‹ Histoire des Albigeois (volume 5)Chapitre 201 sur 323 · Bern. Guidonis. — Cont. de Nangis · texte numérisé non relu

Bern. Guidonis. — Cont. de Nangis

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pas sa raison d'être. Il devait être abattu avec la théocratie. Son existence était dangereuse pour les rois et les nations. Un roi d'Aragon lui léguera son royaume, mais le peuple cassera le legs de ce mo* narque insensé. UEurope^^ sur eettepente^ tom* bait en mainmorte, le monde devenait • le bourg pourri de Rome*

Philippe le Bel déUvra le monde de ce danger. Un despotisme divin est sans espoir : il en reste tonjours avec un despotisme humain. Philippe, homme avide et cruel, mais prince souverainement intelligent, entreprenant et laborieux, fut un grand et terrible roi, mais un monarque providentiel. Il a plus que tout a.utre ébauché, échafaudé la monarchie, construit, cimenté, solidifié l'unité de la nation, taillé, dans le vieux granit des Gaules, cet immense bloc t^ritorial, ce magnifique hexagone de la France, d*un poids si décisif dans les balances du monde Ml a conservé, au sud, cet immense hou* clier des Pyrénées et des Alpes, et s' efforça d'acquérir au Nord la frontière poudreuse des Flandres, la limite fangeuse du Rhin, qui lui glissa dans les mains, et que la France n'a pu ressaisir depuis* Mais roi moins conquérant que légiste, il fut justicier, et jusque dans ses rigueurs, humain. Il réhabiiita.les Albigeois, choisitses ministres parmi leshérétiques, leur fitjuger la Papauté, et transféra cette grande coupable, comme par une expiation, captive sur la terre romane et cathare. Son chef-d'œu-

1. Ck)nfiant dans l'avenir, nous laissons cette phrase cruellement démentie par les récents désastres de la France.

vre de politique et d'audace, c'est rabaissement de la théocratie romaine. Arrachée de Rome, captive dans Avignon, désarmée de l'inquisition, son tribunal, et de l'ordre* du Temple, sa milice, la papauté d'Innocent III et de Boniface VIII n'avait plus que «es foudres qui s'éteignaient dans sa main fumante au vent du siècle. £lle avait subsisté environ deux cent cinquante ans, et couvert l'Europe de plus de ruines qu'une invasion de Tartares. Mais ce n'était plus qu'un gigantesque fantôme. Le vaillant monarque l'attaqua résolument, le transperça de son épée, la vieille épée de sapience et de justice de la France. Philippe fut le vengeur des rois ; il vengea Henri IV et les. deux Frédéric d'Allemagne, Pierre II d'Aragon et Manfred de Sicile, et ce jeune et touchant Gonradin. Ah 1 si les infortunés comtes de Toulouse et de Garcassonne, si les deux millions d'Albigeois égorgés avaient vu cet irréparable abaissement ! quelle joie ! quel transport! quelle consolation! Mais ils n'auraient pu baiser la main de leur vengeur, car il continuait d'être le bourreau de leurs peuples. Un tressaillement de bonheur dut néanmoins courir dans tous les sépulcres cathares. Philippe fut le plus hardi, le plus entreprenant, le plus audacieux, le plus pugnace, le plus intelligent, le plus novateur, le plus révolutionnaire même des rois capétiens. Et bien qu'il n'ait pas atteint la véritable grandeur, la grandeur magnanime et sainte, nous accorderons volontiers à ce monarque le surnom que lui donnait le moyen âge, et nous l'appellerons avec toute l'Europe : Philippe le Grand.

BERNARD DÉLICIOS

BERMRD DÉLICIOS'

-SCaKAIID DÉLICIOS. — SON ORIGINE, HSS ÉTUDES, SBS TOT AGES ; DI8CIPLS DB JOAN D*OLITE, PHOVESSEUR DANS LES CLOITftES PRANC18CANS, ORATEUR VÊS VILLES ALBIGEOISES. — SA LUTTE CONTRE L*1NQUISIT101I ET fiON AMBASSADE AU PARLEMENT DE SENLiS.

Cet étonnant spectacle d'un roi de France muselant l'inquisition, dominant les évèques, combattant les papes, prenant ses ministres parmi les Albigeois, et protégeant les vaincus et les faidits, raviva, surexcita les espérances du Midi. Les Aquitains caressèrent cette pensée d'un monarque libé* rateur : le Capétien était seul capable de vaincre la papauté; plus tard on verra s'il convient de lui substituer un prince indigène. Cet espoir, ce rêve «ut bientôt un organe, ce tribun fut un moine, un Franciscain, Bernard Délicios.

Remontons jusqu'au commencement du siècle, et aux origines des Spirituels de Narbonne dont Ber-

i. Délicious. Déliciosus.

nard fut l'orateur le plus éclatant et le plus populaire. Vers la fin du xii® siècle, Joachim de Flore, moine de Calabre, après avoir parcouru l'Orient, s'établit en Sicile, dans un couvent de l'Etna. Il enseigneL Y Évangile étemel. Le christianisme, disait-il, a trois âges, correspondant à Jéhova, à Jésus et au Paraclet. Le Père a régné 4000 ans; le Fils a régné jusqu'en 1200; en 1260 a commencé le règne du Saint-Esprit. Le Père a imposé la Loi, le Fils a dicté l'Évangile, le Saint-Esprit a inspiré l'Évangile éternel. Jérusalem fut le dépositaire de l'Ancien Testament , Rome fut l'interprète du Nouveau Testament, le monde spirituel est l'organe de l'Évangile éternel. Joachim de Flore, comme les cathares, aboutissait au règne du Paraclet, seul pontife de rage nouveau. La doctrine de Joachim, disait Jean de Parme, surpasse en excellence celle du Christ*. Ce vieux moine de l'Etna, fils luimême du catharisme oriental, est réellement le père de François d'Assise. François est l'expression éclatante et populaire de Joachim resté mystérieux et voilé d'un nuage. L'aigle de saint Jean les a couvés l'un et l'autre dans la cendre des volcans éoliens. Mais Rome, qui avait éteint l'enthousiasme de Dominique, figea le pieux délire de François. Rome enchaîna son Ordre au Saint-Siège. Ses disciples devinrent des légistes, ils acquirent des richesses» dévastes domaines. Frères Mineurs^ ils aspiraient aux évêchés, aux cardinalats, aux grandeurs théocratiques.Ils disputaient l'inquisition aux

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