‹ Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, traitant de la constitution du peuple arabe-espagnol, de sa civilisation, de ses mœeurs et de son influence sur la civilisation moderneChapitre 20 sur 32 · POUDRE A CANON · texte numérisé non relu

POUDRE A CANON

La poudre à canon ne fut d'un usage commun parmi les nations chrétiennes que vers le milieu du xiv® siècle. En France, le plus ancien monument de l'emploi de l'artillerie est de Tannée 1338. C'est un compte du trésorier Barthélémy Drach, cité par Ducange au mot bombarda^ où il est écrit : a A Henry de Faumechon, pour a avoir poudres et aultres choses nécessaires aux canons ^ qui estoient devant Puy-Guillaume (*). )> Ce ne fut que

(^) Dans une intéressante dissertation sur « la poudre à canon et son introduction en France » (Bibliothèque de Vécole des Chartes, tome I, p. 28- 1844) y M. L. Lacabane signale deux petites erreurs dans l'article de Ducange. D'abord, ce n'est pas Puy-Guillaume (en Àuve^^e), mais Puy- Guillem (en Périgord), qui fut assiégé k cette époque; ensuite, comme l'année, pour les comptes de la chancellerie de France, commençait alors à Pâques, et que l'événement est du mois de mars, c'est à l'année 1339 qu'il faut le reporter. Mais M. Lacabane cite un autre document authentique, antérieur de huit mois, qui place bien dans l'année 1338 la première apparition, le premier essai de la poudre en France. Il appartient au cabinet des Titres de la Bibliothèque nationale. Le voici, littéralement copié :

« Sachent tous que je Guillaume du Moulin de Bouloigne, ai eu et receu de Thomas Fouques, garde du clos des Galées duroynostre sire (Philippe VI, de Valois), à Rouen, un pot de fer à traire garros à feu, quarante-huit garros ferrés et empanés, en deux cassez, une livre de salpêtre et demie livre de souffre vif pour fisiire poudre pour traire (tirer) lesdiz garros : desquelles chosses je me tien à bien paie et les promets à rendre au roy nostre sire ou à son commandement, toute fois que mestier sera. Donné à Leure

huit ans après, à la bataille de Créey (1346), que, pour la première fois, les Anglais tirèrent le canon en rase campagne; et, suivant divers passages de Pétrarque [De Machinis et Balistis^ dial. 39), les Italiens, vers la même époque (1344), commencèrent à se servir habituellement de la poudre [*). Il y avait longtemps que les Arabes employaient h la guerre cette terrible préparation chimique. Nous allons appuyer cette assertion d*une série de preuves irrécusables que nous placerons par ordre de dates, en les prenant d'abord aux historieDS arabes, puis aux chroniques espagnoles.

L'historien Ëlmacin (Al-Makyn) rapporte que Hadjy- Agé brûlji une partie du temple de la Mekke avec des espèces de bombes, lors du siège qu'il livra à cette ville dans Tannée 090 [manganis et tnortariis ope naptœ etigm in Cabam jadis illim tecta dimit et in dnerem redegit. Trad. de Casiri). Toutefois ce passage, où se trouve seulement le mot naphte, pourrait aussi bien s'appliquera quelque espèce de feu grégeois. Cherchons plus tard des preuves plus positives. Al-Amrc (ou Al-Amreo), secrétaire de l'émir d'Egypte Malek-al-Sahély, dans un ouvrage écrit avant le milieu du xiii* siècle, décrit ainsi un

(au port (le l'Heure, près Ilarfleur), sous mou seel, le II« jour de jaillet, Tan mil CGC trente et huit. »

(') M. Libri prétend que la poudre fut connue en Italie dès l'année 1326 [Hist, des sciences viaihém. en Italie y tome IV, p. 487). Mais il faut obsen'er qu'après avoir été maîtres de la Sicile jusqu'à la fin du xi® siècle, les Arabes y laissèrent, ainsi que dans La Pouille, sous les princes normands de Sicile, et sous les princes allemands de Xaples, des colonies musulmanes qui subsistaient encore a l'invasion de Charles d'Anjou (1266). Les Italiens, par ces Arabes, comme les Espagnols par ceux de leur pays , ont pu connaître l'usaprc de la poudre plus tôt que le reste de l'Europe.

instrument de guerre : ce Des scorpions (machines à « lancer), liés à Fentour et allumés avec de la poudre de ^initre, serpentent et sifflent, puis, faisant explosion, <( éclatent et brûlent. Il fallait voir l'objet lancé par le <( mangonneau s étendre dans les airs comme un nuage, <{ produire un bruit horrible à Tinstar du tonnerre, et, « vomissant le feu, tout briser, tout incendier, tout ré- « duire en cendre. » [Serpunt, stisurrantque seorpiones circumligati ac nitrato pulvbre incemi, unde explosi fulgur rant ac incendunt. Jam videre erat manganum excusmm velûti nubem pet aéra extendi, ac t(mitru$ instar horrendum edere fragorem, ignemque undequaque vomens, omnia rumpère, incendere, in cineres redigere. Trad. de Casiri.) Ici, r équivoque n est plus guère possible, et ce passage indique plus expressément l'usage de la poudre; car, pour exprimer ce que Casiri appelle nitratus pulvis, Fauteur original emploie le mot malhh-aUbaroud, qui signifie salpêtre (sal petrœ, sel de pierre), et qui est encore actuellement le nom de la poudre chez les Arabes et chez tous les peuples dont les langues sont dérivées de leur langue. D'ailleurs, un manuscrit arabe de notre bibliothèque nationale, daté de Tan 695 de Thégire, et cité par M, Libri (*) explique que cette composition fulminante était formée de baroud, salpêtre, de kibrit, soufre, et de fahm, charbon.

Voici maintenant un passage de Y Histoire des Berbères d'Ibn-Rhaldoun, traduit par M. de Slane : (c Abou-You- <i zef, sultan de Maroc, mit le siège devant Sidjilmesa en

(*) Hist, des sciences mathém. en Italie, discours préliminaire, p. 145, note i.

«Tan de l'hégire 672 (1273 de J.^.)- " dressa contre «elle les instruments de siège, tels que des med/Mjft « (roangonneauxi, des arrada et des hendam k naphte,qiii « jettent du gravier de fer, lequel est lancé de la chambre « du hendam, en avant du feu allumé dans du 6aroiid, pv « un efTet étonnant, et dont les résultats doivent étrenp 4( portés h la puissance du Créateur.... Un certain jour, « une portion de la muraille de la ville tomba par le coup « d'une pierre lancée par un tnedjanyk^ et Ton donna « l'assaut. » — « Voilà, dit M. Reinaud, en citant ce passage dans ses recherches sur les origines de la poudre i canon, dont nous parlerons tout a l'heure, voilà l'eipression bien claire du fait de la poudre servant comme force projective. » On voit en effet, dans le récit d*Ibn- Khaldoun, la poudre, le canon, la mitraille de fer et le boulet de pierre.

Enfin un manuscrit arabe appartenant au Musée asiatique de Saint-Pétersbourg, et qui ne semble pas pouvoir être postérieur aux premières années du xiv* siècle, contient cet autre passage, traduit et cité par M. Reinaud :

« Description de la drogue à introduire dans le madfaa, avec sa proportion : baroud, dix drachmes; charbon, deux drachmes; soufre, un drachme et demi. Tu le réduiras en poudre fine, et tu rempliras un tiers du madfaa\ pas davantage, de peur qu'il ne crève. Pour cela, tn feras faire par le tourneur un madfaa de bois , qui sera pour la grandeur en rapport avec sa bouche. Tu y pousseras la drogue avec force ; tu y ajouteras , soit le bondok, soit la flèche, et tu mettras le feu à l'amorce... gare aux tireurs, fais bien attention. » Il est à remarquer

que le bondok^ ou^ayeline, est une balle , et que le mot fnadfaa est devenu Tuu des noms du fusil chez les Arabes.

Dans notre Join ville, sans remonter aux chroniques latines antérieures de Guillaume de Tyr, d'Albert d'Aiz, etc., se trouve un témoignage à peu près contemporain de celui d*Al-Amré. Il raconte qu en 1S49, pendant la croisade en Egypte , saint Louis , marchant sur le Caire, après la prise de Damiette, et voulant passer une branche du Nil en face des Sarrasins « jeta sur le fleuve une digue flanquée de tours garnies d'archers. Puis il ajoute :

« Un soir a vint que il nous avièrent (amenèrent)

« un grant engin à mal faire... que l'en appelé perrière, « et mistrent le feu grégois en la fonde de F engin... « ils traioient tout droit vers les nues , si que li pylet a (traits, dards, armes de jet, — de pyh) leur chéoient c( tout droit vers eulz. La manière du feu grégois estoit « tele que il venoit bien devant aussi gros comme un ce tonnel de verjus, et la queue 3u feu qui partoit de li a estoitbienaussigrantcomme un grant glaive. Ilfesoit (c tele noise au venir que il sembloit que ce feust foudre « -du ciel... tant getoit grant clarté que l'en veoit parmi ce Tost (l'armée) comme si il feust jour... Toutes les foiz « que nostre saint Roy ooit que il nous getoient le feu M grégois, il tendoit ses mains vers nostre Seigneur, « et disoit en pleurant : « Biau Sire Diex, gardez-moi <i ma gent ! » Et nous estions en grant messaise de cuer ce ( de cœur ) pour ce que les Sarrazins avoient tout conc( froissié (brisé) nos.chas-chastiaux (tours roulantes). ^ Leurs engins avoient si accouplez (s étaient si appro- « chés) aux chauciées que Test avoit fait pour boucher

HISTOIBE DES ARABES

« le flum (fleuve), que nulz n'osoit aler auxchas-chas- « tiaux pour les engins qui getoient les grans pierres et « cheoient dans la voie , dont il avint ainsi que nos deux a chas-ehasliaux furent ars (brûlés). » {Histoire de saint Louis, in-folio, p. 44 et 45.) Il ne faut pas, dans ce récit de Joinville , s'arrêter au mot feu grégeois dont il se sert, faute d'en connaître un autre. Le feu grégeois brûlait , même dans l'eau, mais il n'avait aucune force d'explosion et de projection ; il était lancé, mais il ne lançait ni pierres, ni pylet, et il ne confroissoit pas les châteaux. Celait déjà le inalhk-al-baroud , le soi petrœ, que les Arabes employaient contre les croisés de saint Louis.

Voici maintenant une série de témoignages empruntés aux écrivains compilés par J.Conde, et dont Juan Andrès n'a pu faire usage pour appuyer son opinion : Dans l'année de l'hégire GOl [notre année 1205), l'émyr , Almohade Mouhamad-Aben-Yakoub , assiégeant un chef de révoltés dans la ville d'AI-Mahédra, en Afrique, combattit ses murailles avec différentes machines, « engins et tonnerres... des engins qu'on n'avait jamais « vus... qui lançaient chacun cent énormes jets, et de « grosses pierres tombaient au milieu de la ville, et des « jets de globes de i'er. » [combàtiô sus muros con diferentes jnàquinas, ingenios y truenos... ingénias nrmca vistos. . . que tanzaban cada uno cim énormes tiras , y eayan grandes piedras en média de ta poblacion, y tiros de glabos de hierra. (Conde, parte III, cap. 54.) AusiégedeSéville, par saint Ferdinand, en 1248 , « les assiégés se défen- « daient avec des jets et machines étranges , et les dards « qu'ils lançaient de certaines machines partaient avec Q force qu'ils traversaient les chevaux de part en

part. » (Los cercados se defendian con liras y màquinas extraMs, y los dardos que arrqjaban de dertas màquinas salian cofi tal fuerza que pazaban de un kdo à otro los cavalhs. (Parte lY, cap. 6.) Au siège de Niébla, par Alphonse X, en 1257, les assiégés « lançaient des pierres et des dards « avec des machines, et des jets de tonnerres enflammés. y> [Lanzaban piedras y dardos con màquinas, y tiras de trueno con fuego. (Parte IV, cap 7.) Bientôt les chrétiens, à leur tour, font usage de la poudre contre les musulmans , car , suivant Al-Rhatyb , au siège' de Gibraltar par Ferdinand ly, en 1306, l'armée espagnole a, combat la forteresse avec des engins et machines de « tonnerres. )> (la combatiô con ingénias y méquinas de truenas. — Gonde, parte IV, cap. 14) (*). Ghez les Mores, l'usage de la poudre se développe, et l'on voit de plus en plus clairement paraître l'artillerie moderne. Le roi de Grenade Ismayl combat la ville de Baza, en 1324, <c au « moyen de machines et engins qui lançaient des globes m de feu avec de grands tonnerres , tout semblables aux « foudres des tempêtes , et qui faisaient grand dégât sur « les murs et les tours de la ville. » [Combatiô la ciudad eon màquinas é ingénias que lanzaban globos de fuego con grandes truenas, toda semejantes à los rayas de las tempestades , y hadan grande estraga en los muras y tarres de la dudad, - Conde, parte IV. cap. 18). Le même Ismajfl prend ensuite le fort de Martos (1325) , en le battant « avec un feu continuel de machines de tonnerres. y>

(1] Il faut rappeler, à ce propos, que souvent des Mores prenaient service chez les chrétiens, comme des chrétiens chez les Mores. Les engingniers de Ferdinand IV pouvaient bien être musulmans.

us HISTOIRE DES ARABES

(dm incetante fuego de màquinai de truems (ut supra). Lors du siège de Tarifa par les troupes réunies des rois de F^ et de Grenade, en 1340, les assiégeants « commeo- « cèrent k battre la place au moyen de machines et ea« « gins de tonnerres qui lançaient de grosses balles de « fer avec la naphte^ et causaient une grande destruction « dans les murailles bastionnées. » (Principiaran à owihaUrla con màqmnas é ingenios de truenot que Umzabtm balas de hierro grandes , con nafïa^ eausando gran destrW' don en* sus bien iorreados muros. — Parte IV, cap. 21.) Enfin, pendant le siège d*Algesiras, par Alphonse XI, en 1341 , les Mores détruisaient les ouvrages des chrétiens « avec des balles de fer brâlant qu'ils lançaient avec de la naphte tonnante. )> [Con ardientes balas de hierro que lanzaban con trônante nafla. — Cap. 22). Nous arrivons ainsi à T époque où toute l'Europe fait usage de la poudre à canon.

Les témoignages pris dans les historiens espagnols ne seront pas moins clairs et formels. La chronique d'Alphonse VI, écrite par Pedro, évéque de Léon, et citée par Mexia (Silva de var, lec,, parte F, cap. 8], dit, en parlant d'un combat naval entre Témyr de Séville et celai de Tunis, au xi* siècle : « Les vaisseaux du roi de Tunis « portaient certains tubes de fer avec lesquels ils jetaient « beaucoup de tonnerres de feu. » (Los navios delreifde Tunez traian dertos tiros de hierro con que tirahan mudioi truenmde fuego). Une lettre du roi d'Aragon Alphonse rV, écrite en catalan, dans Tannée 1331, à la municipalité d'Alicantc, pour la prévenir que les Mores marchaient contre cette ville, dit que le roi de Grenade em* porte € beaucoup de dards de fer pour les lancer au loin

■ € avec le feu. » (Moites pilotes deferper gitar les llunyt ab m§0€h. — Zarita, an. de Aragon, lib. yii, cap. 15). CSes wffUotes sont les pylet de Joinville. — La célèbre chroni- É/^qne d'Alphonse XI le Justicier, parlant du siège d'Âlw («siras, cité plus haut, s'exprime ainsi : « Les Mores de »> « la yille lançaient beaucoup de tonnerres contre l'ar- I « mée, sur laquelle ils jetaient des balles de fer grosses i « comme de très-gi*osses pommes, et les lançaient si loin ( « de la ville, que quelques-unes d'elles passaient par- . « dessus r armée, et d'autres frappaient dans l'armée. » I (Los Motos de la dudad lanzaban muehos truenos contra la 1 kueste, en que lanzaban pellas de fierro grandes tamatias eamo manzanas muy grandes, y lanzabanlas tan leaBOs de la eiudad, que pasaban allende de la hueste algunas de elias, e algunas de ellasferian en la hueste. cap. 273). La Baème chronique rapporte, un peu plus loin, que cinq bateaux venant d'Afrique entrèrent dans le port <c char- « gés de farine, de miel, de graisse et de poudre avec « quoi ils lançaient le tonnerre. )» Cargados de harina, de mielj de marUeca y de polvora con que lanzaban del trueno. Cap. 337). L'exact historien Ferreras, jqui raconte minu* tieusement tous les détails de ce siège fameux (tomo YII'' ano 1343 y sig.], rapporte en outre que les balles de fer éclataient avec un grand bruit (daban un grande estadillo); puis il ajoute : « C'est la première fois qu'on trouve « dans notre histoire l'usage de la poudre, car c'était a avec elle que se lançaient les balles. )> (Y esta es la primera ^)ez que se halla en la historia el uso de la pôlvora^ porque coh ella se arrqjaban las balas). Et Cardonne aussi dit, en parlant de ce siège d' Algesiras : a II est étonnant que les Arabes aient fait usage du canon avant les Espa-

mois. Chu panit '!ept!aiiaat assex probable; Marianaai «.'OQvieat. )

Si rinvpQtioa lie I.i poa«ire à canon se fût faite tt Allem.i^n»^. ji^mmeac ?«^ni^4i poiseible qae les Espagndi ea eur?r4^at ippris Tusi^se de» Mores» d'Afrique? C'est pa i Afrii^ue. <?a tftfeC. '.'ttaiinif le démontrent tontes lesdbtÎDUs ppM.'tedeate^. — eatre aatres k récit du si^e d'il- Maheiin por l'Almohade Moahamad-ben-Yakoub, ei 12»^. 1.1 •iescripcioa d aa m:?tniment de guerre frite, î la m*i'aie epi^^ue . par le secrétaire da Soudan d'Egypb llal«ek-;il-Suheiv. le récit d'Ibn-Raldoon, et celui de Joinville, — que les musulmans d'Espagne ont oomn 1 emploi de la poudre et des canons. Tout sembb ?e réunir pour démontrer que la découTerte de oeito c«>aipositioQ meurtrière fut faite originairement par ks Arabes de l'Egypte, où le nitre a toujours été trè&coBmuQ, nb% aynlurittir nitrum niulto abimàantius. Pline, qn fait cette remarque [Hist, nat., lib. iLXXi, cap. 10), ajoute que les E^yptien< employaient le nitre et le soufre cuits sur des charLions fréquenter liquatum nitruma^ salfnre oj^iuentes iu carb«ymbu$) pour fabriquer des vases de terre. II est certaio. d une autre part, que les Arabes >e servaient de la naphte pour brûler les corps ('i. L'em-

.» T-^moÏQ U Liïhc'i^e a!ie'?»iote suivante, tin* Je L'histoire da Barmékyde. ce t'.ivori <i t:r.nn-i il'i khjîyfe HaD?uQ-til-Ra<<'hid : a J'entrai un jour, Hit l'hNtorion Amraai. iians les bareau^ du diwan. et je las snr un regétxe oa^ert : Pour uae khiuih présent d'au \èteiuentd'hoiuiear, coouneaDjourd*hai le oiftmi chez les Turcs donaé à Djatar. ûl$ de Yahyé, fils de Bannek, iOOJ») dinars d'or. •; Etant retourné, pea de jours après, je las au bas de cet article : a Naphte et roseam pour brûler le corps de DjaîVt fils de YabyA, fils de Barmek, 10 kirrats ^an demi dinar). » Après cet ad-

I ploi journalier de ces substances, la naphte, le nitre, le ^ufre et le charbon, amena probablement, soit par le ul effet du hasard, soit par les essais chimiques auxipels se livraient les Arabes, la première découverte

f 4*^1^6 composition qui a dû être employée de plusieurs

î^^tnanières avant qu on imaginât de renfermer dans des tubes de métal, pour quelle en chassât des projectiles par la force d'expansion, avant de lui donner enfin l'usage actuel de la poudre et de créer T artillerie. Cette supposition, parfaitement vraisemblable, explique d'une tàçon simple et naturelle les divers passages précédemment cités. Elle explique aussi comment Ton vit, tout à coup, les armées de l'Europe pourvues de bastom à feu^

^ de bombardes et de canons, sans que l'histoire contemporaine fasse mention des tentatives et des essais qui auraient nécessairement précédé l'emploi de l'artillerie, si l'invention de la poudre eût été faite parmi les nations chrétiennes (*) .

Cette invention fut longtemps attribuée au moine al-

mirable apologue, il est bon, pour en faire jaillir la moralité, de transcrire les vers que Voltaire a faits sur une traduction littérale de Tarabe :

Mortel, faible mortel, à qui le sort prospère Fait goûter de ses dons le charme dangereux , Cpnnais quelle est des rois la faveur passagère , Contemple Barmécide , etr tremble d'être heureux.

(<) On fait généralement venir le mot de canon du latin canna, qui, en effet, ne signifie pas seulement roseau, mais tuyau et tube. En espagnol, l'analogie est bien plus grande, et l'étymologie bien plus évidente. Non du mot cam, jonc, canne , mais du mot cano, tuyau, tube, s'est fait le mot canon, qui n'est que l'augmentatif du premier, et veut dire simplement gros ou grand tube : autre preuve que la chose, comme le mot qui la nomme, est venue d'Espagne.

lemand Berthold Schwartz, qui vivait, dit-OD, à Fribonrg en Brisgau, dans la première moitié du uv* siècle, mû sur lequel il n'existe aucun renseignement précis. L'oi ne sait rien de sa naissance, rien de sa mort, rien des découverte (').

Les Allemands d*un côté, les Anglais de l'autre, M fondant sur divers passages des écrits d'Albert le Gnnd (Albrecht Gross, né en 1193, mort en 1280) et de Rogor Bacon (né en 121 i, mort en 129iS], ont revendiqué Tiiivention de la poudre pour le tnagiciende Cologne etpov l'admirable docteur d'Oxford (>]. Mais il en est de oespas-

(1) Berthold Schwartz n'est point assorément Tinventeur de la poudre; mais peut-être a-l-il inventé les gros canons, les canons de enivre, la tmb artillerie. C'est ce que semble prouver le passage suivant, cité par H. Lanbane, d'un manuscrit de Du Puy, counu sous le nom de Regûtre de LoUikr, et intitulé : « Règlement des monnoies, tant de France qa'estrangères : i

« Le dix-septième mai mil trois cent cinquante-quatre , ledit weàgÊBO Roy (c'était Charles V) estant accrlené de l'invention de faire artiUerie troavée on Allemagne par im moine nommé Bertholde Schwartz, ordonna ans généraux des monnoies faire diligence d'entendre quelles quantités de cûm estoient audit royaume de France, tant pour adviser dos moyens d'iceoi faire artillerie, que semblahlemeut pour cmpescher la vente d'iceiu à estnigers et transport hors le royaume. »

Ajoutons, en passant, que ce mot artillerie, s'employant dès Tannée 1354, ne permet pas d'adopter l'opinion de ceux qui prétendent qae les gros canons furent inventés, en 1384, par le moine Jean Tilleri» lequel aurait donné son nom à cet art nouveau (art-Tilleri) .

(2) Voici, par exemple, un passage d'Albert le Grand :

« Ignis volans : Accipe lil)ram nnam sulphuris , libras duas carfoonom (( salicis, libras sex salis petrosi : quœ tria subtilissime terantnr in lapkle « marmoreo ; poslea aliquid posterius ad libitum in tunica de papyro volante « vel tonitrum faciente ponatur {De mirabililms mundi). )»

Voici des passages de Roger Bacon :

« Quœdam vero auditum perturbant in tantum quod si subito de nocte et « artificio sufficienti fièrent, nec posset civitas, nec exercitns sostinere. Nul-

sages précisément comme d'une autre phrase de laquelle on inférait aussi que Roger Bacon avait inventé les lunettes, et même les télescopes, tandis que cette pbrase se trouve textuellement dans le septième livre du Traité d'cptique (Opticœ thésaurus) de l'Arabe Al-Hacen (Abou- Alf-al-Hassan)« que Bacon a fréquemment cité. C'est ce qu'a prouvé Robert Smith ((7ompteot«]/«tem ofoptiks, lib.i, cap. 3, note 46). Rien au contraire ne vient mieux que ces passages d'Albert le Grand et de Roger Bacon à Tap» pui de Topinion qui attribue aux Arabes l'invention de la poudre. Il faut observer, en eflfet, que les expressions de tonnerre et de salpêtre (sal petrm ou sal petrosus) qu'ils emploient sont précisément celles qu'employaient aussi les Arabes ; il faut observer encore qu'au temps où le fameux évéque de Ratisbonne écrivait sur les Merveilles du monde, ou l'illustre moine composait sa Grande œuvre dans les prisons d'Oxford, c'est-à-dire un siècle environ avant la bataille de Crécy, ils ne pouvaient l'un et l'autre avoir quelques vagues notions de la poudre que par Iqs livres des Arabes, où ils ont puisé leurs vastes connaissances en chimie, médecine, optique, astronomie, et jusqu'à la dangereuse réputation de sorciers.

Dans un livre intitulé : I>u feu grégeois, des feux de

« lus tonitnis fragore posset talibns eomparari... Et ei[peThnentum hujas rei « capimas ex hoc lodicro pue^ili^ qaod fit in multis mundi partibus, scilicet <K nt instramento facto ad qaantitatem pollicis humani, ex violentia illius salis, « quod SAL PETRiE vocatUT , tam horribilis sonus nascitur in niplurâ tam «c modicœ rei, seilicet modici pei^ameni, quod fortis tonitrni sentiatur exce- K dere rogitum, et coruscationem maximam sut luminis jubar excedit (Opus « majus), x>

c( In omnem distantiam quam volomus possumns artificialiter componere c( ignem comborentem ex sale petiub {Epist, ad Paris)**. »

d'artifices... Pour les Arabes» ils ont su produire et utiliser la force projective qui résulte de la détonation de la poudre ; en un mot, ils ont inventé les armes à feu. » Après cette déclaration d hommes si compétents et si consciencieux, je nai plus seulement à m' applaudir d avoir, il y a dix-huit ans, et, je crois, le premier en France, produit, développé, soutenu T opinion avancée par Gasiri et par Andrès, mais surtout h déclarer formellement, après tant d'autorités diverses, que la question nest plus question, que les inventeurs de la poudre et des armes à feu sont les Arabes.

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