LIVRE HUITIÈME S
sage et leur souhaiter ua bon succès. Le meurtre des inquisiteurs, propagé par des voix mystérieuses, errait dans Tair, connu et attendu de tous, comme un châtiment national. Laissant Fanjaus sur leur droite et Mirepois sur leur gauche, par d'âpres collines infréquentées et revt^tues de bois, ils vinrent, sur le midi, faire halte au domaine de deux chevaliers de la troupe, Pierre et Bernard de Sant-Marti, bannis de Laurac et dépouillés de la seigneurie de Sant-Marti de las Bordas, donnée par Montfortà l'évêque de Toulouse *. Ce lieu sauvage se nommait Génébreiras (les Genevrières), au centre de la forêt de Gajan. A droite, on voyait un <)hâteau, sur une hauteur coupée d'un ravin, entouré de bois : c'était Gajan-li^-Selve , héritage d'Ermengarde, la noble épouse de Pierre de MazeroUes. Le Vaillant faidit, dépouillé de son château paternel par Gui de Lé vis, conservait encore, malgré ses héroïques imprudences, son manoir conjugal, ouvert aux déshérités. Il hébergeait alors sous son toit Jordan du Villar, fils de l'ingénieur du Val, déshérité par son aïeul du domaine du Yillar au profit de Saint-Dominique et du monastère de Prouille ; et Roger d'Aragon, ce noble et puissant baron, qui, dépouillé par le roi de France au bénéfice de l'abbaye de Montolieu, battait les alentours de Garcassonne à la tête de cinquante chevaliers faidits et flottait du camp de Nore au camp de Montségur. Pierre de Mazerolles, accom-
1. Doat : Dép. d'Alzeu et de Faïs de Massabrac, et d'Imbert'de Salas.
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pagné de ses deux nobles hôtes , descendit du château avec ses serviteurs chargés de provisions pour les conjurés qui débridaient à Génébreiras ^ Pendant que les chevaux paissaient dans les bois, et que les cavaliers mangeaient sur Therbe, Pierre-Roger s'entretint à l'écart avec ses trois amis. Pierre de Mazerolles et Roger d'Aragon retournèrent à Gajan; mais Jordan du Villar, en sa qualité d'ingénieur, se joignit à la troupe avec vingt-cinq hommes armés de haches, le chevalier Pierre Vieil ou de Na Vidal, l'arbalétrier Berséja et un autre archer inconnu. Cavaliers et chevaux repus, ils reprennent leur route, marchent toujours au nord et laissent sur leur gauche Belpech, patrie de Roquier, le chirurgien de Montségur. Partis avant l'aube, ils ont fait, au pas de leurs «chevaux, environ vingtcinq lieues et arrivent sur le soir au manoir d'Antioche, appartenant à Guilhem du Mas Gap-de-Porc. Là ils font une seconde halte, pour reprendre haleine et attendre la nuit. Pierre-Roger s'arrête dans ce château désert ; il ne garde auprès de lui que ses écuyers Acermat et Alzeu de Massabrac ; il s'entretient longtemps à voix basse avec son parent, Guiraud de Rabat, devenu le chef de l'expédition. Puis Guiraud et tous les chevaliers et les servants
1. Les registres de rinquisition disent que les vivres furent fournis par les frères de 8ant-Marti. Mais comment les deux chevaliers faidits et leur pauvre métayer de Génébreiras auraient-ils eu, dans ce lieu désert, de quoi nourrir quarante hommes affamés par une course de dix lieues? Il est à noter qu'ils mangèrent du fromage (caseatas), aliment interdit, en temps ordinaire, aux cathares.