‹ Histoire des Albigeois (volume 5)Chapitre 59 sur 323 · Gartulaire d'Alph., comte de Toulouse · texte numérisé non relu

Gartulaire d'Alph., comte de Toulouse

jamais que pour le martyre. Penne, qui avait fléchi un instant sous Montfort, se soumit enfin pour toujours à la domination française. Mais il a cette gloire unique d'avoir été la dernière cime de l'indépendance romane, ou, pour parler son langage héroïque, d'avoir volé plus longtemps et plus haut dans le ciel de la liberté.

Bernard et Olivier de Pçnne ne se soumirent pas seulement avec leur épée -et leur palefroi. Ils livrèrent à Alphonse leur invincible Roche ibère. Ils n'en conservèrent plus que le glorieux nom, et reçurent en échange les domaines obscurs de Cestaïrols et d'Âmbialet. Ces fiefs ne paraissant pas suffisants, Alphonse assura encore aux deux illustres frères une rente annuelle de cent livres en compensation de la perte de leur forteresse. Le comte et la comtesse visitèrent leur jeune cousin, Bertran II de Toulouse, vicomte de Bruniquel ; ils gravirent la spirale de la Roche glorieuse qui leur soumettait l'orageux et ferrugineux corridor de l'Aveyron, et reçurent dans son colossal donjon aérien l'hommage de tous les barons de l'Albigeois, du Quercy et du Rouergue. Achevons l'histoire de Penne qui va sombrer dans la nuit des siècles. Alphonse y établit un sénéchal français. Plus tard il y déposa les archives féodales du Toulouse. La Roche inexpugnable qui avait le mieux défendu ses droits parut la plus digne d'avoir en sa garde les titres de la conquête capétienne. Dans leur trajet de Toulouse à Paris, nos chartes se sont reposées à Penne. Penne fut un carlulaire de granit dans les nuées. C'est une halte

de l'histoire. Elle y succéda à la poésie. PenQB avait perdu sans doute alors le vicomte Jordan de Saint- Antonin, son gracieux troubadour. Le poète chevalier avait rejoint dans la tottxbe sa mystique amante, Aladaïs de Penne. Leurs amoureuses cendres gisent dans quelque grotte aérienne de TAveyron. Mais sur les ruines colossales de Penne leur mélodieux amour répand un parfum céleste ^

SICAKD D*ALAllAIf. — BLANCHE DECASTILLE PAIT BENDRE GOBGV AUI BVÊQUCS. — LUTTE DU SÉNÉCHAL BB CAEGAS50RNB COHTRB l'ÉVÊQUB D*ALBI, DU YIGOHTE ALKAHIC OONTAB L'ABCHBVÈOUE DE NARBORME. -^ LES PAtMTS DES BOIS ET LES FORTERESSES ROYALES. — MOBT DE BUNCDE DE CASTILLB.

Par les portes de fer de rAveyron, Alphonse «t JoanaregagnèrentlaFrance.Ilsvisitèrentdehalteen halte, Bruniquel, Saint-Antonin, Najac, La Guépie, Peyhisse, ces merveilleux donjons, dont Penne est le roi, qui décoraient de leur splendeur chevaleresque, et qui décorent encore de leurs ruines féodales les sombres dentelures du gracieux fleuve. Ils s'éloignèrent par le Rouergue et l'Auvergne, laissant le gouvernement du Midi à Sicard d*Alaman, l'habile ministre de Ramon VII, avec le titre de vice-gérant et de sénéchal général de 7o»/ot»e'. Sicard

^. Dom Vaissette, VI, 1. 25. Add. Du Mège. I. Catel. comt., p. 384.

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était le dtôf d'une race albigeoise du Laaragais. Il avait soutenu Montségiir, soutenu probablement aussi Penne. Il aTait été fidèle jusqu'au dernicrr instant à la patrie romane. Mais contraint de céder au génie de la France, il s'était donné à Blancfae de CastiUe. C'était le Sully de Ramon VU, un de ces hommes sagaces plus qu'héroïques qui ne meurent pas avec les vaincus, mais qui transigent avec les Tainqueurs, qui ne sont pais faits pour être les martyrs, mais les réparateurs et les conso* lateurs de leur patrie esclave. Blanche de CastiUe eut le bonheur de s'attacher deux illustres transfuges du catharisme, Olivier de Termes et Sicard d'Alaman : Olivier la gloire des guerres d'Orient, Sicard le pacificateur des troubles d'Occident. La royauté se servira du sénéchal général de Tou-^ louse et du grand baron des Corbières pour réprimer les pillages et, s'il le faut, dompter les révoltes des évoques. La révocation du testamtmt de Ramon VII fut comme la déclaration de guerre, l'ouverture des hostilités contre le clergé régulier et séculier,, et le. premier frappé fut le rédacteur secret de ce testament même, Durand, évéque d'Albi.

C'était l'expugnateur de Montségur, le balistaire catholique auquel, nous l'avons vu, Sicard d'Àlaman opposa le balistaire patriote Bertran de la Bacalaria. Sicard, seigneur du château de Castelnau de Bonafos, en Albigeois, avait eu probablement encore d'autres démêlés avec cet évêque de guerre et de proie. La lutte pourtant s'engagea non pas directement avec Sicard, mais avec son col-

lègue le sénéchal de Carcassonne. Le vicomte de Carcassonne avait dans la ville d'Albi, antique berceau desTrencabel, divers droits de péage, d'albergue et de chevauchée qui , depuis son abdication , revenaient au roi de France*. Durand, à ce qu'il paraît, s'en était saisi hardiment, ai^si que des débris du domaine vicomtal et des biens confisqués sur les faidits. Il avait eu pourtant la précaution d'en abandonner quelques lambeaux à de certains bourgeois complices de ses rapacités pour qu'ils défendissent l'é vêque contre les revendications futures du roi. Albi comptait plus de soixante chefs de maison faidits et condamnés pour crime d'hérésie, et la valeur de leurs biens confisqués s'élevait à plus de dix mille livres de Tours . Durand avait mis la main sur cette somme et l'avait gardée dans la prévision, disait-il, d'une guerre future^ peut-être d'une insurrection imminente des peuples albigeois. Blanche de Castille n'admit pas ce prétexte du belliqueux prélat. Cité de comparaître devant la cour du roi, l'évoque se ligua secrètement avec ses complices. Ils ameutèrent le peuple en criant que tout était perdu, et qu'il n'y avait plus de fortunes assurées, si le Capétien avait le droit de revendiquer les biens des faidits partagés entre les citoyens. Un homme sage s'éleva du sein de la multitude, et dit que si l'évoque et d'autres bourgeois possédaient des biens hérétiques des faidits, qu'ils se défendissent s'ils le trouvaient bon, mais que le peuple ne s'interpose-

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