CHAPITRE II
Les princes décident d'assiéger Carcassonne. — Montfort se jette dans Çastelnaudari. — Siège de cette place du Lauragais. — Bataille de Las Bordas.
Le lendemain de la grande bataille de Toulouse, le comte de Foix, infatigable, sortit encore des murailles et fondit sur le camp des croisés qui faisaient la sieste sur le midi. Arnauld, un autre Commenges, périt dans cette attaque., et Guilhem du Rocafort, le défenseur de Termès. Ce fut l'épilogue victorieux de cette mêlée immense de trois jours dont le combat de l'Ers avait été le sanglant prélude. Après ce triple échec, Montfort leva son camp si précipitamment qu'il abandonna une partie des blessés, des équipages, des machines. Fourrageant et ravageant, il se jeta sur le comté de Foix. Il sentait que ses revers lui venaient du prince pyrénéen. Ramon- Roger s'élance sur ces traces, reprend Haute-Rive, Varilles, et débloque Foix. Il rentre dans ses tours, traînant les deux chefs croisés qui l'assiégeaient, Lambert de Groissi, cousin de Montfort, et Gautier
de Langton; frère du primat de Cantorbery, qu'il met aux fers. Le comte de Toulouse, vainqueur de sa ville, continue ses succès. Il prend Belvèze, Montgiscard, Puilaurens (août 1211). Montfort accourt de Cahors : il bondit en tout sens comme un lion affolé, à Lavaur, à Pamiers, à Gastelnaudari. 11 pend les croisés qui livrent leurs forts. Il voit le midi se lever à la voix du comte Ramon.
Les capitouls, après le siège, écrivirent au roi d'Aragon. Ils rappelèrent que, malgré l'absolution d'Innocent III, ils étaient excommuniés par l'abbé de Citeaax, et attaqués par Montfort, que le légat voulait substituer à Ramon VI. Ils désiraient évidemment entraîner le roi dans la ligue des princes pyrénéens tous menacés par .Rome. « Ils nous excommunient' disaient-ils, parce que nous employons les routi-rs' mais ils admettent à leur table les brigands qui oni tuelabbe d.Eaunes et mutilé les moines de Bolbonne . >
L'hiver se passa en fêtes et en préparatifs de guerre. Après la délivrance de Toulouse, Ramon VI voulut arracher à Montfort. Garcassonne, métropole de la croisade. Dès l'automne, on vit descendre des montagnes, chassés par les neiges, les troupeaux bêlants des chèvres auxlongspis traînants, et des brebis; aux molles toisons, conduites par leurs grands béliers, aux larges cornes circulaires, au front ar que comme dans les bas-reliefs antiques. Toulouse voyait entrer dans ses murs ses symboles vivants le bélier solaire, le taureau sidéral. Ils étaient accompagnes par leurs pastours, aux longues dagues catalanes, bruns, maigres, musculaires, au front aqui-
lin, chaussas d'espardeilles, et coiffés de berrets plats ou de longs bonnets rouges flottants sur leurs cheveux noirs. Leurs chiens les escortaient, mâtins gigantesques aux gorgerins hérissés de pointes de fer, à la queue roulée comme le panache d'un cimier, aux pieds éperonnés d'ergots, comme des chevaliers. D'autres montagnards conduisaient des chariots à quatre roues, attelés de bœufs ou de buffles, chargés de blé, du pain des soldats, des harnais des barons. Puis venaient des mulets,, porteurs d'huile et de vin, muselés , au front constellé d'une lune de cuivre, aux housses ornées de flocons de laine rouge, jaune, bleue ; et des chevaux de race arabe menés en laisse, appelant par leurs hennissements leurs maîtres et les combats.
Le printemps venu, les princes pyrénéens descendirent de leur montagne : le comte de Foix avec le camp de Montségur; le comte de Gommenges avec les filsd'Asnar d'Aquitaine et d'Espagne ; le vicomte de Béarn et les princes de Gascogne ; enfin le fameux Savari de Mauléon, sénéchal du roi d'Angleterre; il conduisait deux mille hommes des bords de l'océan Cantabre : Basques de la montagne et Basques des landes, Lanusquets1 singuliers qui traversent leurs sables et leurs marais sur de longues échasses, comme les grands oiseaux de leurs plages. Les Albret étaient les princes des Landes. Sa- Vari de Mauléon 1 était le modèle des élégances chevaleresques, un type romanesque des Amadis. 11 ai-