Dom Vaissette, t. Vf, pr. 105, p
Le maréchal de Mirepois imita le sénéchal de Carcassonne. Il démolit, après une inondation, le vieux Mirepois allongé au pied du château et le jeta sur l'autre rive de l'Ers. Ainsi le maréchal dégagea son donjon et mit le torrent entre le chef croisé et son peuple roman. Le nouveau Mirepois écarté du rivage ne mérita plus son nom, et ne vit plus le poisson se jouer dans les eaux du gave. Mirepois avait toujours été un -diminutif de Carcassonne. Les deux villes furent reconstruites sur le même modèle. Toutes ces villes nouvelles sont dispensées en damier. Leurs rues se coupent à angles droits. On y sent Téquerre de la royauté. Leur rectitude contraste avec Tinextricable écheveau des villes féodales. Le maréchal avait un logis à Carcassonne : il assistait à tous les jugements de rinquisition ; il présidait à toutes les crémations des Albigeois. C'était, dans cette sénéchaussée, son droit pacifique^ disait-il, son incontestable monopole*.
Depuis la mort de Tévôque Pépolha, le johannite le plus éminent était Pépagès ou Pierre Pages, diacre des environs de Carcassonne. Il fit plusieurs conversions considérables et notamment celles d'Arnaud et de Sans Morlana. Arnaud était recteur de Pénautier, et de plus sénéchal du comte de Foix dans le Carcasses ; Sans était archidiacre de Saint- Nazaire de Carcassonne; il appartenait à la plus haute bourgeoisie romane. Ainsi le catharisme était dans Carcassonne et
i. Iq possessione paciûca comburendl hœreticos. (Olim.)
môme. oiiGiciait clandestinement dans sa catbédrale. Les deux Morlana se présentèrent un jour au palais de Tlnquisition ; ils essayèrent de se faire livrer les registres, et offrirent cent cinquante livres au greffier, Bernard Agassa- Le scribe, malgré le symbole de son nom si digne de son métier et sans doute aussi de son naturel, résista pourtant à la séduction de cet or. Arnauld, à l'heure de la mort, reçut le consolament de la main de Pages, en présence de son frère l'archidiacre de Saint-Nazaire. Quarante ans après, sur la déposition du loquace et cupide Agassa, l'inquisition fit brûler les os du recteur de Pénautier (1284). Ces deux prêtres catholiques n'étaient pas certainement les seuls qui fussent encore favorables au catharisme qui bien que considérablement amoindri pénétrait jusque dans les monastères. Un soir, le même Pages reçut un messager dans sa grotte. Le diacre et son compagnon suivirent l'inconnu qui, les guidant à travers les bois jusqu'à une porte dérobée, les introduisit dans le monastère de Montolieu, et jusque dans la cellule de l'abbé alors expirant. A Diou siatz grasitZy soyez bénis de Dieu, s'écria, en les voyant entrer, le vieillard moribond. L'abbé Girauld se rendit à Dieu et à V Évangile^ et mourut dans la foi du Paraclet * .
Depuis la chute de Montségur, l'Église albigeoise
i. Doat» U XXVI. DéposiUoos de B. Agassa (1284)» — de Barth. Corda de Pénautier (1285), — de Pierre Corlès. de Pénautier (1322), — et de Ramon Marti de Rocaféra.
LÎVRB ONZIEUB 185
it'eut plud ni sanctuaire, ni siège central, dans le Midi. Les évêqoes n'émigrèrent pas; ils ne se déro- 1)èrent pas au martyre ; et les derniers survivants expiraient alors même dans les cavernes de la Montagne-Noire« Mais le collège directeur résidait en Lombardie, et c'est là que se releva dans Texil le siège épiscopal de Toulouse. Bertrand d'En-Marti eut pour successeur Vivian, qui demeurait à Plai- SMice» auquel succéda Bernard Oliva, évoque de Toulouse, qui s'établit à Sermione. Parmi ces chefs des églises exilés on trouve encore, trente ans après, d/mji membres de k maison de Lantar, Gailhem à Plaisance, et Guirauld à la Guardia, dans la Pouille. C'est donc d'Italie que partait alors le mouvement cathare et que sortaient les ministres qui parcouraient les forêts de l'Albigeois et des Pyrénées. Il parait que ces diacres Venaient prier furtivement et pleurer sur les ruines de Montségur, et qu'ils assemblaient encore clandestinement leurs troupeaux sur la montagne sainte abandonnée aux bêtes sauvages. Le capitaine qui gardait le château, au nom ded sires de Lévis, ne put jamais écarter de ces bois ces tristes pèlerins ; plusieurs y furent surpris, et de ce nombre une diaconesse nommée Aladaïs Fabre> de Présencs, femme de Guilhem Haseyre, chevalier faidit. Sea a'ncétres paternels et maternels étaient Johannites. Aladaïs fut brûlée, avec ses compagnons infortunés, à Bram,> près de Carcassonne (1270) «.