‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 76 sur 506 · Raynald · texte numérisé non relu

Raynald

Sur ces entrefaites arrive à Paris l'abbé de Grandsel?e. 11 vient du camp des croisés ; il vient rendre compte des combats et des ravages du Midi. Chose singulière, les victoires des comtes avaient ébranlé Blanche, le légat, le pape ; les ravages d'Humbert ont découragé les chefs méridionaux. Des deux (Aies, à rinsu les uns des autres, on éprouve une lassitude, le besoin du repos. Le pape, selon le désir de la reine, proroge la nonciature de Romain; mais fl ordonne au légat de conclure la paix avec le comte de Toulouse. Eh quoi I Rome qui depuis vingt ans pousse à l'extermination, Grégoire qui tout récemment encore ravivait la guerre, désirent maintenant la paix! Vont-jls transiger avec les Albigeois? Non ; mais où la violence a échoué va s'exercer la diplomatie ; à la stratégie va succéder le stratagème. Blanche renvoie l'abbé de Grandselve avec des propositions de paix pour Ramon VIL

Depuis les dévastations de la plaine de Toulouse et de la vallée de TAriége, le prince se voyait abandonné de ses meilleurs chevaliers. La plus éclatante de ces défections fut celle des deux illustres frères Olivier et Bernard de Termes *. Ils se rendirent à Narl^onne (21 nov.) et là, en présence du sénéchal Humbert, et de plusieurs autres chefs croisés et des abbés de la Grasse et de Fontfrède, remirent leur château de Termes au maréchal Gui deLévis, représentant du roi de France, et à Pierre- Amiel, archevêque de Narbonne et à Glari, évoque de Carcassonne, représentants de l'Église romaine.

1, Hat. du Imç. y, pr. lU.

146 LES ALBiG£OIS ET L'INQUISITION

Un aventurier français nommé Robert Sans-Avoir fut nommé châtelain de la célèbre forteresse dominatrice des Corbières, de cette branche de montagne qui se détache de la grande chaîne à Quérigut et va tomber à Leucate dans la mer, enfermant dans sa bifurcation la petite Espagne du Roussillon. Termes que les Romains, fondateurs de ce castrum antique, appelaient Fines^ gardera la cordillère du Bugarach, qui sera pendant quatre siècles la limite de la France jusqu'au jour oii Richelieu, par la conquête de Perpignan, la reculera jusqu'auCanigou, et à la frontière définitive de l'Espagne '. Quelques jours après, le comte de Toulouse était h Bazièges, sol illustré par une bataille. C'est dans ces plaines qu'entouré du vieux comte Ramon- Roger, et de ses deux fils, Bernard et Loup de Foix, le jeune Ramon VII, pareil à un léopard et à un lion, ^ déchira et dispersa, comme un troupeau, un ost considérable de croisés. Eh bien, ce champ de victoire glorieux va devenir le terrain sinistre d'un piège diplomatique et de l'irréparable défaite. Ramon voit arriver dans son camp l'abbé de Grandselve. Ce vieux cénobite venait de Paris ; il venait de la part de la reine Blanche, du légat Romain de Saint- Ange, de Foulques, évêque de Toulouse ; la reine, le légat, l'évêque désirent la paix. Ce prélat troubadour que les Albigeois appelaient l'Évéque des diables, l'inventeur des ravages du Midi, suivait de son regard d'épervier les

i. HUU du Lang., t. V, pr. lU 2. GuUh, de Tudella.

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dernières convulsions, l'agonie suprême de la nationalité romane. Banni de sa métropole, il errait à la suite de la croisade, et se reposait de ses chevauchées dans l'abbaye de Grandselve, doltre célèbre de l'ordre de Cîteaux, au confluent de la Garonne et de la Save. Après les derniers ravages du sénéchal, l'évoque avait député l'abbé Hélie Guarin vers la reine et le légat pour leur annoncer que l'agonie approchait, l'heure suprême du Midi. Hélie revint, au grand étonnement de Foulques; avec Tordre, non d'exterminer, comme il l'attendait, mais de négocier, et de conclure nonseulement la paix mais encore une alliance matrimoniale entre la maison de France et la maison de Saint-Gélis. Quelle surprise pour le cruel et turbulent vieillard 1 Le cénobite se rend aussitôt vers le comte ; il ne le trouve pas à Toulouse ; il le suit à six lieues de là vers le levant, au château qui tire de ses bois le nom ibère de Bazièges *, fief patriotique des Baragnon, grande famille consulaire et cheyaleresque. RamonVII aurait dû se défier de ce négociateur inattendu qui, sous sa cagoule blanche et les suavités de son langage monastique, cachait, innocemment peut-être, les implacables calculs du légat italien et de la reine Castillane. Mais, vingt ans d'une guerre exterminatrice ont consterné le comte, désolé le peuple, bouleversé le pays. Ames et terres n'offraient plus que des ruines, et le plus grand de ces débris, c'était le prince lui-même. Ramon VU, neveu de Richard Gœur-de-Lion et

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