‹ Histoire des albigeoisChapitre 410 sur 442 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Concile de Montpellier. — MoQtfort proclamé prince et monarque de le conqaAte. — Chute de Toiilouse. — Bzil da comte. — Dépouillement total dea barons pyrénéens.

Montfort» après ces conqnétes^ Tonlot s'en faire

consacrer la possession par les légats. Le cardinal Robert de Courçon l'avait déjà, contre les ordres formels du pape, investi de l'Amenais, du Qucrcj, du Rouergue et de l'Albigeois. Mais les évôques voulaient loi transmettre en bloc les £tats de Tonloase, et Ten proclamer, dit un moine, |9rmc^ ei monarque. Cet ambitieox projet du conquérant et des évoques Tenait se heurter contre deux obstacles : Philippe- Auguste et Innocent III. Néanmoins Courçon, pour terminer l'alFaire des hérétiques albigeois et toutousains^ convoqua de Reims (7 décembre 1214) un concile où il appela tous les primats^ archevêques, évôques» archidiacres et chefs d'abbaye de l'Aquitaine. 11 en fixa le siège à Montpellier» à cause de 6a proximité de Tonloase» cUf et réceptacle de

l'hérésie y à cause aassi de la grandear et delà sécarité de la Tille, et de la fertilité da pays. Montpellier était catholique; mais sa catholicité était moins dans le peuple que dans sa dynastie, qu'il venait de répudier en s'érigeant en république. Le peuple de Montpellier, on va le voir, sjrmpatliisait avec la grande cause roraane.

Aroauld-Amalrîc, primat de Septimanîe^ les archevêques de Bourges, Bordeaux, Anch, Ëmbmn, vingt-huit évôques, les princes du clottre, des barons aquitains, des conquérants, et, à leur téte, le héros du concile, vinrent à Montpellier. Quand Montfort parut, les magnanimes consuls fermèrent les portes au spoliateur du Midi; il dut aller camper dans un château de l'évêque de Maguelonne. Ce ne fut pas Robert do Courçon qui présida le concile, mais Pierre de Bénévent, qui revenait d'Âragon. Il en fit Touverture, le mercredi 8 janvier 1215, par un sermon qu'il prononça dans l'église de Notre- Dame; puis il Ut réunit dans son lo.^is, probablement le palais épiscopal. On y dressa trente carions, relatifs presque tous à l'extirpation de l'hérésie. Enfin on aborda la grande question, l'investiture de Montfort* Bien qu'elle fût résolue d'avance, le cardinal vou* lut donner à cet acte une forme diplomatique et solennelle. Il dit aux membres du concile : « Je vous somme et requiers, au nom du divin jugement et du devoir d'obéissance qui vou^ lie h TK^lise romaine, que, déposant toute alTection. -liaine ou jalousie, vous me donniez^ selon votre science, un loyal conseil pour savoir à qui mieux et plus lîtilement , pour l'honneor de Dieu et de notre sainte mère l'Eglise,

pour la paix de ces contrées, la ruine et Texpolsion de l'hérétique vilenie, il conyient de concéder et assigner Toulouse, que le comte Rainiond a possédée,

ainsi que les autres terres dont l'armée des croisés s'est emparée*. ■

(Remarquons que Ramon possédait encore Toulouse et que, réconcilié à l'Eglise, il ne devait pas en être dépouillé, du moins définitivement). Sur ce, les évéques délibérèrent chacun avec ses clercs et rédigèrent leur avis par écrit. Montfort était absent, mais il pesait sur le concile de tout le poids de son armure. Il était riiomiiie nécessaire; il en était l'âme. Tous les jours il venait de Maguelonne; il descendait à la maison des Templiers, hors des murs, et conférait avec les évéques. Le légat recueillit les votes ; tous proclamèrent que Montfort, le conquérant du pays, en fàt le prince et le monarque. Cette unanimité parut un miracle et Téiection même de Dieu. Les évéques demandèrent que Montfort fût immédiatement investi du comté do Toulouse; mais le lé^rat consulta ses instructions et vit qu'il ne pouvait lairo cette investiture sans consulter le souverain pontife. Girard, archevôque.d'Embrun, fut envoyé à Rome pour supplier Innocent 111 d'accorder Montfort pour monarque. Le légat vint à la maison du Temple annoncer son élection au conquérant. Il voulut présenter aux Pères du concile le nouveau roi de Toulouse. Conduit par Pierre et suivi de ses deux fils, magnifiques adolescents, le modeste et superbe triomphateur se rendit à Notre-Dame. A son

i. P. de Yaoï-Ctniay, ebap. LXXXT. Trad. de M. Ouizot.

an niSToiRE des ALniGSOU

arrivée dans la basiliqoe» il fut salué par des aeda- . mations et des hosanna â l'éla da Seigneur. Gomme saint Rémi* ib dirent an nouveau Glovis : < Ta tnc^ ioirê est noire triomphe ! » Ils s'acclamaient eux*

mômes, et ils avaient raison : le vainqueur, ce n'était pas Montfort; ce n'est pas sous les lanres des croisés, mais sous les crosses des évôques et les tonnerres du Vatican que succombait l'Aquitaine. Les forteresses et les cœursy inexpugnablesjusqu ici, s'écroulaient subitement dans l'efiTarement de ces évocations de géants, de lions, de dragons fantastiques, que les magiciens étrusques faisaient sortir menaçants des Aîarais-Pontins et des Solfatares empestés de la théocratie romaine.

Pendant ces acclamations triomphales de Notre- Dame, le bruit se répandit de l'entrée de Montfort; le peuple s'assembla en tumulte , sonna le tocsin, maltraita les croisés et se posta aux portes de la basilique pour tuer Montfort. Ce David^ ce Macbabée, ce monarque de la Croix, dut s'enfuir comme un voleur devant les dagues catholiques, par quelque porte dérobée , par quelque souterrain ignoré, pour regagner honteusement la maison du Temple et le château de Maguelonne. C'est dans ce mouvement républicain de Montpellier que naquit Délicîos, le futur tribun de la patrie romane, et c'est peut-être son premier vagissement qui mit en fuite le lion terrifié de la Croix.

Après le concile, Simon et Pierre de Bénévent se rendirent à Carcassonne. Le légat envoya Tévêque Foulques prendre , pomeasion de Toulouse* Cet évé-

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que, qui en était sorti avec son Dieu et qui n'y voulait rentrer quavec son Dieu, ût sans doute son retour triomphal processioQnellemeQt » por-» tant son Dieu dans sa eiistode d'or, parmi des nuages d'encens et de cantiques. Foulques, légat du pape et délégué de Pierre de Bénéyent, fut un instant le roi sacerdotal de Toulouse. Il chassa du Gastel-Narbonnais, le palais des comtes, Ramon VI et le jeune Ramon VII, la comtesse Eléonore et sa petite sœur, dona Sancha d'Aragon. David de Roaïx, chef de cette illustre maison féodale et consulaire^ eut l'honneur de recueillir avec ces princes infortunés la patrie monrante, l'humanité proscrite, la liberté fugitive. Ils s*abritèrent quelques jours dans ce donjon triangulaire, muni de tours, dont le sol désert, semblable au soubassement d'un autel antique, porte aujourd'hui le nom de la Trinité ^ et serait mieux nommé du Paraclet. Les deiix princes: se retirèrent à la cour d'Angleterre, et les deux infantes auprès de leur frère, le comte de Provence. Avec Foulques entrèrent Dominique et l'inquisition. Il établit son tribunal au pied du Castel-Narbonnais et bâlit à côté la prison deslmmiu^ats. La terreur régnait sur Toulouse. Le tjran mit ses soldats de la Croix au palais comtaly aux dépens des citoyens. Cenx-ci donnèrent pour otages douze capitouls qui furent déportés à Arles. Selon les statuts, il en fallait seize pour gouverner la cité. Le peuple décida que les douze qui restaient administreraient jusqu'à l'expiration de leur consulat. Il data lièrementson arrêt du 20 février 1215 : « Philippe étant roi de France, et Ramon comte de Toulouse. » 11 taisait le nom de i'ôvéque : c'était une

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maDière de protester contre le tyran sacerdotal et

d'intéresser Philippe-Auguste à l'infortune du prince déshérité, qui lentement s'acheminait vers son exil d'Angleterre.

Toulouse étant tombée^ Foix, son inexpugnable citadelle de montagne, se rendit à son toar, non à Hontfort, mais à Pierre de Bénévent. Le légat en

prit possession au nom de l'Éi^Iise romaine, la remit en garde à l'abbé de Saint-Tibéri, qui lui donna pour cliàlelain son neveu Bérenger. Le coiiilo et rinfant de Foix se replièrent sur Tarascon, et le jeune vicomte de Garcassonne avec les orphelins de la Croisade, réfugiés dans ses tours, se relira dans' les bercails de Gerdagne et d'Andorre. Le légat, maître de tontes les places fortes, y mît des soldats de la Croix, et ne permit aux chevaliers dépossédés de rester dans le pays qu'à la cundilion d'y vivre dans les bercails comme les pâtres, sans armes, sans armuros, sans palefroi, ne chevauchant que des roussins ou des ftnes et n'ayant qu'un éperon.

Mais cet éperon devait suffire pour relever le cour* sier momentanément abattu de la destinée romane.

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