‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 39 sur 190 · G. de TudelU, stf. XXKIf · texte numérisé non relu

G. de TudelU, stf. XXKIf

le jour de la fête de la Vierge, patronne de la croisade *.

Les croisés, réunis dans l'église de Saint-Nazaire, rendirent grâces au ciel de leur conquête. Leurs cantiques se mêlaient aux gémissements des victimes et leur encens à la vapeur des bûchers. Après avoir chanté la messe du Saint-Esprit, l'abbé de Cîteaux monta en chaire, prononça une sorte de harangue triomphale, et conclut qu'il fallait élire un chef du pays conquis. C'était déclarer la déposition du vicomte de Carcassonne. Les princes se réunissent dans le château des Trencabel. Le légat offrit la conquête à Eudes, duc de Bourgogne. Ce prince, de la maison de France, refusa, disant qu'il avait assez de terres, qu'il ne voulait pas de celles du vicomte, qu'on lui avait fait assez de mal sans qu'on le déshéritât. Le légat s'adressa ensuite à Hervé, comte de Nevers : ce prince, en guerre ouverte avec les moines de Vézelai, répondit qu'il ne voulait pas de la terre d'autrui. On vint au comte de Saint-Paul; même réponse. Aucun ne voulait de cet héritage de félonie. Après ces grands vassaux de la couronne de France, le plus illustre seigneur de l'armée était Simon de Montfort. 11 s'était signalé dans la croisade. Il avait fait la guerre d'Orient. Il avait eu pour compagnon Gui, abbé de Vaux-Cernay, l'un des prédicateurs de la croisade actuelle, et comme le lieutenant de l'abbé de Cîteaux. Le légat était contristé du refus des princes, lorsque Gui, proba-

i. G. de Tudelle, XXXIV. Chronique romane anonyme.

blement, lui proposa son ami Simon de Montfort, baron comparativement pauvre, mais le plus vaillant homme de la croisade, et le plus ambitieux d'une principauté qu'il avait pourchassée dans tout l'univers. Le légat s'adjoignit deux archevêques et quatre barons, et ces sept chefs, par la coopération des sept dons du Saint-Esprit, élurent Simon de Montfort. L'abbé de Gîteaux, le duc de Bourgogne et le comte de Nevers allèrent sous sa tente porter au chef croisé leur choix et l'ordre du ciel. Simon, tout plein de discrétion, se refusait modestement à cet honneur et à ce fardeau. Il se disait insuffisant, il se déclarait indigne. Le duc et l'abbé tombèrent à ses pieds, et, comme il résistait encore, Amalric, impérieusement, lui ordonna, comme légat, d'obéir au saint-siège, es le menaçant du courroux pontifical. Le fier et rusé romieu ne se rendit enfin que lorsqu'il eut arraché des princes la promesse formelle qu'ils l'aideraient à compléter, à conserver et à défendre la conquête romane. Alors seulement il accepta le commandement j)our la gloire de Dieu> l'honneur de V Eglise et la ruine de l 'hérésie l.

L'élection de Montfort paraît avoir été arrangée d'avance entre Gui de Vaux-Cernay, le duc de Bourgogne et probablement le roi de France. Le duc engagea le comte à le suivre à la croisade. L'abbé porta le message à Simon de Montfort. Il le rencontra dans l'église de son château de Rochefort, près de Dourdan. A cette offre inattendue, le comte

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