‹ Histoire des canadiens-français, 1608-1880 [microforme] (volume 4)Chapitre 8 sur 39 · RIVIÈRE DE MIRAMICHY, CHEDABOUCTOU, NÉPISIGUY ET L'ILE PERCÉE · texte numérisé non relu

RIVIÈRE DE MIRAMICHY, CHEDABOUCTOU, NÉPISIGUY ET L'ILE PERCÉE

Miramichy : le sieur Richard Denis de Fronsac, seigneur de Miramichy, rt quatre ou cinq valets,

Chedabouctou : ! Le sieur de la Boulais, lieutenant du roi, est dans un fort qui est au fond de la baie avec quinze ou vingt domestiques ; dans ce lieu 1l y a trois ou quatre habitants qui ont défriché des terres,

Nepisiguy : ! Philippe Enaud 35 ; sa femme qui est une sauvagesse, et 3 ou 4 valets ; il y fait valoir des terres et éleve des bestiaux,

Ile Percée : ! Boissel, sa femme, et 8 enfants.

1 Lamotte, sa femme et 4 enfants.

1 Lespine, sa femme et quatre enfants.

1 Le Gascon et sa femme.

Sommaire : 59 âmes.

Sommaire général de tous ies peuples, hommes, femmes et enfants qui sont au Port- Royal, Cap de Sable, La Haive, Mirliguaiche, Baie des Mines, Rivière Saint-Jean, Pesmonquady, Mégays, Pentagouët, Beaubassin, Miramichy, Chedabouctou, Népisiguy et Ile Percée :

Ensemble des fusils, * res labourées, bêtes à cornes, moutons, cochons : 885 âmes ; 222 fusils ; 986 bêtes à cornes ; 759 moutons ; 608 cochons ; 896 arpents en valeur.

Quarante-trois hommes mariés et treize autres, portent des noms qui ne se trouvent

point au recensement de 161

: dans la même catégorie, il faut mentionner dix-sept femmes

mariées, en tout soixante et treize noms nouveaux.

Les Canadiens sont : les Damours !, Leneuf de la Vallière, Mignot Saint-Aubin, Godin

dit Chatillon, Desorcis, Mercier, Cottard ?, Perthuis, et Chiasson que les recenseurs ont oublié.

Deux sauvagesses sont inscrites comme mariées à des horimes de race blanche‘ ; on

doit y ajouter la femme du baron de Saint-Castin. En somme, quoique l’on dise, les preuves

de métissage sont aussi rares en Acadie qu'en Canada.

D'après les études de MM. Rameau et Poirier, il ne serait venu en Acadie, de 1686 à

1707, qu'une dizaine de nouveaux colons et une autre dizaine par la suite. Voici leurs noms :

Bertin, Boucher, Broussard, Deslauriers, Dorion, Deveau, Forgeron, Héroux, Laplante,

Lacheur, Lavache, Lecouffe, Mouchette, Marchant, Meunier, Pompin, Roger, Samson,

Sacalcupe, Verre, Vigiieau.

La précision est impossible dans ces calculs. Nous nous bornerons à dire que toute la

race acadienne paraît être sortie d'un peu plus de cent chefs de familles établis durant le

siècle et quart qui va de 1604 à 1730, soit une proportion d'un ménage par année,

1 Une concession à la rivière Richibouctou en faveur de Louis Damours des Chauffours, est datée de Québec le 20 septembre 1684.

4 Voir le présent ouvrage, V, p. 76.

3 L'un d'eux, Philippe Enauit, obtint (1693) les terres de Pocmouche qui avaient été concédées à un nommé Delgrais qui, après avoir épousé une sauvagesse ‘* en face de l'Eglise ” avait déserté aux Anglais, En 168$, il y avait à Poemouche un nommé Michel De Grèz, probablement le même, (Voir : Züfres seigneuriaux, pp. 393, 411).

L'intendant s'était convaincu de la nécessité qu'il y avait d'ouvrir un chemin entre le Canada et l'Acadie. Malheureusement, la guerre fit encore ajourner ce projet.

M. de Menneval, fils du baron de Portneuf, fut nommé gouverneur de l'Acadie, le $ avril 1687, à la place de M. Perrot. L'été suivant, M. de la Vallière servait dans les troupes au lac Ontario ; il était encore en Canada cinq années plus tard. Sa fille, Marie-Josette, reçut une seigneurie au bassin des Mines le 3 avril 1689. Une vingtaine de personnes avaient quitté Beaubassin pour retourner en Canada.

Les agressions entre les colonies anglaises et françaises continuaient. Saint-Castin n'avait pu empêcher les Anglais de piller Pentagoët, en 1688. L'année suivante, à la tête de ses fidèles Abénaquis, il amena le fort de Pemaquid à capituler. Ensuite, le fort Charles et Jamestown furent pris et brûlés par les Abénaquis. Ces coups retentissaient même dans les lieux où on ne les ressentait pas directement. Port-Royal vit s'éloigner plus de cent personnes de ses murs de 1686 à 1689. M. de Menneval se lamentait sur la triste situation des choses ; on a dit qu'il ne pouvait se faire à l'existence des colons, mais ce Canadien n'avait pas été élevé dans le luxe ; ses plaintes provenaiert plutôt de sa pr’fonde connaissance du pays ei des dangers dont les Acadiens étaient menacés.

Richard Denys de Fronsac porte le titre de capitaire des gardes du comte de Frontenac à son acte de mariage * (Québec, 15 octobre 1689). Son épouse, Françoise Cailleteau, était Canadienne. Nicolas Denys, son père, obtint en 1690 et 1691, la confirmation de ses droits sur la baie de Saint-Laurent.

Saint-Castin, toujours sur le qui-vive, suivait les Anglais le long des côtes et les repoussait glorieusement — lorsqu'il n'allait pas ravager leurs villages et réduire ceux-ci en cendres. L'expédition du fort Loyal, à l'entrée du Kenebec, fut un coup de main heureux que M. de Portneuf, agissant comme gouverneur de l'Acadie, et Saint-Castin comme chef des Abénaquis, accomplirent (1689) et qui effraya le plus les colons de la Nouvelle- Angleterre.

Nous avons dit un mot, dans un chapitre précédent, de la prise de Port-Royal par Phipps (1690), de l'enlèvement de De Menneval, de l’arrivée de Portneuf et du rétablissement (1691) du drapeau français en Acadie. M. de Portneuf avait servi en qualité de lieutenant sous M. de Repentigny, au lac Ontario, en 1687. Son attaque contre Portland, au printemps de 1690 a été racontée ; il en rapporta un drapeau qui fut suspendu dans la cathédrale de Québec avec celui de Phipps. Le 27 mai (1690) voulant entrer à Port-Royal sur un petit bâtiment qu'il montait avec François-Marie Pe:rot*, il distingua, aux manœuvres d'un navire qui courait sur lui, que la place était au pouvoir des Anglais, et, en compagnie

de Perrot, gagna la terre en abandonnant son bâtiment. Perrot s'endormit dans les bois et

1 M. Rameau cite des Canadiens qui paraissent s'être établis après 1686, mcis passagèrement, Ce sont : Pothier, Chartier, Meunier et Genaples de Bellefonds.

? M. de la Vallière, présent au mariage de Denys, siccéda à ce dernier, l’année suivante, dans le grade de capitaine des gardes,

# Perrot était resté en Acadie où il s'occupait de commerce,

er ne

fut pris par les Anglais. Portneuf passa en France!, proposa au: ministre de reprendre Port- Royal, reçut la commmission de gouverneur de l'Acadie et arriva à Québec, au commencement de juillet 1691, sur le Soi! d'Afrique que commandait un Canadien, M. Denys de Bonaventure *, Frontenac les retint jusqu'au 24 août ; tout deux mirent pied à terre À Port- Royal, accompagnés de cinquante soldats, et y plantèrent le drapeau français : les Anglais avaient quitté la place depuis quelque temps déjà. M. de Neuvillette, frère de M. de Portneuf, apporta ces nouvelles à Québec (6 novembre) ajoutant que Portneuf était allé se fixer à Jemsec, sur le fleuve Saint-Jean. Phipps envoya contre Jemsec, l'année suivante, trois navires avec quatre cents hommes qui furent repoussés, Sur la fin de l'été de la même année, d'Iberville et Denys de Bonaventure allèrent attaquer les forts du Maine ; Villebon, qui paraît avoir eu en ce moment le commandement de l'Acadie, leur envoya Portneuf avec deux officiers, des Canadiens et des sauvages. L'entreprise ne réussit qu'à demi,

Deux filles de M. de la Vallière se marièrent en 1692. La première, Marie- Josette, était celle qui possédait une seigneurie au bassin des Mines ; elle épousa (15 septembre, à Repentigny) Jean-Paul Le Gardeur de Saint-Pierre, seigneur de Repentigny. La seconde, Judith, épousa (9 avril, à Québec) Sébastien de Villieu, lieutenant du détachement des troupes dites de la marine, fils de Claude-Sébastien Le Brassier de Villieu, établi à Québec avant 1671.

Le bassin des Mines était dans une période de progrès ; Beaubassin demeurait stationnaire. M. de Villieu qui, désormais, réprésentait dans ces deux localités, les intérêts de la famille de sa femme, se rendit à Beaubassin vers la fin de l’année 1693 et s'y fixa. La Hêve ne renfermait, cette année, que sept habitants ; les Acadiens ne se sont pas multipliés dans ce canton, d'ailleurs peu propre à l'agriculture ; les Anglais y formèrent, bientôt après 1710, la majeure partie de la population.

Le recensement de 1693 constate le nombre de ménages suivants : Pentagoët trois, fleuve Saint-Jean sept, Port-Razoir cinq, cap Sable cinq, Beaubassin vingt, les Mines cinquante-cinq, Port-Royal quatre-vingt-huit ; en tout mille et neuf âmes. Il y avait deux cents fusils, soit un peu plus d'un par famille, Dix-huit cents arpents étaient sous culture, à Port-Royal, Beaubassin et les Mines.

On a appelé “seigneuries sauvages ” les concessions de terres faites à des officiers ou à des particuliers qui, au lieu d'établir des habitants, s'occupaient de la traite et vivaient au milieu de leurs employés comme des barons du moyen-âge. Tels étaient Denys de Vitré, Denys de Fronsac, Denys de Bonaventure, à Chédabouctou et à Miramichi ; Charles de Latour au cap Sable ; Muis d'Entremont à Pobomcoup ; Aubin-Mignot à Passamacadie ; Damours des Chauffours à Jemsek ; Damours de Freneuse à Nashouak : Damours de Clignancourt à Ekoupag ; Saint-Castin à Pentagoët. Les Abénaquis, les Micmacs, les Maléchites et les

Etchemins regardaient ces chefs français comme leurs alliés et les suivaient à la guerre, Or,

? 11 arriva à la Rochelle, le 21 janvier 1691, sur la Æ/ewr de May, capitaine J'avelan de la Tremblade, Un officier, parti de Québec, lui avait confié Ja relation officielle du siège de cette place psr Phipps. ? Ee 1689 cet officier est désigné avec le titre de lieutenant du roi Acadie,

en Acadie, la guerre existait pour ainsi dire en permanence ; il en résultait que, si d'une part les colons de Port-Royal, de Beaubassin et des Mines étaient en-petit nombre, d'un autre côté les bras des sauvages ne manquaient point pour défendre la province contre les incursions de ses voisins. Saint-Castin et les autres ‘ seigneurs sauvages ” enrôlèrent et maintinrent sous le drapeau de la France “ ces masses tatouées et couleur d'acajou qui faisaient trembler les airs de leurs chansons guerrières.” Les échos du Maine et du Nouveau- Brunswick retentissent encore @e leurs cris de triomphe.

La carrière de Saint-Castin est la plus connue de celles de tous ces capitaines. Ce n'est pas ici le lieu de la raconter en détail. Il suffira de dire que son mariage avec Mathilde, fille du grand chef Abénaquis Madockawanda n'a pas peu contribué à répandre la légeude des officiers français alliés à des sruvagesses. Examen fait, on trouve : bien avant Saint-Castin, Charles de Latour marié à une sauvagesse, dont l'unique fille épousa Martignon d'Arpentigny ; ensuite, vers 1686, Enaud marié à une sauvagesse, et vingt ans plus tard Muis

d'Entremont marié à une fille de Saint-Castin. La femme de Le Borgne était une fille de

Charles de Latour, issue du mariage cd: celui-ci avec une Française. Quant à MM. de

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= + . : ; , ‘ | Chambly, Joybert de Marson, Damowurs, . u“ \ère, ils avaient épousé des Canadiennes ; les fils du baron de Bécancour ne se mariè:. pas avec des sauvagesses, Enfin M. de

Villieu, le dernier en date, prit pour femme la fille de M. de la Vallière. Denys de

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Fronsac ! se maria deux fois : avec Anne Parabego (peut-être une sauvagesse), ensuite avec

Françoise Cailleteau. En Acadie comme en Canada, l'administration voyait d'un mauvais œil les alliances de ce genre avec les familles des indigènes. Il n’en fallait pas davantage

pour retenir les officiers. Sur le bruit qui courut que les Damours et les Denys avaient des

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tendances à se mésallier de la sorte, il y eut enquête et grand déploiement d'autorité à Québec. D'ailleurs, les sauvagesses n'ont jamais été aussi attrayantes que les écrivains européens ont voulu le faire croire.

Plusieurs seigneuries avaient été concédées dans les vastes territoires de l’Acadie de 1683 à 1690. Les voici pour la plupart : 1683, à Charles Aubert de la Chesnaye, marchand de Québec, pour ses enfants Antoine et Marguerite-Angélique, le lieu nommé Madoueska, près le fleuve Saint-Jean, avec le lac Ceumisouta (Temiscouata). 1687, à Boislery Noël, contrôleur de la marine et des fortifications dans la Nouvelle-France, le cap Saint-Louis, entre les rivières Margouich et Menehik. 1688, à Denis Riverin, marchand de Québec, le cap Chatte. 1689, à Michel de Grèz, habitant de Pc emouche, proche Miscou, dans la profondeur de la rivière de Pocmouche, à commencer à son embouchure dans la baie des Chaleurs ; à Marie-Josette Leneuf de la Poterie, dans la baie des Mines ; à Mathieu Martin, premier * né en Acadie, la terre qu'il à nommée Saint-Mathieu, en sauvage Oüecobeguy, au fond du

bassin des Mines ; à Pierre Chesnet, sieur Dubreuil, Kenibecachiche, sur le fleuve Saint-

1 11 périt en mer (1694) sur le Saint-François, 2 L'acte de concession s'exprime ainsi ; d'après les recensements, Mathieu Martin serait né en 1638.

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Jean ; à Vincent de Saint-Castin, le long du fleuve Saint-Jean, joignant Jemsec. 1690, à François Genaples, sieur de Bellefond, notaire à Québec, le lieu appelé les Longues-Vues, près Jemsec ; à Jean Gobin, marchand de Québec, à la rivière Nipisiguit, baie des Chaleurs, voisin de Denys de Fronsac ; à Pierre Le Moyne d'Iberville, près le sieur Gobin, tirant partie au nord-ouest, la rivière Ristigouche comprise.

M. de Villieu était toujours à Beaubassin. On l’accuse d’avoir mené les affaires haut la main et de s'être montré peu colonisateur. Etait-ce l'exemple des Damours et des Der.ys qui l'attirait vers le commerce, ou celui de Saint-Castin vers les aventures ? En tous cas, # avait servi dans le régiment de Carignan et tenait À manier le mousquet autant que la charrue. Sa campagne contre Pemaquid (1694) entreprise par l'ordre de Villebon, attira les regard sur lui, Il brûla soixante fermes, tua plus de cent Anglais et amena vingt-sept prisonniers jusqu'à Montréal, après une marche de deux cent cinquante lieues.

D'Iberville et Denys de Bonaventure avaient reçu instruction de prendre et raser Pemaquid. De bonne heure, au printemps de 1696, ils parurent dans les eaux de l’Acadie, prirent un bâtiment anglais et arrivèrent devant Pemaquid le 14 août. Saint-Castin les y rejoignit avec deux cents sauvages. Villebon leur envoya Villieu et Montigny à la tête de vingt-cinq soldats. Le fort enlevé, d'Iberville gagna la haute mer; Villieu détruisit les fortifications des Anglais et se retira à Pentagoët, mais une frégate, partie de Boston dans le dessein d'effectuer une échange de prisonniers, trouvant Villieu presque seul l'enleva. On dit que cet'officier écrivit de son sang un billet à M. de Frontenac et que par l'intervention de ce dernier, on le relâcha, après une courte mais dure captivité.

Boston s'émut de ces coups rapides et incessants. Le colonel Church parut aux environs de Beaubassin, dans les premiers jours de septembre 1606 avec sept navires. Les colons se réfugièrent dans les bois. Au bout d'une semaine, ayant brûlé l'église, plusieurs maisons et tué des bestiaux, il alla attaquer le gouverneur Villebon à Jemsek ! sur le fleuve Saint-Jean”, mais il y perdit du monde (18 octobre) et reprit la mer, où il n'était pa: tout à fait en sureté à cause des corsaires qui, bien que peu nombreux, coupaient la route des vaisseaux en destination des colonies anglaises. On cite Robineau, de Nantes, François Guyon, et Baptiste dont le véritable nom était Pierre Maisonnat, Les Aventures du chevalier de Beauchéne, écrites par Le Sage, racontent en détail la vie de ces flibustiers, combattant à leur manière sous le drapeau de leur patrie tant que durait la guerre entre les couronnes.

Cette guerre, commencée en 1689 se termina en 1697 par le traité du Ryswick. L'Acadie, qurique dépourvue de troupes régulières, avait maintenu sa position. Elle restait française. Beaubassin ne , rit que deux ans pour se relever de ses ruines.

L'ère nouveïie s'ouvrit par une mauvaise récolte. Il fallut envoyer chercher de la farine

à Boston pour nourrir les quelques soldats de la colonie, On fut près de deux ans sans avoir

! En 1695, sur ce fleuve, il y avait dix familles, savoir : Jemsec une, Fréneuse sept, Naxouat où Nashouak, deux ; en tout huit maisons, quarante-neuf âmes.

? Neuvillette assistait son frère, ainsi que René d’Amours de Clignancourt, seigneur de Jemsek,

de convoi de France, et encore le ministre se fâcha-t-il bien fort en apprenant qu'on avait osé acheter des provisions chez les Anglais |

Les seigneuries concédées de 1691 à 1697 sont les suivantes : 1691, à Marie-Françoise Chartier de Lotbinière, veuve du sieur de Marson, commandant de l'Acadie, une terre près celle de Damours des Chauffours, vis-à-vis Jemsec ; à Jean Meunier, “qui a été pillé par les Anglais et désire s'établir en lieu sûr,” Maricadeouy, environ cinq lieues au-dessous de Pesmoncady tirant vers le nord-est ; à Mathieu De Goutin, écrivain du roi et lieutenant général en Acadie, Mouscoudabouet, 1693, à Paul d’Aiïlleboust de Périgny, l'île du Grand Menane, à l'entrée de la baie Française ; à Philippe Esnault, habitant de Nipisiguit, la rivière Pocmouche, avec la concession de Delcrais ou De Grèz. 1695, à Bernard D'Amours des Plaines, la rivière Canibeckechiche, affluent du fleuve Saint-Jean ; à Mathieu de Goutin, la pointe aux Chênes, fleuve Saint-Jean ; à Michel Chartier, habitant de l'Acadie, la rivière Descoudet. 1696, à George Renard sieur Duplessis, commis en ce pays de M. Lubert, trésorier général de la marine, la baie de Cocagne ; à René Hubert, la rivière du Pabo ou rivière Duval, baie des Chaleurs ; à René Deneau ou Deniau, le port Daniel, baie des Chaleurs. 1697, à Charles Denys de Vitré, conseiller au conseil souverain, la rivière Articogneth, tirant vers la concession du sieur Noël, baie des Chaleurs : au sieur Outlas (Jean Outlan ?) depuis la rivière Articougneth, tirant vers le petit passage de Canceaux ; à Mathieu de Lino, marchand de Québec, vis-à-vis l'île Saint-Jean, sur la côte de l'Acadie, depuis la concession du sieur Duplessis, trésorier de la marine, dans la baie et la rivière de Cocagne, tirant vers M. de la Vallière ; à Paul Dupuy, lieutenant particulier de la prévôté de Québec, à côté des sieurs Lino et La Vallière ; à Marc-Antoine de Cottentré, lieutenant aux troupes de la marine, depuis le sieur Outlas, tirant vers le petit passage de Canceaux ; à Barthelemy-François Bourgonnière sieur de Hautteville, secrétaire de M. de Frontenac, entre Pentagoët et le fleuve Saint-Jean, au-dessous d’Adouaquet et remontant ar: nord audessus de Nesquet— ce fief sera nommé Villeclaire ; au sieur Le Gardeur, lieutenant aux troupes de la marine, à commencer à la rivière Quiquischeoubegouet, borne du sieur de la Vallière, jusqu'à la rivière du Memehec— ce fief sera nommé Tilly ; à Charles Genaples, sieur de Vilrenard, depuis la seigneurie de Menouat jusqu'à la rivière Skouteopkek, fleuve Saint-Jean ; au sieur de la Croix (la Grois ?) la rivière Bonaventure, tirant d'un côté vers Quisquaperiac et de l'autre vers Papériac, baie des Chaleurs ; à Jacques Cochu, la Grande- Rivière, depuis le Grand Pabo appartenant à René Hubert, tirant vers le cap Espoir, vers l'ile Percée.

Beaubassin renfermait trente ménages en 1698 et possédait un prêtre résidant, M. Trouvé, ainsi qu'un récollet, M. Noinville qui évangélisait les sauvages à l'ouest de la baie Française. C'est dans cette direction que se dirigea (1698) un Acadien, Pierre Thibaudeau,

qui fonda ‘Chipody, nouveau centre d'où partirent les familles qui se sont répandues dans le

1 Plusieurs autres prêtres et religieux sont mentionnés en Acadie, de 1670 à 171%

Nouveau-Brunswick, à l'est du fleuve Saint-Jean. Jemsek reçut aussi vers ce temps un ou deux colons. Villebon avait avec lui une soixantaine de soldats ; il rétablit le fort Nashouack, à l'embouchure du fleuve Saint-Jean. Villebon demeurait alors à Pentagoët.

Les Sauvages da l'Acadie, pas plus que les Iroquois en Canada, ne reconnaissaient le traité de Ryswick ; ils menaient la guerre aux Anglais, mais privés de l'assistance des Français, leurs armes n'étaient pas toujours victorieuses. En 1699, dix compagnies de troupes régulières, sous les ordres de Wallis et Bradford, tuèrent dans un combat sept cents Abénaquis. Ce désastre détermina plusieurs groupes de familles à se réfugier sur les bords du Saint-Laurent, où, depuis une vingtaine d'années leurs parents avaient formé des bourgades, à Bécancour et à Saint-François du Lac.

La situation de l'Acadie était alors celle d'une province assez mal gouvernée mais qui pouvait compter sur la valeur morale et l'esprit patriotique de son peuple. Des réformes étaient nécessaires dans la région purement administrative. Il y avait lieu d'espérer qu'elles se produiraient un jour ou l’autre. Le fond, l'habitant, l'Acadien, était admirable, L'instinct de cette nouvelle race éclose au soleil de l'Amérique se portait vers la culture des champs. Ses mœurs honnêtes et paisibles, malgré les cris d'alarmes qui la surprenaient si souvent, lui garantissaient un avenir prospère. Son tempéramment avait suL. l'influence de ce milieu étranger : il cessait d'être européen et se transformait comme celui de ses frères du Canada. L'habillement, le logis, la nourriture, appropriés à des besoins qui n'étaient plus ceux de la France, lui donnaient un caractère à part. Un nouveau type se formait dans la grande famille humaine. L'art du cultivateur même se modifiait dans ces lieux dont la forme physique s’écarte notablement des proportions et de l'état de ceux de la mèrepatrie. Comme sur les bords du Saint-Laurent, le colon avait échelonné ses terres en suivant la ligne d'eau, mais en Acadie, les rivages sont plats dans les endroits les plus riches, et tout un genre d'agriculture naquit de cette condition imposée par la nature. Le bassin des Mines, Chipody, Petitcoudiac sont des exemples de l'industrie savante et tenace des Acadiens. Leurs barrages contenaient les flots de la mer. Ce qu'il fallait de travail et de calcul pour les rendre efficaces est un problême qui intrigue les hommes d'aujourd'hui. Quelles récoltes surabondantes donnaient ces terrains, engraissés depuis des siècles par les dépôts de l'océan ! Aussi voit-on que les ravages d'ennemis nombreux et impitoyables ne retardaient guère le développement de ces jeunes paroisses. L'année qui suivait une razzia amenait l'abondance, et comme les courages ne faiblissaient jamais, tout reprenait vigueur en attendant des jours ou plus sereins ou plus mauvais. Les jours mauvais sont nombreux dans l'histoire de l’Acadie.

Le Borgne de Belle-fsle, représentait à Port-Royal ? M. de Villebor : c'est lui qui reçut le commissaire de marine, M. de Fontenu, envoyé pour dresser un rapport sur l'Acadie, Il

fut décidé de réparer les fortifications de Port-Royal et d'y rétablir le siège du gouverne-

1 En 1698, Port-Royal comptait quatre-vingt dix-huit ménages ; en 1701 soixante et six,

< 4— mr LS

ment, Ces travaux étaient à peine commencés lorsque M. de Villebon mourut (juillet 1700} et que M. de Brouillan arriva comme gouverneur (20 juin 1701) ; l'année suivante éclatait la

guerre dite de la succession d’Espagne. Avec toute la diligence possible, l'Acadie ne

pouvait être mise en état de défense, car ses forts, qui n'avaient jamais valu grande chose, tombaient en ruine, à la suite de trois ou quatre années de paix.

Jacques Brouillan, né en 1655, était capitaine au détachement des troupes de la marine entretenues en Canada, lorsqu'il fut baptisé, à Québec, le 27 décembre 1687. De 1690 à 1700 { il commanda à Plaisance, île de Terreneuve. Dans la campagne de 1696 où lui et d’Iberville prirent et rasèrent Saint-Jean de Terreneuve, il se brouilla quatre fois avec d'Iberville et ! quatre fois se raccommoda malgré lui. Il fut fait chevalier en 1698. Sous son gouvernement, 4 en Acadie, on voit figurer les officiers dont les noms suivent : Villieu, major, Denys de ( Bonaventure, lieutenant du roi ; les capitaines de Gannes de Falaise, De le Boularderie, De É Chacornade et Dupont-Duvivier ; les lieutenants Clément de Montainville, de Gannes de Falaise et Saint-Pierre ; les enseignes Neuvillette, De Teinville et l'ingénieur Lobat.

Une prernière attaque des Anglais sur Pentagoët fut repoussée (1703) par Saint-Castin et Alexandre de Beaubassin, fils de M. de la Vallière. Peu après, Saint-Castin s’empara de 3 Casco. Vers l'automne de 1704, une croisière, partie de Boston pour venger le massacre de Deerfeld, détruisit Pentagoët, inquiéta les Mines et opéra quelques déprédations à Beaubassin. Trois années s'écoulèrent dans l'expectative d’une invasion en règle. | É

Les quatre dernières seigneuries concédées en Acadie sont de 1703 et 1707. Cette première année, Thomas Lefebvre, interprète de langue abénaquise, reçut l'endroit appelé Koucsanouskek, au bord de la mer, au nord de la pointe de Meniekec du côté de la rivière Saint-George. En 1707, Charles Morin concéda l'entrée de la r vière des Loups-Marins (en sauvage Pippe Chosseke) qui sort de la Ristigouche— ce fie: devait se nommer Cloridar. ! Pierre Haimard, marchand de Québec, eut la pointe de Passepibiat, dans la baie des Chaleurs. Le capitaine de Viliieu, prit l'espace qui se trouve entre le cap le plus proche LS de la baie de Chipeoudy au nord-est, en descendant au sud-ouest, l'île aux Meules comprise.

En 1707, Port-Royal renfermait cinq cent cinquante-quatre âmes ; les Mines six cent vingt-huit ; Beaubassin deux cent soixante-et-dix ; Chipody cinquante-cinq, et on en 4 comptait trois cents répandues dans les autres seigneuries. Ceci ne comprend pas les Sauvages. Les fusils appartenant aux colons ne dépassaient pas deux cents. Trois cent cinquante hommes au plus étaient d'âge à porter les armes. Les Sauvages amis, très réduits en nombre et dipersés sur de vastes territoires, étaient, au dire de M. de Brouillan, diffciles à

rassembler.

M. de Brouillan, passé en France l'hiver de 1704, avait laissé le commandement de l'Acadie à Denys de Bonaventure, qui eut pour successeur M. de Subercase, l'automne de 1705. Daniel d'Auger de Subercase, officier au régiment de Bretagne, était arrivé en Canada l'année 1687 ; en 1688-09, il commandait le camp volant de Lachine ; en 1690,

il servait à l'île d'Orléans ; en 1693, il était garde-magasin ; 1694 nommé major ; 1696

faisait les fonctions de major-général dans l'armée du lac Ontario ; 1697 il est cité comme capitaine et major des troupes en Canada ; 1698 figu:+ Boucherville ; 1702 commande à Plaisance ; 1705 bat les Anglais à Terreneuve, et est fait chevalier. Tel était l'homme qui devait défendre l'Acadie, dans les circonstances les plus critiques de son histoire. L'Acadie n'avait pas reçu de secours de France depuis trois ans, lorsque, au mois de mai 1707, le colonel March partit de la Nouvelle-Angleterre avec vingt-trois vaisseaux portant deux régiments, pour détruire Port-Royal. Cette place renfermait moins de trois cents hommes en état de porter les armes — et encore étaient-ils peu disposés à s: hattre à cause de l'abandon dans lequel la mère-patrie les avait laissés. Les brèches des murs étaient toujours ouvertes. Le 15 juin, arrivèrent soixante Canadiens ? commandés par Louis Denys de la Ronde ; quelques heures plus tard, à la grande surprise des habitants, parut la flotte du colonel March. Anselme de Saint-Castin ? accourut avec ses sauvages ; de même Pierre Morpain, corsaire de Saint-Domingue, les Latour, les d'Entremont, les Damours, et un nommé Lejeune dit Briar, fameux coureur de bois marié à une sauvagesse. Après plusieurs combats, dans lequel les Anglais eurent plus de quatre-vingts hommes tués et grand nombre de blessés, ils se rembarquèrent, le 17, très humiliés et se reprochant les uns les autres ce pénible échec. Néanmoins, ils avaient fait beaucoup de mal aux alentours de la ville et la disette sévit bientôt au milieu des Acadiens et des Sauvages, déjà tant éprouvés depuis plusieurs années. Les deux héros de la belle défense de Port-Royal ne tardérent pas à se marier, Saint-Castin, épousa (31 octobre 1707) Charlotte Damour:, fille de Louis Damours Deschauffours ; le 4 décembre Alexandre le Borgne de Belle-Isle épousa Anastasie de Saint-Castin®; le même jour, Philippe Muis d'Entremont (fils de Jacques) épousa Thérèse, autre fille de Saint-Castin. Louis Denys de la Ronde se maria, à Québec (20 juillet 1709) avec Louise Chartier de Lotbinière ; de 1710 à 1718, ce ménage demeura au

cap Breton ; en 1720, il était retourné à Québec.

Ayant repris la mer en 1708, Pierre Morpain amena de Saint-Domingue un chargement qui fut très utile à Subercase, puis, en moins d'un mois il coula quatre navires anglais, en prit neuf autres et rentra à Port-Royal. Au commencement de 1709, ce fut bien pis ; il rencontra un navire de guerre beaucoup plus fort que lui, l'attaqua et le prit après avoir tué son capitaine et plus de cent hommes. Il y eut fête à Port-Royal, et au milieu de ces réjouissances Morpain épousa (13 août) Marie, fille de Louis Damours des Chauffours ; ensuite il remit à la voile et dans cette seule année captura trente-cinq bâtiments avec quatre cent soixante et dix Anglais, qui furent échangés à Boston l'hiver 1709-1710, contre quelques prisonniers français. Le commerce de cette dernière ville dépérissait, Un orage se

! Voir les aventures du chevalier de Beauchêne, racontées par Le Sage.

2 Son père, parti pour la France en 1701, était alors (1707) Âgé de soixante et dix ans selon M. Rameau ; cinquante-sept, d'après M. Petit, officier au régiment de Carignan — si toutefois il vivait encore, car en 1708 on parle de lui comme s’il était décédé depuis longtemps.

3 M. Rameau donne à la femme du baron Vincent de Saint-Castin le nom de Marie-Melchide Pidikwamiscou, et dit qu’elle assistait aux mariages de ses enfants en 1707.

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forma, comme on pouvait s'y attendre. Le 5 octobre 1710, le général Nicholson se présenta devant Port-Royal avec cinquante et un bâtiments et trois mille cinq cents hommes de troupes. Durant neuf jours, Subercase résista à toutes ces forces, lui qui n'avait pas trois cents hommes, habitants ! compris, à sa disposition. Saint-Castin, accompagné de quelques sauvages tenta l'impossible pour seconder les efforts de la place, Les corsaires étaient en course bien loin, on ne pouvait compter sur eux. Enfin, le 16, Subercase capitula, sortant avec les honneurs de la guerre et vendant, chose curieuse, son artillerie à Nicholson, qui la lui paya sept mille cinq cents livres — pour acauitter les dettes du roi de France. Dès le lendemain la flotte anglaise fournissait des vivres aux habitants, car la disette était extrême. Saint-Castin accompagna l'officier qui se rendit à Québec, au nom de Nicholson, annoncer la prise de Port-Royal. “ La garnison, dit M. Rameau, et les officiers, au nombre de cent cinquante-six hommes, furent embarqués pour la Rochelle ; les employés, quelques marchands et engagés et même un petit nombre d'habitants qui voulurent profiter de la capitulation se firent transporter à Nantes où ils arrivèrent le premier décembre 1710 ; le tout formait deux cents cinquante-deux personnes, y compris les femmes et les enfants. On comptait au reste parmi eux fort peu d'habitants, car en comparant le recensement de 1707 et celui de 1714, qui sont l'un et l'autre nomina"x, on retrouve dans le second toutes les familles citées dans le premier, à l'exception de dix-neuf parmi lesquelles quatre avaient quitté Port-Royal, pour aller à Chipody ou aux Mines ; on ne peut donc pas évaluer à plus de quinze le nombre des familles qui retournèrent en France à cette époque, et ces familles étaient toutes d'un établissement récent dans le pays, il est facile de s'en convaincre par l'étude des recensements ; de sorte que toutes les vieilles souches acadiennes demeurèrent sur les héritages où leurs pères vivaient déjà depuis trois ou quatre générations. ” L'année suivante, la population se soumit à l'Angleterre et en 1713 les droits de cette puissance

furent reconnus sur toute l'Acadie par le traité d'Utrecht.

1 Charles de Latour, du cap Sable fut dangereusement blessé à ce siége,

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