Tradition des villageois de Montségur
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les, la plupart de race arabe, paissaient nuit et jour, comme des chèvres, sur les rochers, et ne rentraient dans les bercails qu'à l'approche des neiges. Pendant les six mois d'hiver, les palefrois de Ramon de Perella et des hommes d'armes du donjon, enchaînés dans leurs stalles de granit, sous les grottes obscures de la Roche, appelaient, par des hennissements d'impatience, le retour du printemps, des longues courses et des aventures de guerre. Vers la fin de mars, hommes et animaux sortaient de leurs cavernes. Alors les guerriers préparaient leurs lances, les chasseurs leurs arcs, les pêcheurs leurs filets. Les abois des limiers, les hennissements des chevaux répondaient aux fanfares des trompes de chasse et de guerre. Les parfaits ne vivaient que de légumes, de poisson et dé miel, croyant en cela scrupuleusement imiter le Christ. Ils recevaient de la mer et de l'Océan beaucoup de pâtés de saumon ^ Puis, on péchait les truites de l'Ers aux écailles mouchetées de brun ou constellées d'or; on les poursuivait jusque dans les gouffres . vierges, les grottes séculaires des lacs druidiques. Les chevaliers qui vivaient de proie traquaient l'ours dans la forêt de Bélestar, poursuivaient risard de cime en cime, la gelinotte , le coq de bruyère, jusqu'aux crêtes neigeuses des Pyrénées.
Tel était Montségur, ce champ d'asile du xiii* siècle, cette Delphes du catharisme pyrénéen. Ramou de Perella, gardien de ce sanctuaire, y reçut-il ja-