Rog. de Hof. — Rod. Gogghs. — Uarten
fis HISTOIRE DES ALBIGEOIS
Le roi Richard, malgré la trêve conclue avec Saladin, laissait TOrient latin dans an grand désarroi. Sans monarque à lear tête, ces peuples se regardaient comme des troupeaux sans pastear et vonés
à la bête féroce. Les troubadours se hâtèrent de suivre leur héros en Aquitaine. De ce nombre fut le vaillant et gracieux harpéor Peyrol. Voici ses adieux à la Palpstine, où il déplore la mort des grands chefs de l'expédition.
« J'ai vu le fleuve Jourdain ; j'ai vu le sépulcre, et je vous rends grâce, vrai Dieu, Seigneur des seigneurs, de m'avoir montré la sainte terre où vous naquîtes. Cette vue a rempli mon Âme de contentement!
« Je ne demande pins maintenant qne bonne mer, bon Tent, bon navire et bon pilote, ponr retourner vite à Marseille. De là je ferai mes adieux à Sur, à Saint«Jean-d'Âere et à Tripoli, à l'Hospice^'an Tem* pie et à la mer de Roland (golfe de Lion).
« Le vaillant roi Richard a été chétivement remplacé ici. Et voilà que la France a perdu le bon roi des fleurs de lis, le bon seigneur qu'elles avaient naguère. L'Espagne avait de même un roi brave qu'elle n'a plus. Le Montserrat pleure encore son marquis (Conrad), et l'empire son vaillant empereur (Barberousse). £t je ne sais comment vont se conduire leurs successeurs I
« Beau Seigneur Dieu, si vous suivies mes conseils, TOUS regarderies bien qui vous faites empereur^ qui TOUS faites roi, à qui tous donnes terres et châteaux. Dès qu'ils sont en pouToir, les hommes ne font plus cas de Vous, et j'ai tu Tempereur faire, dans un
HISTOIRE DBS ALBIGEOIS «9
antre temps, maints serments qn'il fausse anjonrd'hoi !
« Empereur I àDamiette! Damietterous attend. La Tour blanche pleure nuit et jour et redemande ▼otre aigle, qu*un Tautour a chassé. Bien couard est Taigle qnî laisse battre par un vautour. La
gloire acquise par le Soudan est une honte pour vous, et votre honte A part, c'est un mal pour nous, c'est un dommage pour notre loi I » ^
L'accent de Peyrol est triste, mais sensible et religieux. Le ton de Pierre Vidal est âpre et frondeur. Ilest mécontent du pape et de Tbérésie, du roi do France et de l'empereur d'Allemagne. Il se plaint de Tétat de l'Églisey et il en accuse le pontife et le clergé latin; et remarquons qu'à ses yeux la sainte Église ne se compose pas seulement du Vatican et des évôques, mais de tout le peuple chrétien. Mais écoutons le troubadour.
« Le pape et les faux docteurs ont mis la sainte Église en telle détresse que Dieu lui-même s'en courrouce ; grâce à leurs péchés et à leurs folies, les hérétiques se sont levés, car, quand ils donnent l'exemple du mal, ilest difUciie de trouver quelqu'un qui s'en abstienne.
« Et c'est de France que vient tout le désastre ; de France autrefois la terre des preux ; mais cette terre a maintenant un roi qui manque à la gloire et à Dieu, un roi qui a délaissé le saint sépulcre, un roi qui achète, vend et tient marché comme un serf