‹ Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, traitant de la constitution du peuple arabe-espagnol, de sa civilisation, de ses mœeurs et de son influence sur la civilisation moderneChapitre 18 sur 32 · PAPIER · texte numérisé non relu

PAPIER

La longue ignorance du moyen âge fut en partie causée, et certainement entretenue, d* abord par Findil^ rence ou la haine dn clei^é chrétien pour la littérature païenne ('' ; puis encore par la privation du papyrus égyptien, la rareté du parchemin, le manque presque absolu de moyen d'écrire (^. L'introduction du papier en Europe eut donc une grande part è la renaissance des I^

gauche, mais, comme boos les plaçons noosHoêmes, de gawàe à droite. Le zéro se marqœ par on point.

(1) L'Eglise ordonnait par ses conciles : m Ut epûeapms ffoMimm Ukm no» Ugat, » et saint Jérôme disait : € Quid fœU cum PmUerio HortÊâmf cmm Erangeliû Maro? cum apotiolo Cicero? L'on sait d'ailleurs çie \m moines ne se faisaient pas scropole de laver on de gratter les oeurres des écri- Tains de la Grèce et de Rome poor écrire à leor place des homâies seolafttipies et des légendes de bienheoreax. Ce sont ces manoscrîis freintéi qM l'on nomme palimpsestes.

(^, « La rareté dn papyrus et le prix dn parcliemin, dit M. ChaipeBliflry obligèrent à restreindre la pensée, même dans les transactions et les 6ils les pins indispensables. On peut voir, an dépôt de h Toor de Londres, dans les RùUm offmegf qœ ciiaqoe contrat poor la vente des tenes est conqwis en nne seule ligne, et, dn fiu* au x* siècles, toutes les des Francs sont soomises à la même r^e [HisU de la Rmêia, der jLaCinr, tome U, p. 9i). •

très. Cest un point sur lequel sont d'accord les savants de tous les pays. Us eoniriennent aussi« à la vue de preuves anthentiques, que cette introduction eut lieu dans la seconde moitié du xi* siècle. Mais de qui l'Europe avait-elle reçu le présent du papier ? Ici les opinions se choquent» se contredisent» et la question était encore pendimte, lorsque Michel Casiri, en traduisant les manuscrits arabes de la bibliothèque de l'Ëscorial» a découvert la véritable origine de ce bienfait.

Cest en Chine, certainement, que fut faite l'invention du papier. Il s'y fabriquait, de temps immorial, avec les eocons de soie (^). Âly-ben-Monhamad, de Samarcande» raconte qu'une fabrique de papier semblable fut établie dans cette ville vers l'an 30 de V hégire (au milieu du vn* siècle). « Antehac, ajoute- t-il, chartœ umm et artem non imi in urbe Samareanda et Sinarum regione reperiri (Trad. de Casiri). Samarcande ayant été prise par les Arabes, dans l'année de l'hégyre 85 (vers 704), ils y apprirent l'art de fabriquer le papier de soie. C'est ce qu'indique ce passage d'Ezza-Eddyn-ben-Âbou'1-Kassem-al- Babasry : « In urbe Samareanda prœcellit chartœ mftdtmmm USU9, qum tantum ibi et in Sinis reperitur ; unde Arabes tuahametani, ea in suam ditionem redacta, conficiendm chartœ artificium aeoeperùnt (Trad. de Casiri). Trois ans après, en 707, un certain Youzef-Amroû, de la Mekke, introduisit la fabrication du papier dans sa ville natale, et en enseigna l'usage aux Arabes. C'est ce que dit textuellement l'historien Mouhamad-al-Gbazély, dans son livre De arabicarum anti^pÂitatum eruditione : Anna egirœ 88,

(>) Voir les lettres da P. Du Halde, tome IL

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quidam Josephus^ cognomento Amru^ omnium primus ehartam in urbe Meccana invenit, [ejusque iiium Aràbibui àiduxit (Trad. de Casiri.) » Si Al-Ghazély se sert du mot tiivenit, c'est, sans doute, parce que ce Youzef-Amroù trouva moyen de fabriquer le papier avec du coton, production plus commune que la soie en Arabie. Presque tous les vêtements y étaient faits d'étoffes de coton^qui se nommaient balbeki^ parce que les premières, ou les plus recherchées, se fabriquèrent à Baibek. Les plus anciens papiers introduits en Europe, ceux de la fin du xi* siède, sont, en effet, de soie ou de coton, et le mot bombycOn qui fut donné d'abord au papier, s'applique également aux deux substances. Pline appelait indifféremmoit bombyx le cocon de soie et celui de coton. Une nouvelle preuve que les Arabes, et non les Grecs du Bas-Empire, comme on l'a prétendu longtemps, sont les inventeois et les importateurs du papier de coton, c'est qu'un sêt vant Grec, chargé, au rapport de Montfaucon [Digsert. Recueil de l'Ac. des Ins., tome IX), de dresser le catalogue des vieux manuscrits de la bibliothèque de Paris, sous Henri II, le nomme toujours papier de Damas. Enfin, Casiri a trouvé, dans la bibliothèque de rEscoriâl, des manuscrits sur papier de coton qu'il fait remonter i Tannée 1009, et qui seraient dès lors antérieurs d'un demi-siècle à tous ceux qu'on a recueillis chez les nations chrétiennes du reste de l'Europe.

L'invention bien postérieure du papier de lin ou de chanvre, du papier de chiffe^ a fait naître d'égales disputes. Maffei [Storia diplom.) et Tiraboschi (Stor. delk Let. ital.) l'ont revendiquée pour l'Italie; Scaliger {apud Fabridum) et Meermann [ad eum Epist.)^ pour l'Allema-

gne. Mais aucun d'eux, dans leurs longues dissertations, ne fournit de manuscrit antérieur au xiv'' siècle. Le plus ancien de tous, en France, est une lettre de Joinville à saint Louis, écrite peu avant la mort de ce prince, arrivée en 1270 ; encore faut-il remarquer que le papier de cette lettre provenait, sans doute, de la première croisade «en Egypte. Dans tous les cas, suivant Topinion d'Hardouin, de Mabillon, de tous les antiquaires, remploi du papier de chiffe en Europe, sauf FEspagne, n*est pas antérieur à Tannée 1268. •

En Espagne, au contraire, les documents qui constatent Tusage de ce papier remontent è un siècle avant cette époque. Dans le nombre de ceux que cite don Gregorio Hayans (lequel obtint le prix proposé par Meermann sur la question qui nous occupe), il sufQt de citer un traité de paix entre Alphonse II d'Aragon et Alphose IX de Castille, conservé dans les archives de Barcelone, et portant la date de 1178, ainsi que les fueros accordés à Valence, en 1251, par Jacques le Conquérant (*). Le papier de ces anciennes c/iarte^ venait des Arabes, qui, parvenus en Espagne où la soie et le coton étaient plus rares que le lin et le chanvre, fabriquèrent leur papier avec ces matières communes dans le pays. Leurs premières fabriques furent établies à Schatiba (Xativa, Tancienne Sœtabis , aujourd'hui San-Felipe), ville célèbre dans T antiquité, au rapport de Pline et de

(*) Mayans veut aussi qu'un vieux dictionnaire latin , conservé au couvent de Silos, et écrit en caractères gothiques, dont l'usage fut aboli en i 091, soit sur papier de chanvre. Mais cette date de l'abolition des caractères gothiques, constatée par tous les historiens, rend difficile de croire que ce ne soit pas sur papier de coton.

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Strabon, par ses suaires, mouchoirs et serviettes, qu'on appelait iœtabinœ^ et généralement par ses manafactnres de toile (*)• Le schérif Kdryz (le géographe de Nobie), qni florissait dans la première moitié du xii* siècle, dit» en parlant de Xativa : « On y fabrique en outre du papier excellent et incomparable (^). » Valence, dont les campagnes produisent aussi du lin et du chanvre en abondance, eut, peu de temps après, des fabriques de papier; et la Catalogne ne farda pas à en élever également. C'est encore dans ces deux provinces que sont les meilleures, ou plutôt les seules papeteries actuelles de l'Espagne. Fj' usage du papier de chifle no se répandit, dans la Castille chrétienne, qu'au temps d'Alphonse X (le milieu da xui* siècle], qui fut, en cela aussi, l'élève des Arabes ('). De là, sans doute, il pénétra en France, puis en Italie, en Angleterre et en Allemagne. Tout marche ainsi, dans cette histoire du papier en parfaite concordance entre les faits, les dates, les documents ; tout prend une vraisemblance irrésistible.

Les manuscrits arabes, plus anciens toutefois que les manuscrits espagnols, marquent une civilisation bien plus avancée. Ils étaient pour la plupart écrits surda papier satiné, avec une encre aussi limpide, aussi brillante, aussi durable que l'encre de Chine, et les mano-

(») SœtabLs et tclas Arabum sprevissc superba Et Pelusiaco filum componere lino.

{Silius «toi., Liv. m).

(2) « Jn ipsd prœterea conficitur papyrus prœtafUissima et tncomfNW-

bilis, » (Relax, animi curiosit Climatis /!'.)

(3) « En el ano 1260, dit Sariniento, se introdujo m E8p€ma el uto y U

fabrica del papel, par medio de los Arabes, »

crits de luxe, pour lesquels on employait de préférence le parchemin, étaient enrichis d'ornements peints avec des couleurs si vives et si lustrées, qu on pouvait aisément s'y mirer comme dans une glace : « Ut ego ipse, » dit Casiri, « veluti in speculo me non semel conspexe-

Chez une nation qui écrivait tant de livres, qui formait tant de bibliothèques publiques et privées, où tout le monde, enfin, pouvait apprendre à lire, la calligraphie était devenue, comme en Grèce et à Rome, nonseulement un important métier, mais un art véritable. Ebn-Rhaldoun a transcrit, et M. Sylvestre de Sacy a traduit un poëme sur Y Art de ïécritwre, [Chrest. arabe^ t. II, p. 318.) « Apprenez à bien écrire, disent les maximes d'Aly ; la belle écriture est une des clés de la richesse; « et Mahomet disait avant lui : « Toute science qui n est pas sur le papier est comme perdue; « ajoutant : <( La science est un gibier, et l'écriture est le lien qui sert à le retenir. »

On cite pour le plus célèbre des calligraphes un certain Aben-al-Baouab (Abou 1-Hassan], qui a laissé le plus parfait modèle de l'écriture arabe. Les manuscrits d' Aben-al-Baouab étaient estimés et recherchés, copime le sont parmi nous les tableaux de Raphaël.

(1) Les ornements des manuscrits arabes furent longtemps imités, et jusqu'au temps ëe l'imprimerie, parles copistes chrétiens. On voit, par exemple, dans le Diumal du roi René, des inscriptions arabes autour des miniatures qui représentent la passion de Jésus-Christ. Les peintres du bon roi de Provence avaient pris ces inscriptions pour des arabesques, et ce sont des versets du Koran.

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