‹ Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, traitant de la constitution du peuple arabe-espagnol, de sa civilisation, de ses mœeurs et de son influence sur la civilisation moderne (volume 2)Chapitre 28 sur 38 · LA MOSQUEE · texte numérisé non relu

LA MOSQUEE

c< Dieu très-haut! Dieu très-haut! Dieu très-haut! Dieu très-haut! X atteste qu'il n y a point de Dieu, sinon Dieu, et que Mahomet est le prophète de Dieu . Venez à la prière; venez au temple du salut. Il n y a point de Dieu, sinon Dieu. »

Cet Ezzann, jeté dans les airs, au même instant, du baut des six cents mosquées de Cordoue, appelait a la prière d'Al-Ssobi (') les habitants de la grande cité. A peine le soleil commençait à frapper de ses premiers rayons les innombrables croissants d or qui brillaient à

(ij De rftttbe.

la pointe des minarets ('] ; cependant l'appel matinal des muezzins (^) semblait avoir éveillé toute la population de la capitale du khalyfat d'Occident. Trois cent soixantequinze périodes de douze lunaisons s'étaient accomplies depuis la fuite du Prophète à Médine (^) ; et le saint mois de Rhamazann, — cet austère carême au long jeûne de trente jours pendant lesquels nul musulman, du lever au coucher du soleil, ne mange une miette de pain, ne boit une goutte d'eau, ce carême aux longues prières de trente nuits pendant lesquelles tout musulman récite les 6,666 versets du Eoran, — s'était achevé la veille. On entrait dans la lune de Schéwal, et, avec elle, dans la fête appelée Id-Fitr, le Retour de la rupture du jeûne, qui précède de soixante-dix jours l'autre grande fête annuelle des musulmans, Yld-ad^kha, le Retour des sacrifices [*). Mais une solennité, plus grande que les solennités accoutumées de ce jour, augmentait l'empressement des fidèles, toujours dociles à la voix des muezzins. Ce n'était pas seulement le peuple de Gordoue qui se préparait à jouir des cérémonies et des spectacles annoncés; les habitants du grand faubourg d'Orient, de cette moitié

(*) AUmemareh, phare, tour du phare, de la lanterne.

p) Mouadzyn (en Espagnol almuedano) crieur des mosquées.— Pour annoncer les heures de la prière, les tambours, instruments guerriers, ne convenaient pas à la sainteté de l'objet; les cloches non plus, qui étaient déjà à l'usage des chrétiens ; ni les trompettes, à Tusage des juifs ; ni les feux, à l'usage des Guèbres. Mahomet adopta la voix humaine. — VExaaxm, ou appel du fMkéxzi/a, se fait pour chacune des cinq namax, ou prières canoniques de la journée.

(3) L'année 376 de l'hégire correspond à l'année 998 de l'ère chrétienne, et i036 de l'ère espagnole.

{^) Ce sont les deux h^ram des Turcs.

de la ville coupée par le fleure, couvraient d' une multitude empressée le large pont de pierre que Témyr Al- Samah jeta sur l'antique Bétis devenu pour ses nouveaux maîtres le Guadalquivir ( AUQuad-al-Kébir , le Fleuve-Grand) ; et de longues processions de gens des campagnes, montés pour la plupart sur des chameaux, des chevaux, des mulets ou des ânes, venaient, de toutes les directions, mêler leur foule à la foule sortie des deux cent mille maisons de la ville impériale.

La saison des fleurs prétait à la fête ï une de ses plus belles journées. Par une conjoncture jugée d'heureux présage, la lune nouvelle, qui ne s'était levée sur Thorizon qu'après la sixième heure de la nuit, avait hrillé jusqu'à l'aube du matin, et son pâle croissant, mince et courbé comme une lame de cimeterre, apparaissait encore à l'occident, parmi les dernières étoiles, tandis que le soleil montait tout radieux sur son trône de l'orient. L'air était calme et pur ; aucun vent ne pliait la cime des palmiers, et si quelques brises légères soufflaient de l'ouest par intervalles, elles apportaient sur leurs ailes, avec la fraîcheur des sommets neigeux de la Cordilière- Bnme (Sierra-Morena), les parfums des mille jardins qui enveloppent d'une ceinture embaumée Korthùbah la grande (*).

Sur la vaste place de la Mosallah^ s'élève, isolée de toutes parts, la masse carrée de Til/ama f), surmontée de son dôme étincelant, flanquée de ses quatre légers mi-

[^) Fondée par les Phéniciens, qui la nommèrent Kartoubay elle fut appelée Corduhè par les Grecs, Corduba par les Romains, Corduva par les Goths, Korthobcih par les Arabes, et finalement Cordova par les Espagnols.

(^] AUDjamif grande mosquée, cathédrale.

2ii HISTOIRE DES ARABES

narets, et précédée de son jardin d'orangers. C'est là que débouche, de toutes les rues, la multitude qui affluait à flots pressés sous les colonnes de leurs longues galeries. La rue du centre, conduisant à la principale des dix-neuf portes percées dans la façade du temple, était couverte, de Fune à l'autre extrémité, des plus riches tapis de Perse, dont les nuances douces aux yeux, imitant celle d'une vaste prairie, faisaient ressortir tout l'éclat des fleurs naturelles dont ils étaient jonchés, tandis que de longues guirlandes où d'autres fleurs se mêlaient à divers feuillages, suspendues entre les maisons, abri^ taient ce parterre d'un berceau parfumé. Cette rue était vide encore : un double rang de cavaliers de la garde africaine retenait, à chaque issue, les flots du peuple; mais, à travers la claire-voie des jalousies qui enferment les vastes balcons symétriquement avancés sur la rue, on voyait scintiller les riches parures que la loi permet aux femmes en les défendant aux hommes; et, du haut des azoteas (*) , à l'ombre des myrtes, des grenadiers, des orangers touffus de ces nouveaux jardins de Babylone, une autre foule, suspendue dans les airs, semblait regarder, comme de la surface d'un autre sol, un spectacle souterrain.

Après quelques moments de silencieuse attente, le bruit lointain des chirimias aiguës, des sonores anafils, des sourds atabals et du thantanah retentissant {^) annonça l'approche de ceux qu'attendaient les regards fixés de la foule immobile. On vit d'abord paraître, ouvrant la marche et précédant le cortège, un corps de

(^) Al'Sotkehf terrasse.

(^) Clairons, trompettes, timbales et tam-tam.

Kaschefs (% seule troupe qui partage&t avec la garde africaine du khalyfe le privilège de re&ter constamment sous les armes. Leurs courtes lances de jonc, leurs légers boucliers de sabine (^), et la simple cotte d'armes, sans cuirasse ni mailles d'acier, qui couvre leurs vestes en toile de lin, indiquent qu'il remplissent un office de paix plutôt qu'un service de guerre. Après eux venaient les magistrats municipaux dont ils exécutent les ordres pour la répression des délits, la poursuite des malfaiteurs, le maintien de la sécurité publique. Parmi ces derniers, on distinguait, aux insignes de leurs professions, les chefs de corporations des divers métiers, les alguazils (^) commandés par le mothàib {% les wakyh (^) des hôpitaux et des écoles, les collecteurs du zégah (^), les percepteurs du scharadj (') et du taadyl(^], les inspecteurs des bazars, chargés de pourvoir aux approvisionnements de la ville et de surveiller les transactions commerciales. À leur suite s'avançaient, gardant un ordre aussi parfait qu'eussent pu se l'imposer des hommes de pied, deux noipbreux détachements de cavaliers de la garde africaine et de la garde esclavone. Depuis Abdérame V\ le fondateur du trône de Gordoue, lequel aborda en Andalousie ayant pour toute armée quelques centaines

(*) Découvreurs, cavaliers de maréchaussée.

(^) Espèce de genévrier dont les branches tressées servaient à fabriquer des armes défensives.

(^) Al-ouaxyl, ofQciers de police urbaine. (*) Edile, préfet de police.

(^) Majordomes.

(^] Dîmes en nature.

P) Droits de douane et d'octroi. (^) Capitation sur les non-musulmans.

246 HISTOIRE BBS ARABES

de Berbères de la tribu des Zénètes, c est aux guerriers de cette nation qu'est confiée la garde personnelle du khalyfe. Cependant ils ont dû, dès le temps du premier Al-Hakem, partager cet honorable privilège avec une troupe de ces esclaves que les juifs vont acheter sur la côte orientale de F Adriatique, et qui, faits musulmans, composent par moitié la garde du palais. Ils sont tous montés sur de puissants chevaux noirs ; leurs morions de fer sont cachés sous les plis dun large turban blanc; par-dessous leur cotte d'armes entr ouverte, une cuirasse courte et polie étincelle de mille feux aux rayons du soleil, ainsi que leur écu d'acier; et la pesante masse d'armes pend à F arçon de leur selle, tandis qu'ils étendent sur Tépaule la longue et lourde épée à deux mains (^). Au milieu de leurs rangs, et tous à cheval, seule monture et seule voiture dun noble Arabe, marchait la foule immense des officiers du palais. C'étaient d'abord les représentants des deux privilèges civils de la souveraineté , l'intendant de la Sikka (^) et celui du tiraz (^); puis les djamdars (*), qui servent la personne du prince; puis le receveur des demande$ en reparatiom de griefo ; puis le secrétaire de la main auguête, assisté des deux déwadan^ le grand et le petit teneur de t encrier, suivi des scribes de ï écriture fine

(^) « La garde des esclaves, composée d'étrangers... faisait le service intérieur de TAlcazar. EUe se servait d'épées à deux mains, d'éeas et de masses d'armes. » (J. Gonde, parte II, cap, 66.)

(^) Le coin des monnaies.

(3) Le droit qu'a le souverain de porter son nom tissé dans l'étoffe même de ses vêtements, en brocart, soie ou filoselle. II y avait un hôtel du tiraji, un intendant du tirax, etc. , pour la fabrication des robes du khalyfe.

(*) Officiers de la garde-robe.

et de la grosse écriture. Enfin, roriflamme impériale, se déployant avec majesté dans les airs, annoiiça rapproche du khalyfe. Gomme la couleur blanche, adoptée jadis par les Omméyades de Damas, remplaça, en Espagne , depuis Abdérame V\ la couleur noire choisie par les Abbassydes, l'étendard de l'empire est une longue bannière de soie blanche, au centre de laquelle, sur un écusson d' or, brille la main vermeille tenant la clé d'azur, image symbolique du livre qui ouvre les portes du mmde, et qu'adoptèrent les compagnons de Tharyk, lorsqu'on abordant à l'antique Galpé, leur épée ouvrit à la loi les portes de l'Occident (*).

Hescham II venait àeMMynat^l-Zohrah (^j, la ville de

(*) On trouve encore la main et la clé sur un écusson, à la porte fortifiée de rAlhamrâ, nommée Porte du Jugement,

L'oriflamme du Prophète avait été noire ; ses drapeaux, comme ses robes, noirs ou blancs ; et ces deux couleurs sont restées chères à ses disciples, qui les préfèrent aux antres, et qui proscrivirent même longtemps le jaune et le rouge. Aly, quatrième khalyfe, choisit le vert pour la couleur impériale. Les Omméyades reprirent le blanc, et, par opposition, les Abbassydes adoptèrent le noir. Plus tard , les Almohades enrent un drapeau blanc et bleu, parsemé de croissants d'or. D'après les chroniqueurs romanciers , tels que Ferez de Hita , les rois de Grenade eurent ensuite un drapeau couleur paille, sur lequel était brodée, en rubis, une grenade à demi-ouverte qu'entourait cette légende : « Je suis né avec la couronne [con la corona naci) . » Mais ce doit être une de leurs inventions, car le nom donné par les Arabes à l'ancienne lUiberis {Garb-^nata, crème du couchant, ou Dar-Gamathah, la maison-forte, d'où Granada), n'a aucun rapport avec le fruit qui porte, en espagnol et en français, le même nom que la ville. J. Conde dit positivement (parte IV, cap. 6) que les armoiries du premier roi de Grenade, Aben-al-Hamar , sur sa bannière et sur ses monnaies, étaient un écu en champ d'argent, avec une bande diagonale bleue, tenue aux extrémités par deux gueules de dragons, et portant cette légende : Lé ghakh Uleh AUah « il n'y a de vainqueur que Dieu. » •

(^) Ville de Zohrah [Fleur] , bâtie par Abdérame III pour son esclave fa-

143 HISTOIRE DBS ARABES .''

de Berbères de la tribu des Zénètes, c'«^ ' de cette nation qu'est confiée la gar^ ^^ khalyfe. Cependant Us ont dû, dès If "^^ '^^ Âl-Hakem, partager cet honoratf ^ ^ «* troupe de ces esclaves que les^ ^ ^ ^Z^ côte orieulalede l'Adriatique^ '> ^ ^ ^. composent par moitié ^^Uv'^ ' "If '— montés sur de puissants J i %,.% % ^, % % de fer sont cachés sous V I f t %- § ^L^ 'l^'s' par-dessous leur a I" ^ % *S J^L -^ ■?"

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vilâçes . 0 ses regards que dans les grandes solennit 5iJbjba jses, seulement assez pour obéir à la loi de sa j! serT^, a I* loi des Omraéyades, qui veut que le lihalyl df :, vi»é\e\^). Déjà, pour Hescham, malgré les sourd ' jt(i''n'U''es des vrais croyants qui prophétisèrent à ce pro, ^ les malheurs de son règne, on avait transgressé ce((f )^i, qui exige aussi du kbalyfe la majorité de quinze gnc

vorilc. Elle est décrite précëderenieDt dan» la section I' seconde partie.

(') C'était afin de combattre l'opinion des sectateurs d'Aly, les Sdni à l'égard du kbaljfe appelé Vimâm Madhy, qui disparut dans la i\p ^^ '

rhégire, - - -

Messie,

PT Bï.^ MORES D'ESPAGNE. 9^

^^^^^e, trop périlleux, de la transgres-

souffler ainsi l'esprit de révolte jus-

^rdiensdela foi.

'tusseline blanche, roulée autour

^e des extrémités tombait sur

*ue, pendait sur ses épaules,

insi qu À T imitation des

Nomet. Des épaules jus*

bottines de cordouan

^ férédjyah, ou robe

V soie verte, sur ^o baudrier de velouirs , a or, qui soutenait, dans un ., une épée droite k deux tranchants, de cette épée, se lisait la devise prise au tjc Le secours vient de Dieu, et la victoire est croche. ^ La robe d'Hescham était entourée, au col, aux manches, aux parements et aux bords inférieurs, de larges bordures, où, par T entrelacement de fils d*or dans la soie et de fils de soie dans For, le nom du khalyfe se trouvait mille fois répété. C'est le privilège du tiraz, qui donne au prince régnant un costume personnel, que nul ne peut s approprier. Hescham ne comptait pas au delà de trente-deux années ; ses traits étaient nobles et réguliers , sa physionomie douce, aimable, intéressante. Mais une taille efféminée, des yeux languissants, un visage pâle que pâlissaient encore les reflets du turban impérial, montraient un homme énervé dans les langueurs du sérail, et qui devait arriver par une longue enfance à une vieillesse anticipée. La foule, à son approche, s'inclinait humblement ; elle courbait

qui enseigna TarcheTêque de Reims Adalbéron , tous versés dans les mathématiques et l'astronomie.

Seiencei tMthématiques. — Cétait alors en Espagne que venaient s' instruire le petit nombre d'étrangers que tourmentait le désir de savoir. Gerbert (né en Auvergne vers 930 , élu pape en 999 sous le nom de Sylvestre II, mort en 1003), si célèbre par ses aventures , sa science et ses travaux, après avoir parcouru toutes les écoles de France, d'Italie et d'Allemagne, sans pouvoir satisfaire la passion d'apprendre dont il était obsédé , vint enfin chercher en Espagne ces connaissances physiques et mathématiques qui causèrent une telle admiration en France , en Allemagne et en Italie , où il retourna les répandre , qu'on ne put expliquer les prodiges de sa science qu'en l'accusant de s'être donné au diable. Gerbert passe unanimement pour avoir introduit le premier dans ces contrées l'usage des chiffres arabes , et pour avoir joint quelques notions élémentaires d'algèbre aux calculs de l'arithmé^ tique. Il passe aussi pour le premier constructeur d'horloges. Soit que Gerbert, comme l'affirment la plupart de ses biographes, ait poussé ses études jusque chez les Arabes, à Gordoue et k Séville , soit qu'il ait fait seulement un long séjour en Catalogne et fréquenté les savants de ce pays, ainsi que le témoigne son recueil d'Epttres adressées en grande partie à des Catalans , tels que le comte de Barcelone Borrell, Ayton, Joseph, Lupit, il n'en est pas moins certain que Crorbert apprit tout ce qu'il sut des Arabes , et que cette science, si prodigieuse qu'elle parut surnaturelle, il l'avait, comme dit William de Malesbury , volée awù Sarra$in$.

Son exemple et ses succès excitèrent d'autres étrangers

jâ

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portent le sehariyah , le voile ou masqae de crin , qni leur permet de voir sans être vues. Elles portent aussi les parures permises à leur sexe, une infinité de broderies, de longues chaînes d'or, des colliers, des bracelets et des chapelets de corail, d'ambre ou de perles, des éventails en plumes de paon, à poignées d'ivoire ou d ebène. Leurs cheveux» tressés en une foule de petites boucles, sont entremêlés de bijoux et de fleurs. Elles n'usent jamais de pommade, ni de poudre, ni de fard; seulement leurs ongles sont teints avec le hinna (argile rouge); et les sourcils , ainsi que les paupières, noircis par un collyre composé d'antimoine et de noix de galle. De jeunes kha$9éghii (pages) agitent des chasse-mouches autour de leurs têtes. Gomme une longnegilalah (^) blanche, tombant jusqu'aux pieds par-dessus leurs pantalons blancs, noués aux chevilles, complète l'office des voiles qui les cachent à tous les yeux, la multitude ne peut reconnaître les membres de ce divan d'un prince 'efféminé, toujours en tutelle, bien qu'il ait lui-même la tutelle générale de l'empire ; mais du moins, quand elles passent, on se redit leurs noms demeurés célèbres. C'est Lobnah, autrefois secrétaire intime du docte Al-Hakem II ; Maryem, la Sapho de Séville, qui professa, dans les chaires de cette cité , la science et là poésie ; Khadidjah, qui composait les vers et la musique de ses chansons; Bhadyah, enfin, si célèbre par la grâce de l'esprit, qu'on l'appelait, quand elle paraisssait dans une réunion, V Heureuse Etoile.

Quelques hommes, quelques yieillards. mêlaient leurs

(0 Robe légère et transpArente.

se bornait aux Sept Climals d'Edryz; et en corrigeant, d'après Abou-Isak-Ibrahym-ben-Yayah, quelques erreurs géographiques, Abraham Hinckelmann pouvait dire, au xvii'' siècle : Maxima adjmnenta et lumen in posterum ara- Hsmo debebimus. (Prœf. Akor.) » ^

Quant aux fameuses Tables astronomiques d* Alphonse X , elles ne font, comme son livre sur les Armillaires ou Sphères célèbres, que résumer les découvertes des Arabes avant le xiii'' siècle. C'est dans leurs ouvrages qu avait puisé tout son savoir ce monarque célèbre qui reçut le nom de Sage (ou Savant), et qui fit , en effet, avancer la science entre le système de Ptolémée et celui de Kopernic. Les Tables Alphonsines sont empruntées aux divers Zydji^ ou Tables des astronomes arabes; elles en reproduisent le fond et la forme. Lorsque Louis XIV fit mesurer géométriquement un degré du méridien pour déterminer la grandeur de la terre, il ne savait pas sans doute que, neuf siècles auparavant, le khalyfe Al-Mamoun avait ordonné la même opération à ses astronomes de Bagdad. Au moyen âge, « le premier pas que Ton c( fit vers le renouvellement des connaissances, fut la « traduction des Eléments d astronomie d'Alfergan. » (Bailly, hist. de Tastr. t. 1* livre viii.) Ce fameux rabbin espagnol Aben^Hezra (ou Esdra], qu'on surnomma Le Grand, le Sage, V Admirable, pour avoir écrit son livre de la Sphère, était né à Tolède, en 1119, et avait été disciple des Arabes pour l'astronomie. Il répandait en Europe les leçons de ses maîtres. C'était dans Albategnius, plus que dans Ptolémée, que Sacrobosco (John de Holywood) avait puisé les matériaux de son livre de Sphera mundi; c'était dans Albategnius encore, que le commen-

tateur de ce grand astronome, Régiomontanus (Johan Mûller« de Kœnigsberg, Regius Mons) avait trouvé la première notion des tangentes. C'est aussi dans les Crépuscules d'Alhacen que Tillustre Kepler prit ses idées sur la réfraction atmosphérique; et peut-être que Newton lui-même doit aux Arabes, plus qu à la pomme de son verger de Woolstrop, la première aperception du système de l'univers, car Mouhamad-ben-Mouza (cité dans la Bihliot. arab. Philosophomm) semble, en écrivant ses livres du Mouvement des corps célestes (De prœcipuorum orbitum cœlestium moiu) et De la vertu d'attraction (De virtute attrahendi), avoir entrevu la grande loi de l'harmonie générale (^).

Médecine. — L'influence des Arabes sur toutes les sciences naturelles, chimiques ou médicales, n'est pas moins incontestable que leur influence sur les sciences mathématiques. Roger Bacon et Raymond Lulle étaient aussi bien leurs élèves pour la science cherchée de l'alchimie, du grand art^ que pour la science trouvée des calculs numériques; C'est par eux aussi qu'Albert le Grand (Albrecht Grotus, ou Gross, né dans la Souabe, en 1193), ce savant universel, ce maître éminent de saint Thomas d'Aquin, qu'on appela, comme Gerbert, le Magicien, fut initié à toutes les connaissances de l'école aristotélique. Et le célèbre Fabrizio d'Acquapendente disait encore, après l'année 1600 : « Celse, chez les Latins, Paul Egiûète chez les Grecs, Albucasis chez les Arabes, forment Tin triumvirat auquel je confesse avoir les plus grandes obligations. »

(*) C'est Topinion formeUe de Casîri et d'Andrès ; mais je dois avouer qu'elle n'est point acceptée par Sylvestre de Sacy.

De même que T astronome Albategnius dans le domaine du ciel, ou le géographe Edryz dans celui de la terre, Avicenne et Averrhoès régnèrent souveraineraenl sur la médecine pendant six cents ans, jusque dans le XVI* siècle. On commentait encore Avicenne, dans le siècle derni^, à Montpellier et à Louvain. Boerhaave convient, aussi bien que Haller, de cette longue domination de la médecine arabe, et Brucker a pu dire en toute vérité : « Vsque ad renatas litteras^ non inter Arabes « modo, verum eliam inter Chmtianoê, dominatus est Avi- « cenna tantum non solus. )> Lorsque le médecin portugais Pedro Juan, qui fut archevêque deBraga, puis pape, sous le nom de Jean XXI, écrivait, dès le commencement du xiu* siècle, son Trésor des pauvres ou Remèdes à toutes les maladies, son Traité d* hygiène et son Traité de la formation de t homme, il copiait les Arabes.

C'était d'Espagne alors que venaient presque tous les médecins de l'Europe, et que, par eux, s'étendait le goût des sciences et des lettres, a Interea hispani m^id, dit Haller, dum gens eorum patriam paulatim récupérât, litterarum amorem cum Italis communicarunt. » C'était du moins en Espagne qu'allaient étudier les juifs, si renommés alors dans l'art de guérir, pour se répandre ensuite, comme les jeunes médecins au sortir d'une faculté, dans les divers pays de l'Europe. Rois et papes prenaient leurs médecins parmi les juifs. Pour citer seulement quelques exemples fameux, je rappellerai que le médecin du roi d'Aragon Alphonse le Batailleur, Pedro Alfonso, auteur de contes latins qui furent traduits en partie dans les Cento Novelle antiche de Francesco Sansovino, était un juif converti, et Paul Ricius, médecin de l'empereur

Maximilien P% était un juif resté juif. Celui-ci avait étudié en Espagne, où il traduisit lal-ra^/^d'AIbucasis, ce livre queHaller appelle fonscommunis de la médecine moderne.

Nous avons vu précédemment que les Arabes pratiquèrent une foule d'opérations chirurgicales inconnues des anciens, et enrichirent également la pharmacie d'une foule de médicaments nouveaux. Mais un fait peut résumer en lui seul toutes les preuves de Tinfluence qu'exercèrent les Arabes sur Tart médical : c'est que la fameuse école de Salerne, dont naguères on suivait les lois dans toute l'Europe, doit son origine aux Arabes. Lorsque le Normand Robert Guiscard prit Salerne (vers 1060] sur ceux qu'on nommait les Sarrasins^ et qui occupaient le midi de l'Italie depuis plus de deux siècles, il y trouva une école de médecine, fondée par ces infidèles. Il eut la sagesse de la* conserver, de l'enrichir, de lui donner pour chef Constantin l'Africain. C'était un More deCartbage que des voyages et des aventures jetèrent, comme Edryz, au pouvoir des Normands de Sicile, qui prit l'habit au monastère du Mont-Cassin sous le célèbre abbé Didier, devenu le pape Victor III, et qui, dans sa retraite, traduisit en latin tous les ouvrages de ses com* patriotes sur l'art de guérir. Il acheva de fonder ainsi l'école de Salerne, car c'est dans ses œuvres que furent pris tous les aphorismes de la Medmna Salertina. Comme l'université de Montpellier eut pour fondateurs (vers 1200) les Aragonais, auxquels appartenait alors cette ville, presque récente, et qui n'avait pas encore hérité de révêché de Maguelone, on peut affirmer, suivant la tradition généralement admise, que sa faculté de méde-

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cine {ut fondée par lés Arabes, médiatelnent du moins, et en ce sens qu'elle s'établit sur leur docferine, la senle adoptée» la seule r^nante (^).

Agriculture. — Si les Espagnols ont abandonné plusieurs importantes cultures introduites dans leur pays par les Arabes» celles du dattier, du bananier, de la canne à sucre, du coton, et presque aussi du nràrier, néanmoins, ils suivent encore les leçons de leurs maîtres en quelques parties de ragrieulture. Us ont conservé les azeqma$ (al-ssakyah) et les norias (naa'ourah), ainsi que les silos, dont le nom moresque équivaut en Espagne à celui de grenier*

Arduiteelure. — Quant à F influence des Arabes sur l'architecture, le seul des beaux-arts que la rdigion permit de cultiver aux musulmans, il me semble qu'on ne saurait la mettre en doute, qu'elle apparaît avec autant de certitude et d'éclat. L'on a souvent ïait cette question : D'où vient que l'architecture de la fin du moyen âge, celle qui passa du plein cintre à l'ogive et des basiliques aux cathédrales, fut nommée gothique ? Comme ce nom, s'il impliquait une origine du Nord, serait en flagrante contradiction avec les faits, la question est restée sans réponse. Mais on aurait dû se rappeler que le nom de gothique n'a pas été donné seulement à l'architecture que virent régner les xii* et'xiii* siècles. On ap-

(*) De nos jours encore, et si dépassés qu'ils soient dans la carrière des seîeitcesy les mmalmans ont transmis à l'Europe quelques précieuses découvertes. Âasi Finoealation, cet heureux précurseur de la vaccine, nous rient de la Gircassie, où elle fut d'abord pratiquée. Passée de là en Perse, en Géorgie, en Turquie, elle fut apportée en Angleterre, vers 1720, par l'illustre lady Wortley-Montague, qui en fit la première épreuve , à Constantinopie, sur son propre fils.

ET DES MORES D*EdPÀ6]!!E. 179

pelait aussi gïjihiques récriture et le missel qui furent remplacés en Espagne, dans Tannée 1091, par les caractères latins (nommés alors français) et par le rituel romain. Ils ataient reçu et conservé ce nom de gothiques, parce que leur usage datait de l'époque où TEspagne était le domaine des Goths. Ne serait-ce point aussi parce que les premières leçons de F architecture nouvelle vinrent à l'Europe par l'Espagne, que cette architecture, comme l'écriture et la liturgie espagnoles, fut nommée gothique ? Cette explication, toute simple et naturelle, est d'ailleurs en parfaite concordance avec Thistoire. Les conjectures des hommes versés dans la matière s'accordent en ce point que l'architecture moderne est née à Byzance, cette seconde Rome, oè les arts s'étaient réfugiés, chassés d'Italie. Les architectes byzantins, qui mêlèrent les premiers le style capricieux et fleuri de l'Orient au style sobre et régulier de l'ancienne Grèce, eurent deux sortes d'élèves : les Arabes et les peuples germains. Ceux-là, d'abord, fondèrent l'architecture appelée moresque ou sarrasine; ceux-ci, ensuite, l'architecture qui fut plus tard nommée gothique. Parties du même point, les deux architectures restent analogues, presque semblables, pendant deux siècles, consenant l'une et l'autre, avec les différences imposées par le climat, les traditions de leur commune origine. Ainsi la mosquée de Cordoue, élevée par un prince de Syrie, et les vieilles basiliques de l'Allemagne, sont également issues du style byzantin. Elles se divisent ensuite pour prendre dbacune un style particulier. L'architecture musulmane conserve le système des nefs surbaissées, et prend pour caractère spécial le cintre outre-

passé, c'estpà-dire rétréci à sa hase, ayant la forme dun croissant renversé. L'architecture chrétienne adopte le système des nefs élancées, et son caractère distinctif devient V ogive, substituée au pl^n cintre païen. Mais il faut remarquer qu'avant les chrétiens, les Arabes avaient employé l'ogive, qu'une foule de monuments, en Espagne surtout, prouve l'usage qu'ils faisaient de cette forme inconnue de l'antiquité, et que c'est sans doute parce que l'ogive, devenue le trait saillant et caractéristique de l'architecture chrétienne, avait passé de l'Espagne en Europe, que tout le système fut nommé gothique. Enfin ces deux architectures parties de Byzance, l'arabe et la germaine, se rapprochant toujours, viennent se fondre, au bout de huit siècles, dans le style dit de la Benamame.

Personne ne nie, personne ne conteste la frappante ressemblance qui existe entre les monuments arabes et ceux de l'Europe au moyen âge. Cette ressemblance ne se trouve pas seulement dans les grands édifices des capitales, pour la construction desquels on appelait quelquefois des architectes sarrasins, comme cela est arrivé même à Notre-Dame de Paris (*). On peut la suivre jusque dans les plus humbles bâtiments des petites villes. Ainsi, j'ai retrouvé l'arc à plusieurs lobes de la Mezquita de Gordoue dans le cloître de la cathédrale de Norwich, et la fine colonnette de l'Alhamrâ dans l'église Notre- Dame à Dijon. Cette ressemblance n'était donc pas seulement occasionnelle, fortuite, elle était générale et permanente. Il n'est pas besoin d'autre chose pour prou-

{») Voir Dulaure, HisUnre de Pa/ris, tome U, p. 253 et sui?.

ET DEd MORES D'ESPAGNE. 181

ver ma thèse. Si l'art chrétien et Tart arabe se ressemblèrent, et si Tun précéda l'autre, évidemment il y eut entre eux un imité et un imitateur. Est-ce Fart arabe qui imita Tart chrétien? Non, car F antériorité de ses œuvres est manifeste, incontestable; non, car l'Europe, au moyen âge, reçut toutes les sciences des Arabes, et dot aussi recevoir d'eux le seul art dont la loi religieuse leur permit la culture.

Murique. — L'impossibilité où nous sommes, malgré les efforts de tous les savants modernes, d'avoir une connaissance, même imparfaite et approximative, de la musique des Grecs, doit apprendre et faire concevoir à qael point il est difficile de constater l'état de cet art, d'en retrouver les monuments et de les comprendre, une fois que les traditions sont interrompues. Cest une langue morte où nul ne sait plus lire. Nous avons dû nous borner, dans la section précédente, à démontrer que les Arabes cultivaient la musique comme un art très-important, très-avancé . Il existe, aux archives du chapitre de Tolède, un monument précieux de l'influence qu'ils exercèrent sur la musique moderne. C'est un manuscrit annoté de la main même d'Alphonse le Savant, et qui renferme les cantiques (cantigas) composés par ce prince, avec la musique sur laquelle ils étaient chantés. On y trouve non-seulement les six notes inventées, vers 1030, parle moine Gui d'Arezzo, ut, ré, mi, fa, sol, la (^], mais

(1) Ce sont, comme on sait, les six premières syUabes des six premiers vers da cantique de saint Jean.

Ut queant Iaxis Famuli tuoram

Aesonare fibris Soive poUuti

iiftra gestonun Labii rectom.

d'artifices... Pour les Arabes, ils ont su produire et utiliser la force projective qui résulte de la détonation de la poudre ; en un mot, ils ont inventé les armes à feu. » Après cette déclaration d hommes si compétents et si consciencieux, je n'ai plus seulement k m' applaudir d'avoir, il y a dix-huit ans, et, je crois, le premier en France, produit, développé, soutenu F opinion avancée par Gasiri et par Andrès, mais surtout à déclarer formellement, après tant d'autorités diverses, que la question n'est plus question, que les inventeurs de la poudre et des armes à feu sont les Arabes.

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