Âurem r^y lo pus cabaillos
Que port caussas ni esperos.
Il s'humilie avec les bons» et châtie les mauvais, y^
Comme Pierre Cardinal, Bernard-Sicard de Marjevols était du Gévaudan, mais tout Topposé de l'irascible et guerroyant vieillard. Ce n'est qu'à Montségur que ce poëte, d'un génie tendre et élégiaque, a pu soupirer cette noble et touchante corn- ^ plainte patriotique :
« Dans ma tristesse, j'essaie ce chant douloureux. 0 Dieu, qui peut dire, qui peut comprendre moa tourmenti Et, quand je songe, dans quels rêves je me perds I Je ne peux écrire ni ma douleur ni moa courroux I Je vois le monde bouleversé I On corrompt la loi I Plus de foi ni de serment I Partout la violence remporte ! Et l'on tue sans raison ni droit I
» Tout le jour je m'afflige, et j'ai bien cause d'affliction. Toute la nuit je soupire, dans la veille comme dans le sommeil. De quelque côté que je me tourne, j'entends ce vil peuple dire lâchement aux Français : Sire ^ I Le Français trouve partout accueil, car il a la fortune I Je ne lui vois point d'autre droit! Ahl Toulouse! Provence! Terre d'ÂgenaisI Béziers et Carcassonnel Quels je vous ai vus I Et quels je vous revois !
» Chevalerie, hospices, ordres, quels qu'ils soient, tout est déchu et perverti I Par l'audace, ils montent aux grandeurs, et par la simonie, ils accumulent leurs richesses. Nul n'est admis, qui n'ait de grands trésors ou de vastes héritages I Ils ont
1. Au lieu du mot roman senhorl le troubadour écrit cyre, du grec kyrios.
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labondance et le bien-être I Fraude et trahison, voilà leur règle et leur symbole !
» Clergé de Prince, on doit dire grand bien de tous; et, s'il m'était possible, j'en dirais deux fois plus encore. Si vous tenez une voie sainte, enseignez-la-nous. Qui bien dirige recevra bon salaire. Hais je ne vois rien que vous nous laissiez I Vous gaspillez tout, vous convoitez tout I Vous causez un grand malêtre. Et vous vivez vilainement. Ah I que Dieu soit meilleur pour nous que vous ne l'êtes I
» Comme l'oiseau des bois qm chante dans l'orage, il faut que j'aie le cœur de chanter aussi. Toute noblesse dégénère, et tout lignage est déchu et faussé. La mauvaiseté grandit, et les barons, traîtres à la fois et trahis, mènent la valeur derrière, et font marcher devant l'infamie. Riches vils et mauvais, vous devez au crime vos héritages!
i^Mais, ô roi d'Aragon, s'il vous plaît, je serai honoré de vous ! »
Le roi d'Aragon, si délicatement invoqué, c'est don Jaîcmé, l'orphelin de la bataille de Muret, le jeune conquistador des Baléares, et le libérateur espéré de la patrie pyrénéenne. C'est le fils du héros infortuné imploré comme un martyr national. « Puisque Dieu vous a reçu dans le ciel, à roi, ressouvenez-vous de nous qui restons ici-bas, s'écriait le troubadour Guilhem Magret. » Plaintes touchantes I magnanimes gémissements I Sicard de Marjevols est le Jérémie inconsolé de la ruine du Midi.
DOCTRINC JOHANKITE. — ENSEIONEHENT DB MONTSÉODR. — PARABOLES, DIEU, LE CHRIST, LE PARACLST, LUCIBEL, l'ÉGUSE CATHARE.
Mais la grande poésie de Montségur, c'était la doctrine, le martyre. Les sublimes poètes du Thabor, c'étaient Guillabert de Castres , Bernard de Simorra, Vigoros de Bocona, ces vieillards apocalyptiques, offrant dans leurs personnes et leur enseignement, un mélange ineffable de Saint- Jean et de Platon, un reflet mystique de la Grèce et de rorient. Représentons-nous le patriarche des Amis de Dieu, un vieillard pâle, émacié, presque incorporel, avec une longue figure ascétique à la fois et chevaleresque; la taille haute, flexible, desséchée, en quelque sorte transparente; revêtu d'une longue robe noire, ondoyante, traînante sur l'herbe, la tête chauve, et la barbe rase, et couvrant son crâne doré comme un bloc d'ivoire d'un capuchon ou d'un béret noir circulaire, comme d'une auréole d'ombre. Représentons-nous le grand anachorète assis devant une grotte sur la Roche de Montségur , et comme tous les mystiques aimaient les animaux, donnons-lui pour compagnons des abeilles, des colombes, quelques chevrettes de montagne, qu'il caresse, avec lesquels il converse fraternellement , et qu'il convie à ses prières et à ses cantiques. Ou bien encore se reposant, dans ses courses