‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 23 sur 498 · AVANT-PROPOS. XXIX · texte numérisé non relu

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sans le nommer. L'œuvre ne portait aucune signaturc et nous ignorions alors qu'il fût Fauteur de ce poème, provisoirement signé Maître Jacques, de Pamiers. Au tome 1er des Archéologues, il a été question de Jacques Ourgaud aux pages 682, 683 et 684, à propos de ses Notices historiques sur Pamiers ou le royaume de Frédélas. Mais cette fois, à côté de l'œuvre, le nom de l'auteur ne nous était pas inconnu.

L'historien est heureux de revenir sur ce concitoyen, que nous avons jugé d'après des productions séparées, considérées isolément, et qu'il faut examiner maintenant d'un regard d'ensemble. Dans la complexité de cette nature fort personnelle et d'une haute unité, se rencontrait une diversité très remarquable, dont nous n'avons été informé que dans ces derniers jours. Aussi ne sommes-nous pas étonné que cette physionomie ariégeoise ait paru peu accusée dans les premiers tomes de notre histoire. Poète, savant, administrateur, archéologue, historien, le docteur Ourgaud était une personnalité puissante qui a laissé, dans ies dernières générations du pays de Foix, un souvenir durable.

11 est des talents qui ont, pendant un long temps, une sorte de répugnance à se livrer au public. Timides et exigeants, peut-être inconscients de leurs forces, ils se laissent porter par le flot des années, sauf à recueillir sans cesse des matériaux, des connaissances, le long des rives que côtoie leur barque. Observateurs, s'écoutant vivre eux-mêmes, curieux et avides d'annotations, vienne une circonstance qui les fasse sortir d'eux-mêmes; alors paraîtront les

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trésors amassés peu à peu. L'érudit aura le droit de formuler des synthèses sur les nombreux détails patiemment recueillis pendant vingt ans. Le poète inconscient n'aura qu'à ouvrir son cœur et ses lèvres, pour s'apercevoir qu'il portait en lui un poète ignoré de lui-même. Jacques Ourgaud, le meilleur et le plus loyal des hommes, l'adorateur du pays de Frédélas, fut placé à la tète de l'administration municipale par la confiance publique. 11 était homme à s'intéresser chaudement à ce qui concernait les individus et la cité, on l'avait vu à l'œuvre comme médecin compatissant; mais, à coté de l'administrateur, à côté du citoyen humanitaire et du chrétien sensible, fraternel, on ne soupçonnait pas l'artiste, le lettré, le poète. Or, M*. Jacques Ourgaud reçut chez lui le barde populaire Jasmin, lorsque celui-ci vint dans l'Ariège, en 1854, et fit avec le charmeur d'Agen assaut d'improvisation dans la séance publique qui lut donnée aux habitants de Pamiers. Les vers débités par lui à cette occasion (A Pautou del medici dés paiïvés, per un medici despital) furent imprimés et vendus au profit des pauvres. Mais il est des maladies morales dont on retrouve partout la triste apparition. L'amélioration de la politique en France est longue et difficile à réaliser, parce qu'on se hait trop. Depuis le neuvième siècle, on s'est trop haï, au dire de Philarète Chasles. 11 n'y a pas seulement l'envie et l'animosité des étrangers contre nous ; il faut craindre surtout nos propres dissentiments, nos propres ambitions, et ce besoin de prépondérance absolue que chaque parti dans une nation et chaque individu

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dans la cité, dans le bourg ou le hameau, voudrait tirer à soi.

On dit que l'enfant des faubourgs lyonnais se détourne de mauvaise humeur à la vue de l'agriculteur beauceron. A Pamiers, on se détourna un instant de Jacques Ourgaud. Les ennemis du médecinpoète — il en avait à cette époque — prétendirent que l'auteur, dans sa réponse soi-disant improvisée à Jasmin, avait préalablement piqué ses vers patois au fond de son chapeau.

Ourgaud, mis en verve, publia trois ans après, en 1 857, Y Esprit del tens on la Rébouluciou clé quatrébints-naoû. Nous avons analysé ce poème dans le tome 1er de notre histoire. L'auteur y chante, dans plusieurs odes, la période révolutionnaire jusqu'à la mort de Robespierre. Son père, homme du peuple, conduit à Paris pour y être exécuté (avec Ribaute, Rabot, cultivateur; Menjole Félix; d'Artiguière, de Foix ; Bertrand, de la Bastide; Marion et Martimor, de Mazères ; Bellissen de Castelnau ; Fornier de Savignac; Lagroulée et Belloy, de Tarascon ; Lacvivier; Seré fils; Soléres-Beauce ; Panis, de Pamiers, fut sauvé par le 9 thermidor. Le poète trouve dans son cœur une strophe émue pour saluer ce retour :

Tu tabès, m'es tournai, o vénérable payré, Aquel joun que, des plours, taris anfin lé riou! Tu que de las prézous, nous dizios per adioù : « De jou siox counssoulats, paoùré filh, paoûro mayré ; « En marchan à la mort, les bourreoùs à la caoûs, « Lé cor pur, l'amo fiéro, àDioù son asserbido, « Nou regréti la bido « Que pr'amou de bous aoùs ! »

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Nous avons payé notre tribut à Jacques Ourgaud pour son poème de 1857. Quant à ses vers de 1854, l'illustre Agenais lui-même lui lit cette réponse :

\l medeci-poeto

Dizon que poezio amatigo las penos; Pcl mounde alors, amil, s'es un double Irezor: Poeto et medecil doundes las dios mourenos ;

Garisses l'amo, amay lou coq).

Chel riche endoulourit, dambe tous bers que daoures,

Fas tourna la joyo prêt d'el.

Mais qnan, de rescondous, s'es medeci des paoures,

Nat poemo nou bal aquel.

(Bulletin périodique de la Société ariégeoise des Sciences, Lettres et Arts, juin 1884, page 236).

En même temps que M. Ourgaud faisait acte de poète et d'historien, il publiait plusieurs mémoires sur les eaux thermales d'Ussat, et une brochure sur le traitement du choléra par une substance spéciale. Nous ne voulons insister ni sur le naturaliste, ni sur l'administrateur (maire de Pamiers). L'historien en lui réclame davantage notre attention. Il ne s'est pas enfoncé dans les théories de la philosophie de l'histoire, dans la loi des latitudes ou des climats relative au monde historique ; il n'est ni pour Bodin et Montesquieu, ni pour l'historien anglais Buckle. Esprit positif, il n'aurait pas pu soutenir avec Montesquieu que « la liberté ne s'épanouit que dans les régions froides », — comme si en dehors du Nord les peuples ne goûtaient pas la liberté, — ni affirmer avec Buckle que « l'égalité ne fleurit que sous les latitudes élevées » . D'autres idées ressortent de son

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étude sur les âges féodaux dans sa Notice historique sur P ami ers, et de son poème languedocien sur la Révolution française. Il suffit de parcourir quelques pages de l'historien de Pamiers pour le classer aussitôt parmi les observateurs de la règle et de la mesure dans les jugements historiques. Comment savoir ce qu'a valu une époque de l'histoire en ellemême, si l'historien ne vit de la vie de cette époque, s'il ne se fait en quelque sorte le contemporain des hommes d'alors en même temps que leur juge? Jacques Ourgaud n'avait garde de tomber dans les préjugés inexplicables de Voltaire, selon qui tout était barbare avant le dix-septième ou le dix-huitième siècle. (Voir, dans Y Essai sur les mœurs, comment Voltaire juge le moyen âge. L'historien de la civilisation en Angleterre, Buckle, admirateur de Voltaire, ne l'approuve point dans ses préjugés contre le moyen âge.)

Ne serait-il pas étrange de vouloir retrouver le monde nouveau dans le monde ancien, et d'y introduire les idées et les couleurs des partis de notre temps? Ainsi l'Ariège doit s'applaudir d'avoir eu en M. Jacques Ourgaud un esprit pondéré, un historien imbu de la sagesse et de la justice historiques, qui comprend qu'à mesure que des modifications profondes s'opèrent dans les idées et dans les mœurs, l'historien doit changer de poids et de mesure, quand même les époques seraient assez rapprochées. (Voir les justes observations de M. Francisque Bouillier, dans le Correspondant du 25 janvier 1880.) Sans doute, il reconnaît que l'ancien régime est tombé

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en grande partie sous le poids de ses abus ; il admet moins aisément que les classes privilégiées et le pouvoir aient seuls contribué à ruiner le vieil édifice. Enfin, il semblait élémentaire à M. Ourgaud qu'on ne saurait juger d'après les règles d'un code uniforme et inflexible les premiers et les derniers venus sur la terre, et cependant on voit constamment les écrivains du dix-neuvième siècle s'écarter de cette maxime d'appréciation. « Nous exigeons des hommes vivant dans un autre état de choses, dit Chateaubriand, ce dont ils n'avaient pas même l'idée, a (Préface des Etudes historiques.) Aussi, M. Ourgaud doit être cité comme aussi pénétré en histoire que dans la vie ordinaire du sens équitable.

M. H. Marcailhou d'Aymeric, d'Ax, est encore un Ariégeois qui mérite de notre part un nouveau paragraphe^ après les lignes qui lui sont consacrées dans le tome V- Nous n'avions vu qu'un coté et un petit fragment. M. H. Marcailhou a agrandi son horizon, et c'est notre devoir de le considérer sous les deux aspects dans lesquels il se révèle en ces derniers temps, comme artiste et comme patriote.

Voici l'ensemble des travaux à peu près accomplis jusqu'à cette heure par le docte et laborieux enfant de la cité d'Ax :

Souvenirs et impressions d'un voyage en Italie; pre-

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