CHAPITRE IV
Richard Cœur de Lion. — Sa gloire chevaleresque. — Son retour de Palestine. — Sa captivité en Allemagne. — II devient roi d'Arles.
Les trois monarques ne devaient pas se retrouver au rendez-vous de Saint-Jean-d'Acre. Frédéric Bar* berousse s'était noyé dans le Cydnus, le fleuve fatal à Alexandre le Grand. Les deux rois descendirent à Ptolémaïs ; mais après un an de combats et de discordes, Philippe s'évada de l'Orient et de la gloire. Richard resta seul contre Saladin, mais pour montrer que la valeur la plus héroïque ne pouvait délivrer Jérusalem.
Le départ de Philippe fut regardé comme une désertion. Les murmures de l'armée et les sarcasmes des troubadours le suivirent sur les mers ; on l'appelait un roi marchand, un accapareur de territoire ; il trahissait la cause de Dieu, il déshonorait la France, autrefois la terre des Preux* „ Barberoussé
i. Pierre Vidal.
et Richard restèrent populaires ; l'un par son trépas infortuné, l'autre par sa prodigieuse bravoure ; tous les deux étaient ennemis de Rome. Les troubadours célébrèrent l'héroïque César teuton. Nul, pas même Richard, ne l'avait remplacé en Orient. Les Minnesingers allemands ne crurent jamais à la mort de Barberousse. « Le vieil empereur, disaient-ils, déguisé en mendiant, était revenu dans sa chère Germanie. Il dormait dans une caverne du Tannus. Un jour il sortira de ce sommeil des siècles. Il rendra l'Allemagne triomphante de l'univers, et s'emparera de Rome, siège de l'empire d'Occident1. »
Après le départ de Philippe-Auguste, Richard resta un an encore en Palestine. Il s'y fit une renommée fabuleuse. chassait, dit Bertran de Born, les lièvres et les lions'*. Il entassait combats sur combats et renouvelait les prouesses des antiques paladins. Son corps semblait d'airain, son regard dissipait les hordes turques. Un géant sarrasin vint le défier, il le pourfendit de sa durendal; à son retour des mêlées, il était comme une pelote hérissée de flèches. Il inspirait la même admiration mêlée d'effroi aux orientaux* Les mères arabes faisaient peur à leurs enfants du nom du roi d'Anketar, et les cavaliers du désert disaient à leurs chevaux effarés : Guides-tu voir l'ombre de Meleck-Ric ? c'est ainsi qu'ils appelaient le roi d'Angleterre. Le héros poussait vers Jérusalem. Après cent combats sanglants, il parvint