Cécile
core de la défense de Montp^aillard, était l'hôte et le patron de ces exilés dans les conques d'Andorre. Les croisés les disaient des Catalans enrôlés par le comte et accordés par le roi d'Aragon. Mais le jeune conqoislador, à peine ftgé de dix ans, n'avait pas encore pris le sceptre ni le fer de ses batailles. Ce n'étaient pas des étrangers ni des mereenaires; c'étaient de nobles barons, de magnanimes citoyens, la fleur des héros pyrénéens : les Lantar, lesMontaut, les Bellissen, et Araéric de Roaïx, Thôte des comtes et le tribun de la dernière insurrection de Toulouse. Avec les héros était leur chirurgien, Roqnier de Belpeeh, et pent-étre leur ingénieur, Escot de Linas. Puis des poètes : Figaeras, Pegulha, Cardinal. Les princesses Ermessinde et Sézéiia de P'oix accompagnaient, comme Ilerminie et Clorinde, la colonne chevaleresque. Le Thrasybule pyrénéen se mit en marche au son de la harpe, au chant de cette strophe célèbre, la Marseillaise du xii® siècle : € Comte Karnoo, duc de Narbonne, marquis de Provence, votre valear est si brillante qu'elle illumine le monde, depuis la mer de Narbonne jusqu'à Valence ! Vous ne craignez pas plus ces ivrognes du Nord que le faucon ne redoute la perdrix ! » Le poète revêtait le prince de ses titres perdos et de son héroïsme méconnu.
Le comte passa le port de Salao, ou du Vallier, cette noble et belle montagne qui coupe en deux la grande chaîne, et dont la cime porte, comme une coupe d'eau dans le ciel, un lac d'azur, source aérienne du torrent qui déchire les précipices de sa large base anfractueuse. Il suivit le cours tortueux du Oave jasqu'à Saint-Lizier, capitale du Gonserans.
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L^évôqoe avait livré naguère sa ville à Montfort ; mais Roger do Comraenges, fils de Sézélia et neveu du comte de Foix, y reçut Ramon VI. Il y fit halte, attendant les messages des citoyens qui Tinvitaient à venir dans Toulouse. Le comte réunit le conseil des chefs; le débat eut lien dans le palais Tioomtal» qui crénelle la cime du monticnle dont la ville oocape les pentes en cascade.
— Seigneurs, dit le comte, conseillez-moi. J'ai envoyé mes messagers à Toulouse, aux plus puissants et honorés barons qui m'aiment de cœur et que j'ai toujours aimés. Ils m'ont transmis leurs réponses bien scellées : ils ont livré des otages à Montfort, mais ils aiment mieux les perdre que de me voir exilé plus longtemps; ils me livreront la ville. Quel conseil me donnez-vous?
Le vieux comte de Gommenges, son cousin, prit le premier la parole : — Seigneur, dit le vaillant vieillard, écoutez*moi 1 Si vous recouvrez Toulouse, parage et courtoisie sont restaurés. Vous nous remettez^ vous et nous, en lumière ! — Seigneur comte, s'écrie le jeaiie Roger-Bernard de Foix, si vous recouvrez Toulouse, vous tenez les clés de voire fortune. Noblesse et courtoisie les gardent. Il vaut mieux pour vous mourir là en seigneurie qne d'aller plus longtemps par le monde, honni et en danger. ^ Oui^ seigneur, crojez-le, reprend Bernard, infant de Gommenges, je ne veux ni avoir ni terre ni biens, si vous n'en avez pas; mais si vous recouvrez Toulouse, il faudra la défendre de toile façon que vous ne la perdiez plus jamais, — Beau neveu, dit le comte, ainsi ferons -nous, s'il plaît à Dieu. — Seigneur comte, II. ao
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reprend Roger de Conserans, allez devant, car vous n'j seras pas plutôt que j'y serai aussi. — Noble action parlée, dit Roger de Montaud; mais il ÙMi racheFer, sans quoi ce serait honte et dommage.
— Seigneor comte, dit Tabbé son frère, pousses â ' Toulouse ; nous à vos côtés et les citoyens, c'est assez pour la défendre. — Seigneur comte, ajoute Guéraat deCaraman, vous recouvrerez Toulouse» et nous nos héritages. Nos bras la défendront et vous y serez en paix. — fit si YOQs y trouvez des Français, ils restéront vos prisonniers, 8*écrie Hunald de Lantar.
— Seigneur, dit don Améric de Roaïx^ envoyez vos messagers, et que votre résolution soit transmise à Toulouse. — Ainsi, don Améric, vous approuvez aussi? — Pour Dieal notre bien-aimô seigneur, s'écrient tous d'une seule voix, entrez donc à Toulouse t N'ettS8ies>vous que vos barons, pas un homme ne résistera; Sortez de votre exil, car mendier les grâces d'autrui, mieux vaut la mort ou n'être jamais né! — liarons, répond le comte, Dieu soit loué de la fidélité que je trouve dans vos cœurs d'émeraudes. Vous êtes tous désireux d'entrer dans Toulouse; vous êtes tous d'accord» Marchons donc vers la noble cité qui vient à nous. »
Ainsi s'ouvre et se termine ce parlement dans lequel le feu s allume et la clarté resplendit'.
Le comte monte à cheval avec ses barons. U marche à découvert et d'un pas rapide» à travers coteaux et vallons, combes et bois ombragés. U descend les
.. Strophe i^.
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gi'acieuses et sauvages rives du Salât; il traverse la Garonne à Saint-Martori; ses chevaux foulent le sol de Caligurris, berceau de Vigilance, le réforma tear, £a avant de toas chevauche, avec son paiii escadron, Roger-Bernard de Foiz. Âprôs lui, gon* fanons déployés, trois antres Roger : Roger do Montant, Roger d'Aspet, Roger de Gonserans ; ces deux derniers sont des Commenges. En arrière vient le coiiite, avec le comte de Commenges, son cousin, les barons toulousains, les Maurand, les Lantar, les Roaïch et don Améric, le chef populaire de la cité, ils se dirigeaient sur la Saisretat quand Tavantgarde sé heurta contre Joris^ le chef croisé du Nébousan, qui battait l'estrade. A cette rencontre, des cris s'élèvent, des cris d'ét(nuiemenl et de défi; mais Roger de Montant s'élance, attaque, est attaqué, et les reiouie de son glaive élmcelant. Roger d'Aspet vole à son secours; il renverse Aimard de la fiessa, dont le cœur crève sous son tricot de fer. Roger-Bernard, les ayant entendus, arrive, gracieusement porté . par son coursier arabe ; il atteint Richard de Cornados d'un tel coup qu'il fracasse son écu, déchire son haubert, et contre terre lui brise le crâne et la cervelle. Le carnage commenco alors avec les autres, qui vont taillant et tranchant les adversaires de si rude façon que plusieurs demeurent dépecés et eu lambeaux. Joris, à voir frapper les compagnons de Roger-Bernard s'est effrayé, et s'est enfui de la mêlée; on le talonne, mais il galope encore mieux. Le comte arrive, éperonnant son coursier; il no trouve que des ennemis tués ou fugitifs. Le combat était fini : ce n'était qu'un choc d'avant-garde, mais
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de bon augure. ^Seigaear comte, c^est un signe, dit Tinfant de Gomraenges, que nous prendrons Toulouse. — Beau neveu» répond le comte, vous u en serez pas démenti*
Ils che?aochent toat le jour dans la Taste pUine de M aret. Le soir, ik trayenent le champ de bataille ; sur ia nnit, ils s'arrêtent presque en face de
Toulouse. Le comte envoie dans la ville ses ddeles messagers, pour dire à ses amis jurés qu'il est là hors des murs avec les faidils. A laube da jour, le comte est pris de frayeur : il craint d'être reeonna; mais ane brame se lève; il se cache dans on bois. Bientôt arrivent les amis : — Seigneur comte, lui dit Ugo de Joanis, Dieu soit loué! vous venez recouvrer Toulouse; l'occasion est belle; votre race est sûre d'être obéie. N'eussiez-vous que ces barons armés, c'est assez pour vaincre vos ennemis. Seulement, n'entrons pas par les ponts, nous serions dêcoarerts. — Seigneur, ajoute Ramon Bernieri vous êtes at* tendu comme le Saint-Esprit I » Ils partent, voilés par le brouillard. Bientôt les clochers de Toulouse apparaissent. « Alors, dit le poète, il n'y en eut pas un seul dont les yeux ne se remplissent de leau du cœur.»«Vierge> impératrice du ciel, dit en lui-môme « chacun d'eux, rendez-moi le lieu où j'ai été élevé I « Vivant ou enseveli, j*aime mieux être là que • d*aller plus longtemps par le monde honni et per- « sécuté !» Ils traversent la Garonne au gué de Bâzacle (Vadaculum). Au sortir de l'eau, ils entrent dans la prairie, bannières déployées et pennons flottants. Aussitôt que ceux de la ville ont entendu le
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signal convenu, ils accourent au comte comme si c'était un ressuscité. Et quand il entre sous les portes voûtées de Touest, tout le peuple y arrive, grands et petits, hommes et femmes, épouses et maris. Chacun s'agenouille deyant lui et lui baise les vêtements, les pieds, les jambes, les bras, les mains, avec des larmes de joie, joyeusement accueillies. C'est la joie ellemême qui revient en graine et en fleur. « Nous l'avons « maintenant, se disent-ils l'un à l'autre; nous avons « Jésus-Christ; nous avons l'étoile du matin revenue « en splendeur; nous avons notre bon et sage sei- « gneur. Parage et courtoisie étaient morts; les voilà « restaurés, vivants et florissants, et notre lignage à « jamais remonté en puissance. » Ils se sentent le cœur si vaillant et si ralTermi que chacun d'eux s'arme de bâtons ou de pierres, de lances ou de dards polis^ de couteaux fourbis; tous se répandent dans les mes, tailladant, tranchant, faisant boucherie des Français qu'ils peuvent atteindre, et criant : « Toulouse! Le jour est venu où sera chassé le faux seigneur, avec sa méchante race et son peuple cruel. Dieu protège enfin la droiture, et le comte, qui avait été trahi, a repris tant de cœur qu'avec peu de compagnons il a recouvré Toulouse t >
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