‹ Histoire des albigeoisChapitre 296 sur 442 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Epouvante du Midi. — Soumiasiou de Narbonn». — MardM d» • .la croisade MrCtMiMOime. — AttaqM daa Ibaboorga enportée d*asaant » Inutile médiation du roi d*Aragon. — Siège

de Carcaaaonne et reprise des combats. — Négociations eutre le vicomte et les légaU. — U vicomte eat retenu captif et la tille priée par trahison.

Le soleil putréfiant ces montagnes de cadavres engendra la mortalité; la contagion poussa vers le sud ■ FoBteflkré, mais non repenUut; et Béziers, après nne saturnale de trois jours, fat abandonné aux chiens, aux loups et aux vautours.

Béziers fut ainsi exterminé pour jeter la terreur sur le iMidi. Sans cette épouvante, dit un contemporain, jamais les croisés n'eussent conquis les peuples romans*. Le frisson en courut tout le long des Pyrénées. Le cœur défaillit à Narbonne. Les légats n'avaient pas encore levé le camp qu'ils virent arriver l'archevêque Bércn-er, le vicomte Améric et les consuls de cette antique et noble cité.

1, Di. XXI, 490.

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Ils avaient, avant leur départ, publié dans leurs murs un ban qui ôtait aux hérétiques le feu et l'eau. Ils firent serment entre les mains du légat, en présence des princes : « De garder la fui aux croisés, de donner aide et secours aux pèlerins armés, de payer quatre sous par livre de leur biens à l'expédition, de leur livrer les dépouilles des Juifs de Béziers réfugiés dans leurs murs, et d'abandonner au glaive tous les cathares. » Ils donnèrent pour gages de leur serment leurs principales forteresses. A ce prix» les légats et les princes de la croisade promirent en retour de prendre sous leur garde la "ville et les habitants de Narbonne*.

Narboniie se rachetait en abandonnant la cause romane. Laissant sur sa gauche la ville alliée, l'armée se diri^'ea sur Carcassonne que sa résistance eût enhardie et sauvée peut-être. Elle prit sur sa route une centaine de châteaux que l'etlVoi rendait déserts et dont les maîtres s'étaient enfuis dans les montagnes. Après cinq jours de marche, elle aperçut Carcassonne , assise sur un monticule escarpé, pla«teau o^ale bordé d'une double enceinte, d'une cinquantaine de tours gothes, arabes et romanes. Sa porte de l'Est, la plus accessible et fortifiée d'une barbacane, petite forteresse elle-même, s'appelle le Gastel-Narfoonnais. Au nord, au plus haut de l'escarpement, isolé par un fossé que reliait un pontlevis , se hérissait le puissant manoir vicomtal. Au couchant s'élevait la cathédrale de Saint-Nasaire, dont la sombre façade se confondait avec le

U Gatel. Mém. 597 et 791.

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rempart. L'Âade, descendant des Pyrénées, enveloppait dans son repli deux faubourgs jetés sur les

rampes du rocher : à l'ouest, le faubourg de Graveiliaude ou de la grève de l'Aude, au-dessous de la porte Tolosa lia; au nord, le faubourg Saint-Vincent, au pied du château, devant la porte Amanliar; au sud, le faubourg Saint-Michel communiquant avec la ville par la porte Narbonnaise; saint Michel, saint Vincent, symboles de guerre et de captivité. Ces faubourgs, plus populeux que la cité, comprenaient des couvents, des églises, des cimetières, et jetés en amphithéâtre entre la deuxième et troisième eirconvallation, portaient le nom roman de TWW^. Au-dessus de l'épais massif des murs du donjon vioomtal, qu'une rampe en zigzag, crénelée, reliait au faubourg du nord, s'élançait, carrée, eililée, aérienne et dardant son l'dilo dans la nue, la tour du Paon, alalaya arabe, qui servait encore de védette De sa cime dentelée, la sentinelle interroge tous les points de l'horizon, et surtout le levant d'où vient l'ost des croisés. Elle ne voit que des chevaliers sur . leurs palefrois caparaçonnés, des pâtres des Pyrénées et de la Montagne-Noire qui, poussant devant eux des troupeaux de bœufs, de brebis, de chèvres, se réfugiaient dans la cité ainsi qu'à l'approche de

' Touragan. La ville était comme un campement des peuples ibères, un mélange confus d'hommes et d'animaux qui remplissaient ses murs de bêlements,

de mugissements et de hennissements guerriers. Enûn, le 1^'Vaoût (mardi), bur le soir, la seali-

i. BougM. — Mayrevialie. — Viollei-Leduc.

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nelle signala un nuage immense de poussière qui tourbillonnait jusqu'au ciel, et d'où les rayons horizontaux du soleil^ couchant, réverbérés sur les armures, faisaient jaillir des éclairs et comme des langues de foudre. C'était la croisade : la nouvelle du massacre de Béziers la devançait ; l'horreur était dans Carcassoiine. Le vicomte se tenait aussi sur les créneaux du donjon, furieux et désolé de Tégorgement de son peuple. < Il est jeune, aiinaijle, et aimé de tous; ses vassaux n'ont de lui ni déiiance ni crainte; ils jouent avec lui comme avec leur compagnon; il est homme de grand cœur, et le monde, si étendu qu'il soit, n'a pas de chevalier plus preux, plus libérai, plus courtois, plus avenant. Je ne le vis qu'une fois, c'est lorsque le comte Ramon, son oncle, épousa la bonté et la beauté môme, avec dona Ëléonore, infante d'Aragon » Ce prince avait vingt-cinq ans; enfant, il avait perdu spn père, Tal« hafer (1192); adolescent, il avait enseveli sa mère, Âladaîs (1199) ; et, par une tendre et triste précaution, il venait d'envoyer sa femme Agnès avec son enfant à la maiiiello, sous la garde de son héroïque parrain, dans Tinexpugnable donjon deKoix. Hélas! il ne devait plus les revoir ! Il allait périr la première et la plus noble victime de la ruine du Midi!

Dès que du haut de sa tour il aperçut Tost ennemi : « — Barons, s'écria-t-il, montons sur nos chevaux arabes (al fera ns). Soyons quatre cents chevaliers aux coursiers les plus rapides et sortons de la • cité. Avant le coucher du soleil, nous aurons déconfit

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