‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 105 sur 498 · travailla à des places dans le Nord · texte numérisé non relu

travailla à des places dans le Nord

8. Après avoir entendu sur ce sujet un ancien normalien, un philosophe parisien, qui a nos sympathies, nous reproduisons la physiologie de la nature française qu'a donnée, dans un savant écrit, l'auteur cité au e,»inmencement de ce chapitre, M. A. Rondelet.

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pour n'en pas chercher le rapprochement ou concevoir l'harmonie.

« C'est surtout dans l'ordre social, lorsqu'il s'agit de cette morale qui s'applique non plus à la conduite des individus, mais aux besoins et au gouvernement des peuples, que la hardiesse des hypothèses et la passion des systèmes se donnent toute liberté et toute carrière. Le jeune homme qu'aucune méthode n'a préparé au jugement et au discernement des faits, se trouve tout d'un coup, non point éclairé par une lumière qui l'instruise, mais ému par une pitié qui le touche, souvent entraîné par une passion qui le gagne. Il entend monter du fond de la société des hurlements de haine que, dans sa bonne foi, il prend pour des cris de détresse. Incapable comme il l'est et comme il le demeurera longtemps encore, de faire le discernement entre les maux voulus, châtiment des fautes commises, et les souffrances imméritées, épreuves de la vertu même, rançon de notre imperfection et de notre faiblesse, il ne voit d'autre issue à cette contradiction dont il rêve le fantôme, qu'une reconstruction universelle dont il presse l'avènement, sans tenir aucun compte ni des droits du présent ni des traditions du passé. Alors il prend volontiers ses hypothèses pour des réformes ; et comme il se meut à l'aise dans le vide de son esprit, il ne se rend aucun compte ni des ruines qu'il provoque, ni des chimères dont il se repaît. »

VI. — On ne l'entendait pas ainsi à la Nogarède. On ne disait point, dans cette éducation de famille, qu'on ne « faisait point de métaphysique, et qu'on ne voulait rien avoir de commun avec elle. » Auguste Gleyzes eut-il été bien avancé si, dans sa jeunesse, à son entrée dans la vie, on ne lui eût fourni aucune doctrine, aucun fil conducteur, aucune méthode pour traduire dans l'ordre pratique les vi. 8

114 I/ARIÈGE, IVe PARTIE {suite et fin), CHAP. II.

connaissances acquises par son entendement? Gleyzes se jeta dans le travail, faisant la part d'une certaine rudesse spéciale, qui sera toujours inhérente à notre existence terrestre, caractère que toutes nos conquêtes modernes et notre génie du bien-être ne lui oteront jamais. Lorsqu'on se voue au travail, on est moins tenté de concevoir comme un résultat libre du mauvais vouloir humain, ce qui est l'œuvre mystérieuse des forces fatales. D'humanitaire on devient socialiste outré, si l'on n'y prend garde, et l'on se révolte contre le sic vos non vobis mellificalis, apes. Michelet disait : « Les vignerons font le vin qu'ils ne boiront pas. » Mais la vie n'est que cela. C'est le mystère enfermé dans le travail, car le travail est l'effort individuel d'un moi qui se résout au profit collectif des autres. Lorsque l'ingénieur construit des chemins de fer, c'est moins pour lui que pour les générations qui se succéderont. Est-ce que l'architecte, à qui l'on doit les monuments d'une ville, prétendrait les habiter lui-même? Yoilà l'éducation de famille reçue à la Nogarède ; elle ne laissait pas les jeunes gens « suspendus entre des principes vagues et l'envahissement des réalités que rien n'explique ; » elle ne les jetait pas « dans l'alternative ou de demeurer dans le monde des idées pures, à la façon de Platon et des Alexandrins, ou de se jeter dans la bataille de la vie, sans autre guide que l'emportement de leur impression, sans autre remède que la ressource des expédients. »

Prévenu sur les sévérités de la vie, le jeune capitaine du génie ne se révolta donc pas lors des dangers de la guerre d'Espagne, où il eut à redouter les bandes de Mina. Il fallait aller et venir pour étudier la défense du port de Passages, et les bandes du chef de guérillas, qui occupaient le pays, ne faisaient point quartier aux Français qui tombaient dans leurs mains.

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