C. — reliques et pratiques superstitieuses relatives aux
Outre les reliques que nous avons déjà signalées avec les saints ou saintes qui s’v rattachent, il en est d’autres qui protègent les femmes enceintes, leur donnent une heureuse délivrance et abrègent leurs douleurs :
Au premier rang, citons les agnus dei (fig. 69), médaillons en cire blanche qu’il suflit de placer sous l’oreiller de la parturiente ; ils sont bénits et consacrés par le Pape. Dans l’oraison récitée par le Sain t-Père
au moment de la bénédiction, il est dit en propres termes : « Que les douleurs des mères qui enfantent soient calmées, et que l’enfant soit conservé sain et sauf avec sa mère». Comme preuve de l’efficacité du fétiche, le chanoine X. Barbier de Montault, qui a consacré un bel in-18 à la Dévotion aux Agnus Dei , rapporte l’histoire de Madeleine Dordi qui échappa aux risques d’un accouchement très pénible en prenant, à trois reprises différentes, des morceaux d’agnus imbibés d’eau bénite. On sait, sans doute, que les débris d’agnus passent pour avoir la même efficacité que l’agnus entier.
Celte vertu des Agnus ne serait pas nouvelle; on raconte, en effet,
que le pape Urbain V en expédia trois à l’empereur des Grecs, avec ces vers où il est fait mention de leurs qualités obstétricales :
Les tonnerres il chasse;
Les péchés il efface;
Sauve d’embrâsement Et de submergeaient;
Garde de mort subite;
Les diables met en fuite ;
Dompte les ennemis.
Hors de danger sont mis Et l’enfant et la mère Qui travaille à le faire;
Et donne maint pouvoir Aux dignes de Lavoir.
Sa part, quoique petite.
Tant que la grand’ profite.
Par suite de quelle association d’idées s’avise-t-on de donner aux pierres dont fut lapidé saint Étienne le même privilège qu’aux Acjnus ? Nous ne savons. Calvin, dans son Traité des Reliques , plaisante cette singulière croyance :
On demandera où c’est qu’on les a pu trouver, et comment ils les ont eues, de quelle main et par quel moyen. Je réponds brièvement que cette demande est folle ; car on sait bien qu’on trouve partout des cailloux, tellement que la voiture n’en coûte guère... Et de fait, les Carmes de Poitiers, depuis quatorze ans, ont bien trouvé de ces pierres, auxquelles ils ont assigné l’office de délivrer les femmes, lesquelles sont en travail d’enfant. Les Jacobins, auxquels on avait dérobé une côte de Sainte Marguerite servant à cet usage, leur ont fait grande noise, criant contre leur abus; mais à la fin ils ont gagné en tenant bon.
La maison de notre-dame à Nazareth, où Jésus fut conçu dans le sein de Marie, passe pour opérer de grandes merveilles. Collin de Plancy décrit comme suit et le local et les propriétés du local :
C’est un petit caveau souterrain, qui n’a guère que dix-huit pieds de longueur et qui est taillé dans le roc;. on y remarque deux colonnes, dont l’une, qui est rompue à sa base, marque l’endroit où la Sainte-Vierge était à genoux, lorsque l’ange Gabriel vint lui annoncer le mystère de l’incarnation. La colonne qui est rompue à sa base, et qui se soutient presque suspendue à la voûte par une espèce de miracle perpétuel,
l’obstétrique et le culte
opère tous les jours de grandes merveilles. On dit que les femmes enceintes qui peuvent s’y aller frotter accouchent heureusement ; on ajoute que des ceintures qui ont touché cette colonne produisent les mêmes merveilles en différents pays.
La sainte chemise que Marie portait lorsqu’elle mit au monde Notre Seigneur, et qu’elle garda pendant toute la durée de sa grossesse, se trouve en même temps à Aix-la-Chapelle et à Chartres, où les femmes enceintes timorées vont adorer ce tissu ubiquitaire. Mais afin d’éviter un voyage quelquefois dangereux, toujours fatigant pour les femmes dans une situation « intéressante », l’église Notre-Dame de Chartres a ingénieusement imaginé de faire fabriquer, comme fac-similé de la sainte relique, des chemisettes que l’on porte sur soi et qui possèdent les mêmes vertus que l'original (1).
« Parmi les faveurs attribuées à cette pieuse pratique, dit un prospectus répandu par l’Œuvre des clercs de Notre-Dame, l’histoire mentionne spécialement les heureuses délivrances des mères et la sauvegarde des soldats sur les champs de bataille ». Nous dénonçons les clercs de Notre-Dame pour exercice illégal de la médecine.
Dans l’illustre abbaye d’Anchin, s’élevant jadis près de Douai, on conservait I’anneau de la vierge qui jouait son rôle dans les accouchements. Un savant local, médecin tombé dans l’archéologie, le docteur Escallier, rapporte, d’après Fr. de Bar, deux épisodes concluants :
Une certaine femme, d’auprès d’Arras, était en mal d’enfant; depuis cinq jours, elle souffrait sans pouvoir être délivrée. Cette malheureuse était difforme et construite de telle façon que les sages-femmes, aidées de savants médecins, ne pouvaient opérer sa délivrance, lorsqu une vieille femme survenant fit boire à la patiente de l’eau consacrée par l’immersion de l’anneau de la Vierge : incontinent la femme mit au monde un enfant bien portant.
Voici l’aulre fait qui témoigne de l’efficacité du bijou de la Vierge :
Le 2 mai 1591, le comte de Ligue avait envoyé un gentilhomme de sa famille à l’abbaye d’Anchin pour chercher le précieux joyau. L’abbé l’ayant confié au gentilhomme, celui-ci était à peine arrivé sur le territoire domanial de Ligne, qu’une pieuse femme, qui, depuis trois jours, était en travail d’enfant, fut délivrée presque sans douleur.
(1) Des esprits malintentionnés ont contesté jusqu’à l’existence de cet original.
La ceinture de la vierge se trouve en divers endroits, notamment au Puy-Notre-Dame, en Anjou, et dans l’église de Quintin, petite ville de Bretagne.
La ceinture du Puy-Notre-Dame (fig. 70) est faite d’un tissu de lin et de soie recouvert d’un filet à mailles serrées. Elle est renfermée dans trois enveloppes qui ne permettent d’apercevoir la sainte relique qu’à travers deux anneaux en argent doré, fermés par un verre de cristal relevé en bosse et qu’on appelle les monstrances , présent de Louis XIII. Le saint tissu ne sort du reliquaire que le dimanche qui suit la Nativité, jour du pèlerinage ; les fidèles peuvent alors la baiser à leur gré. « Est-ce une véritable ceinture de la bienheureuse Vierge Marie, se demande l’abbé Zacharie Bédouel? S’il est difficile de le prouver, il nous est facile au moins de l’admettre en consultant le témoignage populaire et en considérant les miracles et faveurs signalées obtenus par son attouchement ». Sans être un parpaillot, on peut douter de l’authenticité de la précieuse relique.
Quoi qu’il en soit, la renommée des bienfaits octroyés aux femmes enceintes par l’attouchement de la sainte ceinture parvint aux oreilles de Louis XIII, qui voulut faire porter à Anne d’Autriche ce précieux talisman, lorsqu’après vingt-trois ans d’union stérile, la grossesse de la reine fut déclarée certaine.
Grandet nous dit, dans sa Notre-Dame angevine , que :
Le vingt-sept janvier, maître Louis de Bernage, conseiller et aumônier du roi, vint, de la part de Sa Majesté, au chapitre du Puy, pour demander la sainte ceinture, comme aussi pour y faire toucher des rubans de la même longueur de ladite ceinture, pour porter à la reine, afin qu’il plût à Dieu de lui faire la grâce d’accoucher heureusement d’un Dauphin : et pour cet effet elle désira qu’on fit une neuvaine à son intention, laquelle fut commencée le môme jour par une messe solennelle chantée au grand autel dédié à Marie ; le chantre portant son bât in, la sainte ceinture étant exposée sur l’autel dans son vase ordinaire avec les ceintures et un rosaire de la Vierge qui ont touché des deux côtés la vraie ceinture, depuis un bout jusqu’à l’autre, la couverture de satin ayant été décousue, pour cet effet, par le sacristain-chanoine de Saint-Georges, en présence de tout le chapitre : et lors de la consécration le dit de Bernage présenta un cierge à l’autel de la forme ordinaire, et se ceignit la ceinture par la tête au nom et intention de la reine : et afin d’exciter le peuple à demander à Dieu la même grâce, on exposa pendant neuf jours le saint sacrement sur l’autel, et lors de la consécration de chaque messe, un chanoine présenta aussi un cierge blanc à la même intention.
L OBSTETRIQUE ET LE CULTE
La ceinture fut portée à la Reine, à Saint-Germain-en-Laye, et M. de Saint-Christophe, qui eut l’honneur de la lui ceindre autour des reins, la rapporta en Anjou.
Fie. 70. — Ceinture de la Vierge du Puy-Notre-Dame.
Deux mois après, le chapitre du Puy reçut la lettre suivante :
Aujourd'hui vingt-cinquième jour de mars mil six cent trente-huit, le roi étant à Saint-Germain-en-Laye, ayant une confiance particulière en l’intercession de la glorieuse Vierge Marie, envers Jésus-Christ son fils, et désirant employer spécialement son assistance sur la grossesse
de la reine, à ce qu'il plaise à Dieu lui faire porter heureusement son fruit.
Sa Majesté ayant fait apporter de Notre-Dame-du-Puy, en Anjou, la ceinture de la Vierge, qui y est depuis longtemps gardée audit lieu, pour appliquer à cette bonne intention sur le corps de la reine, et, considérant que l’on ne peut honorer et conserver assez dignement une si sainte relique, Sa Majesté a fait don, à ladite église de Notre-Damedu-Puy, d’une châsse d’argent vermeil, dorée, à jour, ornée d’une image de la Vierge, au haut d’icelle, avec une petite cassette d’argent, le tout pesant trente-quatre marcs et dans un étui garni do velours, pour, après que ladite châsse et cassette auront été bénites en la manière requise, y mettre la sainte ceinture de la Vierge, et y être perpétuellement gardée à l’avenir.
Mandant, Sa Majesté, aux doyen, chanoines et chapitre de ladite église d’effectuer et faire observer ce qui est en cela de son intention sans y contrevenir, ni permettre qu’il y soit contrevenu, ayant, pour témoignage de sa volonté, fait expédier le présent brevet, qu’elle a signé de sa main et fait contre-signer par moi, son conseiller, secrétaire d’État eh ses commandements et finances.
Signé : Louis.
Et plus bas : Sublet.
Pleine de confiance en la sainte relique, Anne d’Autriche, sentant son terme approcher, écrivit le sept août aux chanoines du Puy de lui envoyer de nouveau la sainte ceinture, qu’elle désirait avoir sur elle au moment de sa délivrance. Le chapitre s’empressa d’obéir au désir de la reine, qui, le cinq septembre, quelques heures avant d’accoucher, la prit sur elle et mit heureusement au monde un fils : par reconnaissance, elle l’appela Dieudonné; c’était Louis XIV. Anne d’Autriche, à sa seconde grossesse, demanda encore la sainte relique. Sa lettre est ainsi conçue :
A nos très chers et bien-aimés les doyen, chanoines et chapitre de l’église collégiale de Notre-Dame-du-Puy, en Anjou.
De par la reine,
Très chers et bien-aimés, le favorable succès que nous reçûmes par la puissante intercession de la glorieuse Vierge dont vous nous apportâtes la ceinture il y a deux ans, pour la naissance de notre très cher et très aimé fils le Dauphin, nous faisant espérer de sa bonté, les mêmes grâces pour l’heureuse délivrance de l’enfant qu’il plaira à Dieu de nous donner. Nous vous faisons encore celle-ci, pour vous dire que nous désirons que vous nous en envoyiez, par ceux que vous députerez de votre compagnie, cette sainte relique pour la singulière dévotion que nous portons à la sacrée mère de notre bon Dieu, et la confiance que
l’obstétrique et le culte
nous avons en ses prières. A quoi nous assure de votre affection en notre endroit, que vous apporterez la plus grande diligence que nous pouvons nous promettre.
Signé : Anne.
Et plus bas : Legras.
La ceinture fut portée à la reine qui, l’ayant sur elle, le 21 septembre, mit au monde un second fils nommé Philippe, duc d’Anjou, depuis duc d’Orléans.
Elle fut aussi proposée par M. Louvet à l’impératrice Eugénie, lors de la naissance du Prince impérial, mais celle-ci préféra les reliques de Sainte Marguerite.
Nous trouvons dans le Pèlerinage de la sainte ceinture au Puy- Nolre-Dame , de l’abbé Zacharie Bédouet, les deux prières suivantes à l’usage des pèlerins :