Martène. Ibid
928 L£S ALBIGBOIS ET L'INQUISITION
beau. Enfin, Pierre, fils d'Ugo et de Béatrix, et ses frères renouvelèrent leur demande auprès de Philippe le Bel qu'ils crurent plus favorable que saint Louis aux Albigeois. Philippe les renvoya devant le juge-mage de Carcassonne : la bonne volonté du magistrat fut arrêtée par la fatale sentence de l'Inquisition. Il conseilla sans doute aux infants de Saissac de supplier Boniface VIII de casser la procédure inquisitoriale. C'eût été abolir toute la législation de la croisade. Le superbe pontife accueillit néanmoins leur requête embarrassante, moins, il est vrai, pour rendre justice à des orphelins déshérités que pour faire un acte éclatant d'autorité sur les rois. Il somma avec hauteur Philippe le Bel de comparaître à son tribunal. Le monarque, avec non moins de fierté, répondit que pour le temporel il ne reconnaissait pas le tribunal de Rome. La querelle s'envenima entre ces deux puissants de la terre et Ton oublia les infortunés infants de Fénouillèdes*. La double réparation qu'ils réclamaient n'était plus au pouvoir, il faut le dire, ni du pape ni du roi de France. Boniface n'eût pu révoquer Tarrêt de l'Inquisition de Narbonne sans désavouer ce tribunal, sans compromettre rinfaillibilité romaine. Philippe n'eût pu restituer cette vicomte pyrénéenne sans condamner toute l'œuvre effroyable de la conquête. Les terres des Montfort, des Lévis, des Croisés, il eût fallu les rendre aux faidits. Les faidits seraient partout ^sortis de Vombre des cavernes. Les morts mêmes au-
!• Doat. InquU. de Carcassonne*
LIVRS TREIZIEME S29
raient crié du fond de leurs sépulcres. Il eût fallu bouleverser le Languedoc, remuer, ébranler cette frontière du sud, si laborieusement acquise, conquise par tant de guerres et de crimes : cette barrière magnifique des. Pyrénées, indispensable à la sécurité de la monarchie capétienne, bouclier, armure, boulevard de granit de la- France, et qui sépare à jamais cette France progressive et lumineuse de la rétrograde , ténébreuse et africaine Espagne.
Alors Boniface, oubliant les infants de Fenouillèdes, revient àTévêquede Pamiers *. Il ordonne à Philippe de laisser Bernard se rendre à Rome. Puis, s'irritant par degrés, il retire tous les privilèges accordés en d'autres temps par les papes aux rois de France. Enfin, il somme le monarque d'admettre la suzeraineté de saint Pierre sur les empires de ce monde. Il lance une bulle où il reprend la théorie fameuse des deux glaives, par laquelle le glaive royal est soumis au glaive théocratique, sans dire que. ce glaive de saint Pierre avait été condamné par le Christ. Philippe fait briller publiquement la bulle pontificale à Paris. II déclara, même à ses fils qu'il les répudierait s'ils consentaient jamais à tenir le royaume de tout autre que de Dieu. C'était parler en roi et en Français. Pour contre-balancer le concile convoqué par le pape à Rome, il convoqua dans Paris les États généraux de France*. La noblesse et le tiers déclarèrent unanimement qu'ils donneraient leur vie et leur for-