‹ Histoire des Albigeois (volume 3)Chapitre 90 sur 292 · Ib. Guillaume de Tyr · texte numérisé non relu

Ib. Guillaume de Tyr

asiatique, où Vénus avait son culte funèbre dans les mystères de Biblos, qui avait produit Didon, Artémise, Bérénice, Aspasie, Gléopatre, est célèbre encore de nos jours pour l'incomparable beauté de ses vierges1. Mélissende était la rose chrétienne la plus rare du Carmel et du Liban. Orpheline dès l'enfance, elle avait dû épouser Emmanuel Comnène, empereur de Constantinople, puis avait été indignement délaissée et renvoyée par cet eunuque du cœur, le César byzantin. La maison de Toulouse, ]a branche de Syrie comme celle d'Aquitaine, avaient toujours été politiquement unies avec l'empire d'Orient. Le comte de Tripoli, pour venger l'insulte faite à sa sœur et à sa race, avait armé des galères et ravagé les îles et les côtes de l'Asie. Mélissende était restée solitaire dans son veuvage virginal. Mais la poésie lui réservait un trône plus beau que celui du Bosphore. Elle devait être impératrice de l'empire mystique d'Amour. Sa renommée s'était répandue dans tout l'univers. Des pèlerins la propagent en Occident. Elle arrive jusqu'à JeofFroi Rudel vicomte de Blaye%; c'est un chevalier errant, un martyr éperdu de la beauté, son cœur délire de cette merveille d'outremer 2.

« Je franchirai les flots. . . Amour sera mon guide. . . J'arriverai en habit de pèlerin. Ma venue lui sera révélée par mon chant. Daignera-t-elle m'accorder l'hospice de son palais? Puissé-je seulement la voir avant la mort ». — Ainsi parlait, ainsi chantait le

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