‹ Histoire des Albigeois (volume 5)Chapitre 223 sur 323 · Maaus* de Paris · texte numérisé non relu

Maaus* de Paris

Guillaume de Peyre, lui montra sans doute sous cette querelle de moines une révolte des p'^uples et pour se venger de Délicios, le représenta comme le tribun de cette révolution anticatholique et antiroyale du midi. Bernard, le grand accusateur» accusé à son tour, fut sommé de se justifier devant le roi; et sa harangue fut comme la péroraison de cette plaidoirie patriotique*.

« Oui, répondit hardiment Délicios, je suis l'adversaire de l'inquisition. C'est à bon droit que Ton prétend que je ne cesse de crier contre les inquisiteurs. J'ai tant crié depuis si longtemps que j'en suis tout enroué. Oui, c'est moi qui ai convoqué ces peuples dans Toulouse, et c'est par mon conseil qu'ils viennent accuser l'inquisition. Le roi lui-même m'a chargé d'annoncer son arrivée dans le Midi. A cette grande nouvelle le peuple s'est apaisé. £t maintenant il veut demander pacifiquement justice au monarque. Car ce peuple est fidèle et catholique. Le prieur l'avoue presque lui-même; il a dit au roi qu'il n'existe plus d'hérétiques que dans l'Albigeois et le Carcassez ; et encore quarante ou cinquante au plus. Pourquoi donc, depuis tant d'années, tant d'iniquités, de violences, d'incar* cérations, de tortures ? Et moi, je dis : Frère Guillaume exagère encore. La vérité, c'est qu'il n*y a plus un seul hérétique dans le ^ Midi. — Contre cette assertion hardie, réclament l'archevêque de Narbonne, et le docte évoque de Béziers. Il y a eu, disent-ils, des cas avoués et prouvés. —

i. Mabul.

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Défions-nous de ces preuves et de ces prétendus aveux, reprend Tintrépide orateur. Les apôtres Pierre et Paul, traduits devant l'inquisition , auraient bien de la peine à se justifier. Il n'est plus question de justice quand l'interrogatoire est devenu l'art subtil de tendre des pièges où trébuchent à la fois innocents et criminels. — Quels inquisiteurs incriminez- vous ? — Jean Galand, Jean de Saint- Seine, Nicolas d'Abbeville, Foulques de Saint* Georges. Entendez les clameurs, entendez les gémissements, et voyez si le conseil du roi a trouvé le remède aux plaies du Midi I < »

On dirait, à entendre Délioios, que les gémissements des citoyens roulant autour du Castel-Narbonnais, et les hurlements des condamnés montant des cachots contigus des Immurats, accompagnent effectivement la tragique harangue du tribun. Mais le sagace roi, sous ce gémissement populaire, entendit le rugissement patriotique. Justice tonnait à son oreille comme indépendance ^ liberté l L'inquisition était une institution royale. Les cris contre le tribunal montaient en clameurs contre le trône. Les intérêts de la royauté et de l'inquisition étaient con« nexes comme le sépulcre des Immurats était contigu à la forteresse du Castel Narbonnais. Et Ber* nard dut paraître à l'esprit net et pratique du Capétien un rêveur mêlé de factieux qui, sous des motifs trop réels de justice et d'humanité» ne tendait à rien moins qu'à démembrer la France.

Philippe. le Bel passa tout le mois de janvier dans

1, Gompayré.

Toulouse à réorganiser la conquête du Midi. Il ne donna point comme Charlemagne un de ses fils pour prince à l'Aquitaine. Il ne supprima point rinquisition, mais il la modéra, la pondéra par le contre-poids de l'évêque, des franciscains, des sénéchaux. Il la maintint, mais en lui donnant son ancien confesseur, Guillaume de Peyre, pour prieur et pour provincial. Il ne condamna pas non plus Délicios. A frère Guillaume, inquisiteur royal, il opposait frère Bernard, agitateur monarchique. Il s'appuyait sur le joachimite et le dominicain, et attelait à son char le patriotisme et la croisade muselés. Le Capétien cherchait à se rendre populaire par la justice en compensation de la liberté. Un vieux chroniqueur assure que c'est alors que le roi dota Toulouse de son Parlement.

Il le créa sous les formes les plus démocratiques et paternelles. Il le composa d'hommes du Midi et du Nord, de conquis et de conquérants. 11 voulut que le choix royal reçût la consécration populaire. Les hérauts crièrent dans la cité : « De la part du roi, notre seigneur, qup tous les hommes et femmes, de quelque qualité ou condition qu'ils soient, sachent, que s'ils connaissent l'un des membres" susdits indignes de leur magistrature, parleurs délits, scandales ou incontinence, qu'ils le déclarent avant huit jours au chancelier de France, pour qu'après examen leurs noms soient effacés ou maintenus sur le tableau. » Ces formes libérales revenaient comme une ombre des anciennes Libertés ' .

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