‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 109 sur 506 · Thrés. des chart. Toulouse · texte numérisé non relu

Thrés. des chart. Toulouse

créa cbevalier, soit que rexcommunioation eût dépouillé le comte de l'ordre de la chevalerie comme de tout le reste, soit que la chevalerie romane, populaire de sa nature, parût aux hommes du Nord inférieure à la chevalerie féodale de France. Le roi, comme une grâce, lui rendit la jouissance viagère du riche Agenais et de l'indigent et montagneux Rouergue. Enfin, après ces faveurs amères, il fut permis à ce triste prince, démembré de ses États, mutilé dans sa race, flagellé dans son corps, navré dans son cœur, troublé dans son esprit, de retourner, débris plaintif et désolé, dans sa capitale. Il revint avec ses capitouls compagnons de son martyre.

C'est alors qu'arriva le comte de Foix. Ces deux princes ne s'étaient pas revus depuis leurs adieux de Toulouse. Ils se retrouvaient vaincus et captifs, soit dans les bois du Limousin, soit à la cour de France. Quel changemeilt dans leur fortune et les destinées du Midi 1 Leur douleur dut étouffer son rugissement. Mais quels longs et tristes regards I Quels éloquents et mornes silence I car tout les épiait dans ces sinistres palais capétiens. C'est au château de Melun que la reine et le légat reçurent le comte de Foix. 11 ratifia le traité de Saint-Jeandes-Verges. Mais ce n'était point assez : Blanche ménageait une surprise au chevaleresque prince ; elle prit Roger -Bernard au même piège que Ramon VII ; et comme elle avait ravi à l'un son Castel-Narbonnais, elle voulut enlever à l'autre son château de Foix. Dès que le comte fut entre ses mainsy l'altière régente exigea que le château de

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Foix lai fdt remis pour cinq ans, au lieu de celui de Loitlat; après quoi, en échange de Foix, elle reprendrait Lordat pour rendre, cinq ans après, au comte, Lordat et Montgrenier. Le comte dut céder l'inexpugnable donjon de ses ancêtres^. Dès que l'avide reine Teut obtenu, elle en usa avec le comte de Foix comme avec le comte de Toulouse, elle se donna des airs de largesse et des semblants de courtoisie chevaleresque et de magnanimité royale. Elle gratifia Roger-Bernard d'un revenu de mille livres de Tours ; mais ce revenu était prélevé sur les terres d'Arsens, de Preixan, d'Alairac et d'autres éparses dans le Carcassez ; et ces terres étaient Théritage de son aïeule Cécile de Carcassonne confisqué par la croisade. De sorte que les libéralités durci de France se bornaient à rendre des miettes, et comme la poussière des vastes domaines injustéïnent ravis aux comtes de Foix. Cette Espagnole en remontrait aux Gascons ; cependant elle ne poussa pas l'injure, comme pour le comte de Toulouse, jusqu'à créer chevalier le vainqueur de Uontfort et le libérateur infortuné du Midi. Roger- Bernard, un genou en terre, et la main dans les mains du jeune roi, fit pour la première fois hommage-lige à la France. Othon-Amaud de Castel* yerdun qui l'accompagnait fit aussi le serment de yasselage, et reçut une rente annuelle de cinquante livres tournois. Centulle d'Astarac, venu à Lorris, en reçut une de cent marcs ; c'est ainsi que l'habile régente, qui savait prendre et donner^ ajoutait au

i. Thr. des ch. Foix. Mss Colbert, 2669.

SSi LES ALBIGEOIS ET L INQUISITION

lien féodal de rhommage la chaîne métallique de la cupidité pour mieux rattacher au trône l'héroïque indigence et le patriotisme frémissant des chevaliers pyrénéens *.

Roger-Bernard repartit pour le Midi, comme Ramon VII et ses capitouls rentraient dans Toulouse. Quel triste retour pour le pauvre prince et ses nobles consuls dans leur métropole captive, et au milieu de leur peuple asservi et humilié I Le jeune Comte avait toujours été chéri de ses sujets; sa popularité s'accrut encore de ses malheurs; ses infortunes étaient celles de la patrie ; il revenait comme le martyr de la race romane. Avec quelle triste et tendre émotion la cité dut revoir son princel La ville muette lui offrit sans doute le seul hommage que lui permît son infortune, un triomphe de sanglots et de larmes. L'attendrissement fut à son comble quand on vit que le comte ne descendait pas dans l'antique demeure de ses ancêtres. Au Castel-Narbonnais d'où l'on venait d'expulser sa femme, d'enlever son enfant, campait le sénéchal du roi, et sur son donjon flottait l'auriflor * sinistre de France. Hugo de Roaïx, qui avait eu l'honneur de partager la captivité de son mwtre, recueillit probablement Ramon VII, à son retour de sa prison de France, dans le même palais où son père avait reçu Ramon VI, à son retour de l'exil d'Espagne. Ainsi de ces deux princes infortunés, étrangers

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