Villani
posât l'indigne pontife. 11 y avait longtemps que les papes n'avaient entendu ce lier langage. Bonifaceen parut troublé. Il envoya comme légat en France le cardinal Le Moine, un Français qui devait en apparence négocier un accommodement avec le roi, mais en réalité révolter les évêques contre Philippe. Le légat somma d'abord le monarque de lever la défense faite aux évêques de se rendre à Rome, accompagnant sa requête hautaine d'une menace de foudre pontificale. Mais ce vieux tonnerre était usé. Philippe en dédaigna le vain murmure : son refus ferme et calme exaspéra le bouillant pontife. Alors il excommunia le roi de France. Dans cette tempête, Philippe chercha son appui dans la nation : il convoqua les États généraux (13 juin 1303). Louis, comte d'Évreux, frère du roi ; Gui, comte de Saint-Paul ; Jehan, comte de Dreux, et le chevalier Gûilhem de Plasian, se portèrent accusateurs du pape.Plasian, seigneur de Vézenobre, prit la parole : c'était un cévenol, un homme du midi; cette mission vengeresse revenait de droit aux Albigeois. Nogaret et Plasian, ces fiers légistes, ne sont plus ici les avocats du roi : ils ont derrière eux deux grandes clientes, la Patrie égorgée, la France outragée : ils sont les mandataires de l'étemelle justice contre Rome. « Sire, et vous messeigneurs, dit Plasian, nous accusons Boniface : l'Église est en danger sous son pontificat ; elle réclame un légitime pasteur. Boniface est hérétique et chargé de crimes. Nous le jurons sur les Saints Évangiles. Nous le prouverons dans un concile général. Sire, vous êtes le champion de la Foi. Assemblezun concile; nous vous^n