CHAPITRE PREMIER
. Guillabert de Castres. — Ramon VI à Rom*. — Son retour d'Italie. — Sa visite à l'empereur Othou. — Colère de Philippe'Auguste. — Insurrection patriotique.
Nons inscrivons, en tête de chaque livre^ le nom d'on héros, d'an poète on d*un martyr, comme des médaillons sculptés sar la façade d'an palais. Ils résament l'histoire et décorent les portiques du roonament. C'est comme nn c^Mtele des apdtres dn consolateur ou la table ronde des paladins de l'Esprit. Aux princes, aux pontifes, aux harpéors, nous joignons les pures et saintes héroïnes du Paraclet. C'est ainsi que se trouvent intercalées parmi les barons et les évèques les figures idéales d'£sclarmonde de Foix^ d'AiadaXs de Garcassonne et maintenant de Géralda de Layaur.
liO HISTOIRE DES ALblGEOIS
Gaucéli eot poar saccesseur Guilhabert de Castres. Goilhabert fat nommé patriarche d'Aquitaine. Probablement à cause de la guerre, son épiscopat fat dédoublé. Mercader resta son coadjuteur de Toulouse. Les autres suffragants étaient Bernard de Simorra, de (^arcassonne ; Bénédech de Termes, de Narbonne; Ivamon de Blasco (Volasco), de Commenges; Ramon de Mirepois, du Lauragais. Nous ne coriDaissons pas les évôijues d'Albi, d'Agen, du Périgord, du Roussillot), de Provence et d'Espagne. Le patriarcat de Guilhabert comprenait les deux versants des Pyrénées, Il embrassait toute l'Aquitaine de Gharlemagne. L'avènement de Guilhabert fut l'avènement d'Ësclarmo'nde. L'archidiaconesse dominait le patriarche comme le comte et la maison de Foix. C'est elle qui, pendant vingt ans, poussera son grand frère, ses fils, ses neveux, ses cousins, tous les fils d'Asnar, toute la chevalerie romane sur les champs de carnage du Midi. Montségur est son trône et son trépied. Elle y siège dans les nuées.
Cependant l'ambassade de Montfort avait*devancé à Rome celle de Ramon Vf, et tontes deux avaient
plaidé leur cause devant Innocent 111. Un mois après, arriva le comte de Toulouse. Il reçut un favorable accueil du pape et des cardinaux. Il fléchit le genou devant le pontife et proféra sa plainte contre Amalric et contre Montfort. Puis, montrant le consul qui l'accompagnait, il ajouta qu'il en serait mieux instruit par le délégué du Ga* pitole* Ce capitoul était probablement Gui du Mas
HISTOIRE DBS ALBIGEOIS Ut
Cap-dc-J^orc, légiste célèbre qui naguère avait défendu le comte devant les conciles et les croisades. Innocent III Tabsout comme vassal du saint-siège. Il voulut encore entendre sa confession. Il le prit paternellement par la main, et le prince, comme un enfant soumis^ tomba aux pieds da pontife. Sa confession achevée» le pape le releva, et l'absout une seconde fois en présence de tons les cardinaux. 11 lai fit baiser la Véroniqae (Verum icop)» la sainte image de Jésus-Christ qui semblait fnvante. Il lui délivra des lettres de réconciliation comme prince et comme lidèle de l'Église romaine. Avant son départ, il lui rit don d'un anneau d'or dont la pierre valait cinquante marcs d'argent, d'un manteau comtal et d'un palefroi. Ainsi se passa cette comédie solennelle, où le prince sceptique jouait Forthodoxie, et où le pontife implacable feignait la clémence et la miséricorde. (Janvier 1209.)
Le comte de Toulouse, ainsi réconcilié, prit congé du pape, se remit en chemin et sortit à grandes journées d'Italie, ayant pour d'y iomher malade^ , Venu triste, il en sortait ell'rayé. 11 avait sans doute appris la mort de son neveu, le martyr de Garcassonne. Son fantôme lui était apparu dans ses veilles de nuit et loi avait crié : « Sors de ce palais homi* eide et de cette Babjlone meortrière. » II repassa les Alpes et descendit les rives du Rhin pour conférer avec l'empereur Othon, son parent et son suzerain.