelles ; les catholiques semblent, au contraire, s’être volontiers adressées aux saints, remontant ainsi, dans leur souffrance, au sexe qui en est le premier auteur. Nous allons les passer en revue.
La ceinture de Saint Oyan, saint de notoriété médiocre, possède les mêmes vertus obstétricales que celle de Sainte Marguerite. Boguet cite une certaine Pierrelte Girod, hérétique du pays de Gex, qui n’accoucha que par l’intervention de cette précieuse ceinture. Pierrette aussitôt se convertit ; c’était justice : pourquoi les hérésiarques cherchaient-ils querelle aux saints parmi lesquels se trouvaient tant
(1) A quatre lieues de Namur.
de bons accoucheurs ? Mais Saint Oyan a-t-il toujours son cabinet?
Bien que la naissance de Saint Christophe eût coûté cher à sa mère, les femmes en travail l’invoquaient cependant :
Glorieux Saint Christophe, au matin te voyant,
Sans crainte d’aucun mal on se couche en riant.
Celte inscription et d’autres semblables qui accompagnaient les statues de Saint Christophe, et font allusion au privilège que la légende lui attribuait d’empêcher la mort subite dans la journée, quand le malin on a vu une de ses statues, expliquent naturellement l’engouement qu’eurent, pour ce saint, dans beaucoup de pays, les femmes en mal d’enfant.
Elles invoquaient aussi Saint Hyacinthe qui jouissait, en outre, de la réputation de guérir la stérilité. On voyait anciennement cette épigramme dans l’église des Jacobins de Reims :
Femme qui désirez de devenir enceinte ;
Adressez cy vos vœux au grand Saint Hyacinte ;
Et tout ce que pour vous le saint ne pourra faire,
Les moines de céans pourront y satisfaire (1).
Mais les grands patrons des femmes stériles ou se croyant telles, furent Saint Greluchon et Saint Guignolet. Dulaure décrit ainsi une statue de ce dernier qui existait à Montreuil : « Cette statue était de pierre, couchée sur le dos dans une chapelle, absolument nue, ayant un membre viril très considérable. Cette pièce était faite comme un bâton de pierre postiche. On le poussait par derrière, à mesure que la dévotion des femmes qui venaient s’y frotter et le racler en diminuait la taille ; de sorte qu’il paraissait toujours le même ». Saint Greluchon opérait dans les mêmes conditions en Berry et en beaucoup d’autres lieux. Ces spécialistes distingués trouvèrent desimilateurs dansSaint Prix, à Cormeilles-en-Parisis, èt Saint Réné, en Anjou. 11 y avait aussi, raconte Henri Estienne, dans le Cotentin, en Normandie, un Saint Gilles qui faisait des enfants aux femmes « quoiqu’il fut bien vieux et bien caduc ». Tous ces saints se présentaient aux fidèles dans la même posture indécente que leurs chefs de file ; seul Saint Arnault, à Saint-Aubin, dans le Bourbonnais, avait la pudeur de porter un tablier. « Les femmes stériles », dit LeDuchat,
(1) Suivant Dulaurens, Saint Hyacinthe n’aurait été le protecteur des femmes en travail que parce que son nom rime avec fille enceinte.
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« levaient le tablier de celte statue, espérant devenir fécondes, par la vue seule des parties sexuelles du saint ». Pour être complet, nous signalerons encore les vertus prolifiques des braguettes ou culottes de Saint François d’Assise, au rapport d’Iienri Estienne, et celles de la châsse de Saint Urbic, évêque de Clermont, en Auvergne. Ce saint était marié, mais en recevant l’épiscopat, il avait fait vœu d’observer la continence avec sa femme. Un soir de printemps, celle-ci se glissa dans le lit épiscopal et devint grosse d’une fille. Sa châsse conserva, après sa mort, la même faculté de donner des enfants aux femmes qui en désiraient. Citons encore, pour mémoire, Saint Renaud, qui opérait en Bourgogne; Saint Barthélemy, en Allemagne, et Saint Nerlin, dans le diocèse de Beauvais. Accordons, pour finir, une mention spéciale à Saint Martin, dont les vertus prolifiques ont été habilement exploitées par une revue bimensuelle du Midi, Y Ange Adorateur. Cette publication, honorée du patronage de plusieurs évêques, a imaginé une nouvelle sorte de prime, annoncée par ses prospectus dans les termes suivants :
L’administration du journal vient de se procurer à grands frais un morceau de ce fameux manteau qui recouvre la châsse de Saint Martin, évêque de Tours, connu du monde entier pour ses nombreux miracles.
Nos chers associés ou abonnés de la région du Midi, qui auraient ou qui connaîtraient des femmes stériles, pourront les envoyer à Agde et éviter ainsi le voyage de Tours. (Attouchements gratuits.)
L’austère Saint Bernard ne dédaigne, même encore aujourd’hui, de prêter ses bons offices au sexe en détresse. «Les femmes enceintes», écrit à Mgr Guérin, le curé de Montsalvy (Cantal), «se recommandent à Saint Bernard, et, dans leurs couches, elles sont très heureuses d’avoir quelques parcelles de ses reliques, ce qui leur est facile, vu que : 1° vers 1844 ou 1845, Mgr Jalabert, vicaire-général, ouvrit l’ancienne châsse pour prendre un os destiné à la cathédrale de Saint-Flour, et donna de petits os au curé d’alors, et 2° en 1865, lorsqu’il s’agit de remplacer l’ancienne châsse, Mgr l’évêque m’autorisa à retirer, pour les distribuer, de petits fragments que le temps ou le frottement avait détachés ».
Les Jésuites ont prêté toutes les vertus à leur Inigo de Loyola, Saint Ignace pour les dévotes. Rien de surprenant si leur P. Terwecoren le recommande aux femmes et contre la stérilité et contre les couches laborieuses. Dévotion facile, génération assurée, accouchements aisés ! Il n’y a que lui !
Ignace avait jadis un rival redoutable dans Thomas d’Orvieto. Il prêtait aussi son concours aux femmes sur le point d'accoucher ; pour entrer dans ses bonnes grâces, il suffisait de lui adresser la prière suivante que relate le Recueil des Scapulaires : « Vous vous êtes toujours montré le protecteur spécial des femmes qui deviennent mères. Veuillez, ô glorieux saint, m’assister aussi en ce dangereux moment, et m’obtenir la grâce d’une heureuse délivrance ». Mais qui songe aujourd’hui à Thomas?
A Barcelone, du tombeau de Raimond de Penafort, ancien général des Dominicains, sort continuellement une poussière sainte, dont la vertu est de faire accoucher rapidement et sans douleur toute femme assez courageuse pour en boire une demi-once dans un verre d’eau. Singulier excitant pour les utérus paresseux.
Il semblerait que l’inventeur de la féroce Inquisition n’ait guère dû compatir aux douleurs physiques de l’humanité; pourtant, à Marseille, Saint Dominique d’Osma hâtait les délivrances, avec son étole pour tout instrument.
Si l’on se défiait du premier des Dominicains, on pouvait aussi se recommander à Saint Bonaventure, général des Franciscains.
Écoutons maintenant ce que nous dit Collin de Plancy sur un certain Robert, abbé de Newminster, en Angleterre, mort vers 1159 : « On l’accusa de quelques galanteries, parce qu’il avait un commerce tropétroit avec unedame qu’il avait convertie; mais sa ceinture faisait tant de miracles à Newminster, en faveur des femmes qui souhaitaient un accouchement heureux, qu’elle fit taire la médisance».
11 est juste de permettre aux Petits Bollandistes de nous présenter un spécialiste d’un certain renom, Saint Udault : « La protection la plus manifeste du saint martyr s’éprouve dans les accouchements difficiles. Il n’est pas alors de femme qui ne le trouve propice, si elle l’invoque avec ferveur ». Ils ajoutent qu’à la collégiale de Saint-Ours, dans la vallée d’Aoste, si, dans ses couches, une femme court péril, on a coutume de lui présenter un calice ayant appartenu à Saint UdaulL.
Nous terminerons par Saint André, que nous avons entendu invoquer d’une façon bien singulière ; peut-être n’était-il question de lui que pour la rime. Le fait a déjà été rapporté dans notre Génération humaine : Nous avons accouché, y disions-nous, une femme de bonne famille qui ne cessait de répéter, pendant toute la durée du travail, cette bizarre prière : « O mon bon Saint-André, faites qu’il ne me fasse pas plus de mal pour sortir qu’il ne m’en a fait pour entrer ! »
Mais, de nos jours, tous ces saints de la vieille légende ont été dé-
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possédés par un confrère que P. Parfait, dans son Arsenal de la dévotion, dénonce hautement comme un accapareur; en face de la concurrence moderne, leurs sanctuaires sont comme une humble, mais honnête boutique écrasée par quelque colossal Bonheur des dames. L’article à la mode, article avantageux entre tous, économique, inusable, sans rival, c’est le Cordon de saint Joseph [ 1). Et pourtant, plus d’une dame ne se contenterait pas des mérites conjugaux d’un époux in partibus.
Lisez cet extrait d’un étonnant prospectus dans lequel le R. P. Huguet préconise la vertu miraculeuse du saint cordon d e Joseph (2)
Joseph.
(1869). « Une de mes cousines », dit le révérend, « allait devenir mère pour la quatrième fois. Déjà des douleurs aiguës s’étaient fait sentir. Huit jours s’écoulent. Les douleurs deviennent plus fortes, presque insupportables... Le quinzième jour ma cousine n’est pas encore délivrée... Le vingtième jour arrive ; la malade, dont l’état est des plus alarmants, exténuée, accablée par une souffrance continue et violente, peut respirer à peine. Elle est aux portes du tombeau... Une des personnes qui entouraient le lit de la malade songea au cordon bénit de Saint Joseph et aux merveilles qu’il avait souvent opérées. Vite elle court le chercher. A sa vue, la figure de la malade parut changer. Quelle impression avaitelle donc éprouvée ? Nous l’ignorions
(1) Ce cordon a donc le double emploi de mener à bien les femmes en couches et d’aider à éteindre le feu de la concupiscence pour conserver « la vertu de continence et de chasteté ».
(2) Les cordons de saint Joseph, dit le prospectus, bénits et parfaitement conformes aux dernières décisions de Rome, se trouvent chez Henri Briquet, à Saint-Dizier (Haute-Marne).
En coton. . .
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alors; mais, depuis, la malade nous a dit qu’elle avait entendu une voix intérieure lui dire : « Aie confiance, ma fille; par ce cordon, tu seras heureusement délivrée ».
Son mari, tout en larmes, lui mit le cordon autour des reins, plein d’espoir en Saint Joseph, et n’attendant que de lui seul le salut de sa chère épouse. Deux heures après, une délivrance des plus heureuses justifiait la confiance des assistants, du mari et de la malade. Ce qui prouve qu’en matière d’accouchement, il ne faut jamais négliger le cordon.
Outre ces dévotions particulières, l’Eglise a encore des prières plus générales pour les femmes en travail. Saint Charles Borromée et Saint François de Sales sont les auteurs de deux oraisons qui se trouvent dans certains rituels, et que nous traduirons à titre de curiosité. Celle de Charles Borromée est presque un ofiîee complet :