‹ Histoire des canadiens-français, 1608-1880 [microforme] (volume 3)Chapitre 2 sur 87 · Voir tôme III · texte numérisé non relu

Voir tôme III

3 Voir tout le passag., tôme IV, p. 18, du présent travail. * Après Nicolet, ceci nous semble étre la première mention du Mississipé,

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facilement que c'était la mer Pacifique ; aussi donnèrent-ils aux peuples qu'on leur signalait dans ces contrées mais qu'ils n'avaient jamais vus, le nom de Gens-de-Mer qu'on trouve souvent répété dans les récits du temps. En 1656, le père Dequen fait cette remarque : # On nous a mentionné quantité de nations aux environs de la mer du No:d, que quelquesuns ont appelé les Puants, à cause qu'ils ont autrefois habité sur les rives de la mer, qu'ils nomment OQuinipeg, c'est à dire eau puante, Un Français! m'a dit autrefois qu'il avait vu trois mille hommes dans une assembiée qui se fit pour traiter de la paix au pays des Gensde-Mer.” Ces citations montrent que dès 1653 les Français coi naissaient que le continent se prolongeait à l'ouest neuf journées de chemin au delà du lac des Gens-de-Mer. Peut-être Nicolet avait-il approché des nations de langue algonquine qui, au dire de la Xe/ation de 1653, habitaient les bords de ce lac; en tous cas il avait voyagé dans les terres qui sont au del?, du lac Michigan et qu'il crut être voisines du Pacifique.

L'été de 1654, une flottille de traite conduite par des Outaouais, venant de quatre cents lieues à l'ouest, descendit par la rivière qui depuis porta leur nom : l'Outaouais. Deux voyageurs français les accompagnèrent au retour et ne revinrent qu'en 1656. Il faut ici, croyons-nous, nommer Chouart et Radisson.

Pierre-Esprit de Radisson était fils de Pierre-Esprit de Radisson, de Paris, et de Madeleine Henault. Cette dernière, devenue veuve, s'était mariée à Sébastien Hayet, de là le nom de Hayet-Radisson donné parfois à ses filles du second lit : Marguerite, Françoise et Elizabeth. Toutes trois se marièrent : Marguerite, en 1646, avec Jean Véren de Grand: mesnil, habitant des Trois-Rivières ; Françoise (elle était aux Trois-Rivières en 1650) avec Claude Volant, sieur de Saint-Claude ; Elizabeth (1657) avec Claude Jutras dit Lavallée *, Il est probable que Pierre-Esprit, leur frère, vint en Canada avec elles avant 1647. Sa carrière, très accidentée, appartient à l'Histoire.

Médard Chouart, sieur des Groseillers, né vers 1625, était fils de Médard Chouart, laboureur, et de Marie Poirier, de Charly, paroisse de Saint-Cyr, près la Ferté-sous-Jouarre, en Brie. Il servit d'abord à Tours dans la famille Savonnière de la Troche, dont une file (la sœur Saint-Bernard) passa en Canada avec la mère de l'Incarnation (1630). Deux années après Chouart était à Québec. La mère de l’Incarnation fit “ grande connaissance avec lui,” selon qu'elle s'exprime ; elle le trouva homme d'esprit et sachant se faire valoir. Noël Jérémie‘ dit Lamontagne, qui a bien connu notre aventurier, assure qu'il était “haut et entreprenant.” Chouart entra au service des pères jésuites qui l'envoyèrent dans la région du lac Supérieur. Sa première campagne connue de ce côté est de 1645. Son instinct de découvreur dut s'éveiller immédiatement dans ces courses. La route du lac Supérieur à la

baie d'Hudson, qu'il paraît avoir devinée le premier, devait le conduire à des entreprises qui

1 Ce devait être Nicolet,

? En 1680, à la Pointe-aux-Trembles, se maria Jean Hayet dit Saint-Malo, fils de Gilles Hayet et de Jeanne Hérau, de Saint-Malo. % Etude de M. l'abbé I. A. Verreau, Yowrnul de l'Instruction Publique, 1881, p. 24

* Voir tôme IV, 53, 67, du présent ouvrage.

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lui ont valu un nom dans l'Histoire, De retour sur le Saint-Laurent, il épousa ! (3 septembre 1647) Hélène, fille du pilote Abraham Martin, et veuve de Claude Etienne, En 1649, il fit un voyage en France. Son fils, Médard, dont il sera parlé, naquit en 1651, à Québec, et perdit sa mère bientôt après. Nous avons mentionné le voyage de Chouart en Acadie? (1653). Le 24 août de cette année, il épousa en seconde noces, à Québec, Marguerite Hayet- Radisson, veuve de Jean Véron de Grandmesnil. Le 24 février 1654, il est cité comme sergent-major de Ja garnison des Trois-Rivières, où sa femme se retrouve le 25 juillet 1654 (naissance de son fils Jean-Baptiste) et le 29 mars 1655.

Il n’entrait pas dans les habitudes de Chouart de rester à la maison, même avec le grade de sergent-major et la perspective de faire de temps en temps le coup de feu contre les Iroquois. T.es nouvelles apportées par les sauvages de l'ouest avaient sur l'imagination de cet homme un bien plus grand attrait. Nous concluons de ce qui précède et de ce qui va suivre que Chouart et Radisson furent les deux voyageurs qui s'embarquèrent le 6 août 1654, avec les Outaouais pour aller à la recherche de cette “ précieuse rivière” dont on parlait avec curiosité.

Après Champlain l'exploration des grands lacs et les premières recherches dans le dessein de trouver la route de la Chine et du Japon sont dûs, indubitablement, à l'initiative et au zèle des péres jésuites. Sans eux, les Français dispersés, dès cette époque, dans le sud-ouest, n'y eussent poursuivi que les bénéfices du commerce des fourrures ou se fussent contentés encore plus aisément de la vie nomade, aventureuse, attrayante sous plus d'un rapport, et exempte de soucis, qu'offraient la chasse et la fréquentation des Sauvages. Entre 1635 et 1654, rien ne nous indique au juste les progrès accomplis par les missionnaires et les coureurs de bois, dans le sens des découvertes au delà des grands lacs, mais les récits du temps nous ‘ont voir que les abords de ces nappes d'eau étaient connus et visités généralement. L'imagination est frappée du spectacle de ces Français assez hardis pour pénétrer et vivre dans l'intérieur du continent, jusqu'à trois ou quatre cents lieues de Québec, à une époque où les colons de la Nouvelle-Angleterre perdaient à peine de vue la cheminée de la première maison élevée par eux sur les côtes de l'Atlantique. Les Français obéissant à l'impulsion natu ellc de leur race, avaient déjà entrepris de sonder les mystères de ces contrées étranges et tout nous porte à croire que s'ils n’atteignirent pas le Pacifique un siècle avant La Vérendrye ce fut la faute d'un gouvernement qui les laissa se consumer en efforts extraordinaires mais souvent stériles.

La tradition de la compagnie de la baie d'Hudson, qui paraît avoir été en partie créée par Noël Jérémie dit Lamontagne, veut que Chouart ait pénétré (on ne *récise pas la date) jusqu'à Manitoba et qu'il se soit ensuite rendu à la baie d'Hudson. Ceci ne nous paraît

guère probable ; Chouart a plutôt recueuilli des renseignements sur ces territoires touchant

1 Au mois de novembre-1646 avait été passé, à Québec, son contrat de mariage avec Marie Martin, sœur d'Hélène ci-dessus, Le

mariage n'eut pas lieu, 3 En 1646, Charles de Latour avait assisté au contrat de mariage de Chouart.

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