AVANT-PROPOS. I.XIV
approbations, nous eussions désiré, nous ne dirons pas le mot vulgaire de stock, mais un programme de poésies plus variées ou un bagage plus considérable. C'est au temps seul à combler cette lacune. Si, après les Ricbepin de toute nuance, l'Ariège a des réalistes comme Frédéric Soulié, n'est-il pas juste qu'elle ait en compensation des poètes spiritualistes avec les Vigarosy, N. Peyrat, Raoul Lafagette, des poètes solidement croyants avec les Achille Labatut, J. Ormières, Latour de Saint-Ybars, et Firmin Rauzy? Mais les poésies du barde d'Albiès ne sont pas encore assez nombreuses, assez variées de sujet, pour que n'importe quel lecteur y puisse trouver le baume à ses ennuis, l'aliment à son âme, la corde correspondante à son état mental actuel. Un livre de poésie, pour être national, doit toucher une quantité infinie de notes, afin de correspondre par son universalité aux nécessités si changeantes et si diverses de l'âme humaine. Sans doute, M. Rauzy touche successivement au monde de l'histoire, à la nature, à la vie, à Dieu. Néanmoins, il n'y a encore à son luth, à sa harpe, que quelques cordes. Qu'il en ajoute quelques autres, et, bien que les légèretés mythologiques, les excentricités de la passion profane lui soient interdites, bien qu'il ne verse pas dans le réalisme exagéré professé par une école a, il n'en deviendra pas moins un poète populaire par l'ensemble plus complet de ses accords, s'il nous aide à gémir, à chanter, à pleurer, à espérer, à nous repentir, à nous élever,
a. M. Ch. Algernon Swinburne appelle l'école naturaliste « lécole des charcutiers».