Les Flassan étaient de Limous
LITAE ONZiilfC m
rinquisiteur ne lâcha qu'à regret sa grande proie , et yingt ans après, pour oonvaincre sa mémoire d'hérésie, il fit saisir un de ses cinq écuyers, un noble vieillard, qui, depuis la mort du comte, re-cueilli au château de Mazères à côté de la nécropole de Bolbone , veillait sur les cendres vénérées de son maître. Rien de plus touchant que la confession de ce fidèle chevalier. « L'an 1263, Louis étant roi de France, et Ramon (du Falgar) évéque de Toulouse, moi Ramon-Bemard de Flassan, bayle de Mazères, non circonvenu, mais pour délivrer mon âme du péril et du crime dont je suis menacé, sur le point d'être ramené à Garcassonne, au pouvoir du frère Pons, inquisiteur, où m'attend la mort; soit à cause de la goutte qui me tourmente continuellement et de l'extrême débilité de mon corps ; soit à cause des horreurs de la torture, du cachot et delà faim que j'ai continuellement subis pendant deux mois et un jour, dans cette prison; après les épreuves passées» et m'attendant à de plus cruelles encore, à moins que je ne pro£^e le mensonge, comme j'y ai été plusieurs fois excité, je déclare de ma propre bouche, devant les vénérables pères, Arnauld, abbé de Bolbone, et Arnauld, abbé de Mas-d'Azil, et les personnes ci-dessous mentionnées, la main sur les saints Évangiles de Dieu, que je fais ma confession pour le salut de mon âme, et pour que, s'il est nécessaire, selon qu'il arrivera de moi ils en rendent témoignage en temps opportun.
Et d'abord, je déclare que, en compagnie d'Isarn Jordan, de Gaillard de Montbrun, de Batalha de Ventenac, de Roger des Bssarts, j'ai continuelle-
ment servi don Roger-Bernard, comte de Foix, et cela de nuit et de jour, pendant de longues années, jusqu'au moment de sa mort ; et j'ai vu que dans la confession de ses péchés, il agit selon Tusage de la sainte Église, et les habitudes d'un bon chrétien» Et jamais je n'ai vu ni connu âme vivante qui, e» santé ou maladie, conduit près de lui dans son château de Pamiers, ni dans aucun lieu du monde des hérétiques; que jamais je n'ai vu qu'il les adorât, ni qu'il les cachât, ni qu'il les fit cacher ou fît quelque autre chose contre l'Église romaine: ce que j'ai certifié au frère Pons qui trois fois me fit jurer la main sur les Évangiles de Dieu. Et maintenant j'atteste, et je jure la vérité au péril de mon âme ; et si la torture qui m'attend me faisait dire le contraire, que je sois réputé menteur et traître et en abomination à tout ôtre vivant. Fait le 16 des calendes de janvier au monastère de Bolbone, en présence des abbés sus-nommés, des frères et prêtres, et de moi Arnaud Sicre, tabellion public de Rabat et d*e Saurat^ » Pieux mensonge , illusion de la fidélité d'un serviteur envers un maître dont il ne veut pas qu'on profane les cendres et qu'on bouleverse la tombe. L'infortuné Ramon de Flassan , reconduit à Carcassonne, et renfermé dans la tour de la Mura, ne tarda sans doute pas à mêler ses os aux restes des martyrs de Montségur.
Roger * IV , comte de Foix , fut excommunié comme son père et son aïeul. Un jour, étant à son
!• Dom. Valssette. Eût. duLang,, t. VI, pr. 125, p. 530^
château de Mazères, il reçut un messager, qui venait de Mirepois, et qui lui remit une lettre scellée du sceau de l'Inquisition. «A noble homme et cher en Christ, don Roger, par la grâce de Dieu, comte de Foix, frère Etienne de Vastines, de Tordre des prédicateurs, inquisiteur de la méchanceté hérétique dans la province de Narbonne, député par l'autorité apostolique, salut dans le fils de la Vierge glorieuse I Comme pour l'expédition des affaires qui nous ont été commises, nous nous sommes rendu personnellement à Foix, et que nous avons mandé par nos messagers spéciaux à Pierre Andréo, votre bayle de Foix, que nous tenions, non sans raison, pour suspect d'hérésie, de venir en personne devant nous , à la maison des chanoines de Foix, et au mépris de notre ordre, bien plus de l'ordre apostolique, il a refusé de comparaître. Mais comme inohéissant, et mal conscient de soi-même, il s'est enfui pour mettre le comble à sa faute, nous requîmes et priâmes votre noblesse, et sauve la noblesse de l'autorité apostolique que nous exercions dans cette contrée, vous mandâmes de la part du roi de France, et fermement et expressément vous ordonnâmes : à savoir qu'aussi chèrement qui vous aimiez vous et les vôtres, vous fissiez saisir ledit Pierre Andréo suspect et fugitif pour hérésie, et que captif vous le transmissiez sans retard vers nous et dans nos prisons lorsqu'il n'avait encore pu s'éloigner beaucoup de votre terre. Vous avez donc à considérer que vous montriez le zèle que vous avez pour l'affaire de la foi que nous gérons et. que vous paraissiez l'aimer
m LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION
et l'embrasser d'un cœur pur afin que nous n'ayons pas à ce sujet à procéder contre vous. Donné à Mirepois, le jeudi après la fête de saint Nicolas ^ . »
Le comte Roger répondît en ces termes : « Roger, par la grâce de Dieu, comte de Foix, vicomte de Castelbon, à l'homme religieux, vénérable et discret, frère Etienne de Vastines. Salut et toute révérence avec honneur ! Comme le remède de l'appel au Saint-Siège a été inventé pour le relèvement et la protection des opprimés, et pour qu'il soit obvié à la méchanceté des hommes : c'est pourquoi sachant et connaissant très-perfinemment que nous, nos hommes et notre terre ont été fréquemment , énormément, intolérablement molestés par vous frère Etienne de Vastines, inquisiteur de la méchanceté hérétique, et qui vous dites délégué du Saint-Siège apostolique ; pour ces molestations susdites et d'autres que nous exposerons en temps et lieu de vive voix et par écrit, nous en appelons au Saint-Siège apostolique, et nous recourons avec instance réitérée aux saints Apôtres *. » 11 résulte de cet appel que le châtelain de Montréal, un descendant des croisés, au nom de l'inquisiteur, à la tête d'hommes armés, avait envahi la cité de Foix, saisi le bayle Pierre Andréo, que le peuple avait arraché aux soldats l'officier comtal, et qu'à propos de son évasion l'inquisiteur, comminant et fulminant, désolait et ravageait les vallées de Foix.
C'est l'un des derniers actes connus de Ro-