‹ Histoire des Albigeois (volume 5)Chapitre 317 sur 323 · M. Schérer, Retme des Deux Mondée · texte numérisé non relu

M. Schérer, Retme des Deux Mondée

juive et son manteau platonicien des déserts de rOrient? Dans sa vieillesse candide semblable à une éternelle adolescence, viendra-t-il dire aux peuples : Mes petits enfants^ aimez-vous les uns les autres f L'Apôtre bien-aimé qui, se penchant sur le sein de Jésus, puisait dans ce cœur divin ses sentiments célestes, fera-t-il aux derniers temps fleurir le plus pur christianisme, comme il offrit lui-même le plus suave reflet du Christ? Au dernier chapitre de l'évangile johannite, Jésus, qui prédit à Pierre qu'il serait chargé de liens et mené captif, lui qui rêve toujours l'empire de l'univers, semble annoncer au Fils du tonnerre, qu'il survivrait à tous les apôtres, réunirait toutes les nations et remettrait le genre humain au Christ, assis sur les nuées du Ciel?

Quoi qu'il en soit de cet oracle, le catharisme revivra, mais non pas sous sa forme du moyen âge. L'albigisme s'est éteint avec ses congénères, la chevalerie romane, la poésie des troubadours, la civilisation héroïque et sentimentale du xiii* siècle. L'avenir du monde est évidemment à l'Amour, au Consolateur. Jean restera le dernier. Pierre a trop abusé du glaive et des clefs. Paul n'abuse-t-il pas aussi du glaive et des combats de l'esprit? Jean ne peut abuser de l'amour et de l'adoration. Jean réconciliera Céphas et Saùl de Tarse. Mais T Apôtre de la grâce est le compagnon naturel de l'Apôtre de l'Amour. Jean restera le dernier parce qu'il a reposé son front sur Te cœur de Jésus et qu'il s'est tenu immobile et en pleurs au pied de sa croix. Pierre a dominé par la force au moyen âge. Paul

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lui dispute le monde depuis le xvi^sièoie. Le Christ réserve à Jean le règne pacifique de l'avenir. Le dernier mot est à l'amour sur la terre comme dans le ciel. Le jôhannisme, comme une huile onctueuse, peut donner une vigueur nouvelle aux Églises de la Réformation fatiguées par leurs discordes et leurs combats. L'Église gallicane, fille de la Grèce, et que Rome a trois fois entraînée dans le sang, reviendra pour se purifier à ses fondateurs Hellènes, Dionysios, l'Esprit de Dieu, et Eleuthérios, la Liberté. L'Église grecque sortira de son sommeil séculaire, rentrera dans la basilique de Sainte-Sophie, et ravivera l'Orient. Une réformation nouvelle se fera; son chef ne sera point un homme mortel, mais le Séraphin crucifié à Montségur. L'avenir n'est donc point au césarisme théocratique, ni au califat romain du Vatican, ni au lamaïsme guerrier de Moscou, ni au pharisaïsme militaire et rapace de Berlin, mais à une confédération immense des Églises du nord et du midi, d'orient et d'occident, de l'ancien et du nouveau monde, sous la souveraineté céleste du Christ. Il n'y aura qu'un seul befger et un seul troupeau, et son bercail, vaste comme le monde, et construit pour contenir l'humanité, ne portera point inscrit sur son fronton, le dissyllabe dévorant lioma, mais son doux anagramme, son antinome céleste, AmorI Son symbole sera l'aigle de Boanerges et la colombe du Paraclet.

Amen, soupira notre compagne. Atal sia, répondîmes-nous en chœur : AmenI

Ainsi nous parlions en redescendant les solitaires pentes du Thabor. Revenus à Lavelanet,

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