Moréry
le plus grand courage chevaleresque. Alix de iMontmorency^ avec plus de valeur prnerrière, fut au siège deTermôsceqaeMathilde de Marli, sa cousine, avait été naguère au siège de Ménerbe. Avec Termès et Ménerbe, Montfort possédait les deux iêies de Bélier qui défendaient Garcassonne du côté de Forient.
Montfort rentra vainqueur dans Garcassonne et traînant son prisonnier, RamoYi de Termès. Lo vieillard fut jeté, les fers aux pieds, dans un fond de tour. 11 vécut quelques années dans sa chaîne et mourut un peu avant la délivrance. Son fils, en rouvrant sa prison, ne trouva que ses os.
Pendant qu'on le scellait dans ce tombeau, sa femme Ërmessinde errait ft travers les montagnes, traînant avec elle ses petits enfants, Ramon, Olivier et Blanca. Elle se réfugia soit dans son manoir natal de Conrsavino, en Roussillon, soit dans les châteaux amis de Quéribus et de Quérigat, dans la Cerdagne. Montfort lança deux colonnes après les fugitifs. La première, partie de Termès, et conduite par Alain de Roucy, remonta vers les sources de l'Orbieu et prit Albiéros. La seconde, commandée par Montfort lui-même, remonta le cours de l'Aude et s'empara de Goustansa qu'il trouva désert, et de Puivert qui résista trois jours. Puivert, on le sait, était naguère le Puy ou Parnasse où Aladals tenait ses cours d'amour, ses joutes poétiques et chevaleresques, •au bord des forêts. Montfort couvrit ces lieux enchantés de bûchers et de gibets. Avant d'entreprendre le siège de Lavaur, il voulut assurer ses derrières en
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exterminant les proscrits^ et eu terrorisaut les châteaux pyrénéens.
Il s'élanoe sar T Albigeois, soumet Castres, Lom* . bers , vide , mais plein de vi?res , toute la rive ganche du Tarn, et se rend à Âmbialet pour oonfé* rer avec le comte de Tonloase. Il le trouve entouré des seigneurs de Lombers , ces barons aux noms sinistres, et peut-être aux ligures terribles, Bouche^ de-TiOup, Amblard, Mornat, Pelapol, Arailat, Roclieinore. Montfortles craignait, et déjà saisi d'une terreur panique, s'était sauve une première fois de Lombers. « Pourquoi, dit-il au comte, amenez-vous ces félons qui ont voulu m*enlever et qui veulent encore m'occire? Je vais les faire saisir par. mes soldats. » — « Je ne les ai point amenés^ répondit Ramon, mais je vous prie de ne pas les toucher, ou je les défendrai. » Simon crut à un guet-apens. Dès lors la conférence fut rompue, et T inimitié l éciproque des deux comtes, étouffée encore au fond des cœurs, éclata furieuîsement au soleil. Ils se préparèrent à la guerre ; et c'est problablement à cette guerre jusque-là perâde et sournoise, désormais franche, acharnée, sans merci, entre les deux princes, ou plutôt entre TAquitaine et la croisade, qu'est relatif l'emprunt de cent marcs d'argent que Ramon fit aux habitants de Moissac, ville d'origine carlovingienne, conséqnemment ennemie des capétiens et qui s'illustra par une résistance héroïque. Ses conssuls vinrent porter la soinnio au (^astel-Narbonnais, ce qui prouve que le comte n'avait pas encore livré son palais, ou l'avait arraché à l'abbé de Citeaux, Le pape redoutait évidemment cette prise d'armes, car
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il écrivait aux comtes de Toulouse, Gommenges,
Béarn et Foix, de seconder Moiitfort dans la recherche des liénUiques; et c'est à celte paciticalion que se rapporte cette cascade des conférences de Narbouoe, de Montpellier et d'Arles ^
Le colloque de Narbonne fut présidé par Béren-
ger d'Aragon, primat de Scptimanie, mais dirigé par les trois légats, Amalric, abbé de Gîteaux, Ranion, ôvôque d'Uzès, et maître Thôdise, chanoine de Gênes. Le comte de Toulouse comparut devant ce tribunal y accompagné de son beaa-frère le roi d'Aragon, et de son légiste. Gui de Saiat*André Gap-de-Porc. On reprit la question de sa réconciliation avec l'Église romaine. L'abbé de Ctteaux n'était plus cet archange exterminateur de Béziers, ni ee Jupiter tonnant de Carcassonne et de Saint-Qélis; il fut accommodant et pacifique, craignant la guerre. 11 oH'rit à Ranioii VI de le conserver dans la paisible possession de tous ses Étals, à condition qu'il en expulsei ait les hérétiques. Il fit plus : il lui promit encore la propriété partielle de plus de 500 châteaux qui n'étaient pas de sa mouvance, à partager avec l'Église romaine. Mais Ramon n'était plus ce lâche prince bafoué et flagellé à Saint-Gélis. Son cœur de roi lui était revenu. Il refusa noblement la proscription de ses vassaux et la spoliation de ses amis*.
Le comte de Foix était la bête noire des croisés, un ogre aux yeux des moines, parce qu'il était la
1, D. Vaissette, V, 94.