‹ Histoire des albigeoisChapitre 413 sur 442 · GUI CAP DE PORC · texte numérisé non relu

GUI CAP DE PORC

. CUÂPITRË PREMIER

Défiai t (lu prince Louis, — Départ du Icgat Pierre de Bénévent, — b iri de la croisade. — Triumvirat de Montfort, Foulques et Saiut-Dumiiiique. — Eu cinq mois, ils foat supplicier 10.000 citojOQS de Toulouse.

Le prince Louis avait fini sa quaranlairie; sa croisade n'avait été qu'une chevauchée pacifique, une promenade triomphale. Elle se terminait par la possession de Toulouse, la Jérusalem du Paraclet. Sa présence, évidemment calculée par Philippe-Auguste, réserrait tacitement la suzeraineté de la France contre Pambitieuz Simon et l'insatiabilité romaine. Du reste, le monarque dés ôvéques se montra toujours vassal dévoué envers le fils de France. Il escorta le prince jus4^u à Montaubau. C'était le quartier général

des comtes de Foix. A^osi ces princes aTaient renda lear forteresse du Qoercj» comme leur citadelle de montagne, portes avancées de Tonloose, restées

invaincues comme leur métropole. A Montauban, Louis dit adir»u au chef de la croisade : il laissait Midi sijus U ter du conquérant et sou^ la houlette du dominateur céleste de l'Albigeois, dont il empor- . tait quelques dents, saint Vincent de Castres. Mais cette mâchoire allait continuer de mordre^ de broyer, de triturer TAquitaine, sa proie. Le saint des guerres allait M transformer dans le saint des prisons, des geôliers, des bourreaux. A la Croisade succédait rinquisiiion. Montfort reçut à Moritauban l'horaraagf> (le Géraud, comte d'Armairnac, retardataire amené par Garzias, archevêque d'Auch.

Simon revint à Toulouse pour dire adien au cardinal Pierre de Bénévent. Le légat, sa mission terminée, revenait à Rome pour assister au concile de Latran. Ce diplomate avait, en quelques mois, fait plus que les armes de la croisade; il avait intronisé le jeune roi d*Aragon, détrôné le vieux comte de Toulouse, réconcilié et dépouillé l^amon VI de ses Étals, et banni d'Aquitaine la maison de Saint- Gilles. Il avait pris Toulouse d'une parole, ce que n'avaient pu exécuter la bataille de Muret et cent combats. 11 avait abattu les murailles romaines de Toulouse, de Narbonne, démantelé les villes du Midi, arraché aux barons leurs armures, leurs éperons, leurs palefrois. 11 avait fait rendre gorge à Tabbc de Giteaux, au massacreur de Béziers, au voleur du duché de Gothie. 11 avait trompé Innocent 111, et maintenant il se rendait à Rome pour se justifier de toutes

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ses iniquités devant le concile de Latran. Montfort lui fît cortège le long du Rhône. A Lauriol^ Burnon, évdque de Viviers , yint lui offrir des fiefs, des rentes, des privilèges» lambeaux arrachés de la grande spoliation de Toolonse. Simon ne quitta son grand ami qu'à l'abbaye de Saint-Antoine^ en Viennois.

Montfort parlap^ea sa conquête en trois sénéchaussées; Beaucaire, Carcassonne et Agen. 11 n'était encore que régent ; on rappelait déjà comie de Toulouse^ marquis de Provence^ duc de Goihie. On lui donnait le titre Altesse ; on laissait échapper parfois le mot de monarque. Or ce fut pour ébaucher cette monarchie et consolider le monde catholique ébranlé, qu'Innocent III convoqua le concile œcuménique de Latran.

Le comte, après avoir parcouru ses États, rentra dans sa capitale. 11 transféra sa maison du palais de Carcassonne an palais de Toulouse, 11 établit dans le manoir des Saint-Gélis sa noble épouse, la vertueuse héroïne de la Croisade, Alix de Montmorenci» et la comtesse de Montfort fut appelée comtesse de Toulouse. Elle y vint avec ses beaux enfants, dont les plus jeunes sortaient du berceau et dont les aînés étaient des adolescents superbes, de magnifiques chevaliers. La magnanime princesse fut sans doute accueillie par les hourras des conquérants; mais son sourire ne put éclairer le deuil de la cité; sa bonté no pouvait consoler la donlenr immense de PÂqui* taine. Que se passait-il alors à Toulouse? Tout se tait, chroniques, poèmes, fastes consulaires. Hien ne parle que ce silence de mort : Toulouse est un sé-

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palcre, un monument patibulaire. Trois hommes J régnent : Montfort, l»év6qae et le légat; et ces trois hommes, en cinq mois (d'avril en octobre), stippliddrent 10,000 Toulousains, 2,000 par mois!

Montfort ne se rendit point ad (ïotfcile de Latran. Il y députa son frôrfî Gui, qui partit arëc l'évi^que de Toulouse. Foulques amenait avec lui saint Dominique. Dominique, Foulques et Simon étaient le même corps à trois têtes. Montfort avait donné à Foulques la ville de Fanjaui, et à Dominique le château contigu de Prodille, Foulques emmena Dominique de Fanjàux à Toulouse* Dominique fat mis à Toulouse à Tombl^ du Gàsfel-Narbonnais, et son couvent sous les ailes des balistes de Montfort. L'ordre dominicain était Tauxiliaire de la Croisade. Dominique inquisitoriait déjà dans le î.nuraguais ; il entra dans Toulouse avec Tévêque et les supplices, et tout porte à croif^ <)u'il fut mêlé comme orateur, comme accusateur» comme convictenr, aux carnages judiciaires de Toulouse. L*histoire voudrait l'enlever (Jette atmosphère de sang ; il en sort toujours tout roug-e. Or, c'était pour organiser son ordre et son tribunal que Foiihjues l'emmenait à Rome.

Cependant le prince Louis était de retour à Paris. // raconta à son père, dit le chroniqueur roman, ce que Montfort avait fait au comte Ramon. Philippe se inontra soucieux et irrité. On devine ce que le monarque répondit â sod fils : « Tu as remplacé le Bélier par le Lioii ; tu as conduit Montfort dans Toulouse. Le voilà dans la capitale des rois goths et des Jaonnas cantabies. Il peut en sortir un autre

Alarlc, un autre Goaiifer, un autre Richard Cœur-

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de-Lion des Alpes et des Pyrénées I II est vassal de France? Sans doute; mais il est aussi vassal d'Angleterre, et Tassai encore, spirituel et territoriaU de Rome. Il pent s'unir d Jean-sâns-Terre , à Innocent III. II est régent de sa conqnâte, et il s'intitule déjà comte de Toulouse, marquis de Provence, dac de Gothie. Il a cherché un trône en Hongrie, à Constantinople, dans tout l'Orient. Il Ta maintenant à Toulouse. Il règne comme un bourreau, comme un Tartare»; il verse des fleuves de sang. Il dôpopularise la royauté : ce sang rejaillit sur les lis de France; ils eti resteront pourpres. Il faut rendre ce sang d l'Église; il faut amoindrir Montfort et relever les Ratnon; ils sont nos cousins; ils descendent comme nous de Louis-le- Gros. Mais où sont-ils, ces princes infortunés? Ils errent à la merci des vents et des flots; ils cherchent un refuge en Angleterre, au lieu de le cherc^her en France, aux portes du Loutre, au foyer de Hugues, notre commun aleui ! »

Telles devaient dtre les paroles dont la colère calculée et rugissante de Philippe-Auguste, à la fois renard et lion, fit retentir son antre royal. Quelques jours après, Louis vit sa jeune épouse, Blanche de Castilie, lui donner un fils qui devait réaliser l'idée capétienne et recueillir rhéritagedesRamon, les rapines de MoDtfort et les immenses ruines du Midi.

Pierre de Bônévent, de son côté, rentra bientôt aussi dans Rome. Il rendit compte de sa mission au pontife. Innocent ne fut guère moins mécontent que Philippe. Maître Pierre avait outrepassé ses instructions : il avait réconcilié le comte Ramon et l'avait

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dépouillé doses États» réconcilié ToaloQse et égorgé

ses citoyens; Thédise, Eonlques, Bénôvenl s'étaient joués (ies ordres du souverain pontife. Il avait réprimandé sévèrement Montlort, et Taudacieux chef des croisés avciit mis le pied sur les tonnerres du Vatican ! Mais de quoi pouvait se plaindre Innocent? N'avail-il pas armé la croisade, soulevé la France, TEarope, contre Ramon VH N'avait- il pas recommandé de mêler la foi poniqne à la foi romaine, le stratagème à la stratégie, pour vaincre le grand prince pyrénéen? Maintenant le rerrrcl et le rein^jids viennent trop tard. L'épée a achevé son œuvre : il faut défendre ce crime. Montfort est l'homme nécessaire ; il faut justifier cet archange de la destruction. £t c'est ce que viennent faire ses avocats Foulques, Thédise, Dominique , le prince de Sidon, devant le tribunal d'Innocent III.

Les spoliés accouraient, en môme temps que les spoliateurs, devant le grand juge romain. Ramon VI ne fut qu'un instant en Angleterre : il repassa rOcéan, aborda en Navarre, et se rendit à Gastelbon, Tasile pyrénéen du Sud. Là il trouva le comte de Foiz, Bernard de Commengês, Arnauld de Villemur. Gui de Cap-de-Porc, le légiste de la patrie romane. Ils descendirent ft Barcelone^ d'où une fe- * louque, à travers le golfe de Roland, transporta ces nobles pèlerins au port de Gènes, d'où ils se rendirent à Iionie.

Un autre navire anglais déposa trois voyageurs à Tembouchure de la Git onde. C'étaient le jeune comte Ramon, Geoffirés de Poitiers, son gonvemenr, et Amand Topina, son écuyer. Ils étaient déguisés en

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marchands, avec des mulets et des bagages. Au Bec d*Ambès, deux routes s'ouvrirent devant eux avec les deux fleuves. La Garonne les conduisait à Toaloase, au cœur de la patrie, mais au centre des sapplices. Ils remontèrent la Dordogne : ils contournaient la croisade» ils évitaient Montfort. Les sauvages et solitaires massifs de la Corrèze et de la Lozère leur offraient de riches manoirs hospitaliers : Turenne, Ventadour, Uzerche, les camps des faidils. Bernard de Cazenac et Na Hélis recurent le prince dans leurs grottes. Ce fut alors peut-être que ce vaillant baron reprit Castelnau, en égorgea la garnison de croisés et en décora les tours d'un chapelet de cadavres. C'était le lendemain du triomphe de Montfort, la veille du concile de Latran, et le jeune prince put y voir un symptôme du réveil national. Des cimes glacées du Gévaudan, il descendit dans la vallée du Rhône. Valence était la ville d'Adhéraar et de Geotfrès de Poitiers. Montélimart, Orange, Avignon, étaient sympathiques. 11 y trouva certainement les Adhémar, les Porcelet, et ce vaillant chevalier et trotthadour. Gui de Gavaillon, qui stimulait son juvénile héroïsme. Les conjurés, évidemment, concertèrent alors l'insurrection patriotique. A sou retour d'Italie, ils attendront le prince sur la plage; ils attaqueront Beaucaire, et le Midi se lovera des Alpes à l'Océan. Ramon s'embarqua à Marseille, aborda à Gènes, et retrouva son père à Rome.

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