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prenant le rôle de Richard Cœur-de-Lion à la tête des princes pyrénéens, eût pu refouler la croisade. Mais son courage, en outre, était partagé entre les croisés et les Maures. Il vit sans doute, en se retirant, le camp de Montségur, et la cour de Foix. De Foix il rétrograda vers Muret, où trois ans après il devait tomber martyr *.
Le comte de Toulouse, de retour de Rome, se rendit à Carcassonne, toujours accompagné de son légiste, le capitoul Gui de Cap-de-Porc. Il se rendait auprès de l'abbé de Cîteaux et de Simon de Montfort, pour leur signifier le bref du pape ordonnant qu'il fût admis à se purger du crime d'hérésie et de la mort de Pierre de Castelnau. Amalric répondit que cette justification devait avoir lieu dans Toulouse, et quelque temps après il s'y rendit, en effet, avec les évêques d'Uzès et Riez, ses colégats, et plusieurs autres prélats. Mais on ne conclut rien, parce que le principal commissaire du pape, maître Thédise, était absent. L'abbé de Cîteaux et Simon de Monfort se rendirent à Portet, près de Toulouse, pour conférer avec le roi d'Aragon, mais ils repoussèrent ses demandes, relatives probablement au comte de Foix. Ainsi Pierre II était débouté comme Ramon VI. Le monarque passa les Pyrénées pour combattre contre les Maures. Thédise enfin arriva; il eut un secret colloque avec l'abbé de Cîteaux, et le rusé Thédise et le farouche Amalric s'entendirent « pour éluder l'ordre du pape et pour reléguer en-
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core le comte et le renvoyer à trois mois, au concile de Saint-Gélis, sur la tombe de Pierre de Castelnau i. Ils renouvelèrent l'absolution déjà donnée par Foulque aux Toulousains, recommandèrent à Ramon l'expulsion des hérétiques, et exigèrent en garantie qu'il leur livrât le palais comtal, le Gastel Narbonnais. » A la vue de tout le peuple, le comte leur livra le château. L'abbé de Cîteaux et l'évêque Foulque en furent les maîtres. Les vieillards, les jeunes gens, même les petits enfants, s'en émerveillèrent fort. « De mille ans, me l'eût-on garanti, je n'aurais imaginé que l'abbé entrerait dans Toulouse, » s'écrie le poète indigné, dans sa douleur de citoyen 2. Ce fait a été contesté, mais comment nier le témoignage du troubadour contemporain? Il faut alors que le peuple' se soit soulevé, ait expulsé les croisés et rendu son palais au Comte.
Innocent III continuait de professer le plus scandaleux machiavélisme. Il écrivait à l'abbé de Cîteaux : « Nous avons reçu avec honneur le comte de Toulouse. Nos lettres vous apprendront ce que nous lui avons accordé. Nous en avons commis l'exécution à Me Thédise, clerc et domestique de feu notre légat Milon. Nous lui avons ordonné de n'être que votre organe et votre instrument. Il sera l'hameçon que vous emploierez pour prendre le poisson en lui cachant sous l'appât le piège de fer, afin que vous préveniez la tromperie par ce stratagème. » Et il