‹ Histoire des catacombes de RomeChapitre 16 sur 172 · QUANDO FACTA FUIT II.EC · texte numérisé non relu

QUANDO FACTA FUIT II.EC

ECCLE5IA.

« Sur cette table de porphyre furent divisés les ossements des saints Apôtres Pierre et Paul -et pesés par le B. Sylvestre, pape, en l'année du Seigneur trois cent dix-neuf, quand fut faite cette église. »

Il résulte de ce fait que les princes des Apôtres sont

tout àla fois réunis et divisés. Pourquoi cela? En les réunissant dans le même tombeau, Rome a voulu confondre dans les hommages de la terre ceux qui, après avoir soutenu les mêmes combats, jouissent maintenant au ciel delà même couronne. En les laissant chacun dans le lieu de son martyre, elle a voulu immortaliser le théâtre de leur glorieuse victoire, comme en les plaçant tous les deux à l'orient et h Toccident, images du temps qui commence et du temps qui finit, elle a voulu mettre sa jeunesse et sa vieillesse sous la garde puissante de ceux qui furent ses fondateurs et qui doivent être pendant toute la durée de son existence ses protecteurs et ses modèles K

Les deux Basiliques de Saint-Pierre au Vatican et de Saint-Paul sur la Voie d'Ostie forment ce qu'on appelle ^ dans la langue catholique les Limina apostoloru>n - : lieux àjamais vénérables, que la piété reconnaissante du monde civilisé ne cesse de couvrir de ses baisers brûlants ; en sorte que le pèlerin du dix-neuvième siècle ne fait qu'ajouter ses hommages à ceux des chrétiens delà primitive Église. Tel était leur empressement auprès de ces tombes sacrées, que la violence même de la persécution ne pouvait le ralentir. C'est au moment oii il faisait sa prière à la Confession de saint Paul que Tranquillinus, noble père des saints martyrs Marc et Marcelin, fut saisi par les païens et mis à mort au milieu des plus affreux tourments.

1 Janitor ante fores fixit sacraria Petrus.

Quis neg-et lias arces instar et esse poli ? Parte alia Pauli circumdant atrla muros ; IIos inter Roiiia est : hic sedet ergo Dans.

Gruter., Inscrip., p. 1170.

- Venerande basiliche amendue appellate trofei, confessioni e liminari apostoiici. — Mazz., p. I9i.

— llo —

Quand vous avez quitté la Catacombe de Sainte-Lucine, si vous entrez dans une des \ignes sur la Voie d'Ostie, du côté de Saint-Sébastien, vous arrivez à l'ouverture du cimetière des saints Félix, Adaucte et Gomodilla. Bien que restauré parles papes saint Jean I" et saint Léon III, il est fort endommagé, ainsi que l'église de Saint-Félix, dont il reste à peine quelques ruines. Théâtre de glorieux combats, cette Catacombe vous offrira sinon des monuments, du moins de précieux souvenirs. Le trentième jour d'août de l'an 1:02, sous l'empire de Dioctétien, le préfet de Rome faisait conduire à la mort un prêtre nommé Félix. Arrivé sur la Voie d'Ostie au second milliaire, le cortège s'arrête et le prisonnier reçoit l'ordre de se prosterner devant un grand arbre planté dans ce lieu. Félix, feignant d'obéir, se met à genoux, fait sa prière; puis, se levant tout à coup, il souffle contre l'arbre en disant : « Au nom de mon maître Jésus-Christ, je t'ordonne de te déraciner et d'écraser dans ta chute l'autel sacrilège que tu couvres de ton ombre, aiin qu'il ne soit plus un objet de déception... n

Au nom de celui qui a dit : Ceux qui croiront en moi feront de plus grands prodiges que moi-même, l'arbre obéit. Témoin du miracle, un païen se convertit à l'instant et participe au martyre du saint prêtre dont il partage la foi. Ignorant son nom, les chrétiens le nommèrent Adauctus, fleuron ajouté à la couronne de Félix K Ce double supplice eut lieu non

1 Prœcipio tibi in nomine mei Jesu Christi ut a radicibus tuis corruas et arani funditus comminuas, ut amplius per te animse nullatenus decipiantur. Cod. ms. S. Petr, et VaUcell.

' Hujus nomen ignorantes christiani, Adauctum eum appellaverunt, eo quod sancto Felici auctiis sit ad coronam. Martyr. Rom., 30 auor.

loin de la Catacombe de Comodilla, dans laquelle les héros de l'Évangile furent déposés.

En effet, si la Catacombe de Saint-Félix doit son premier nom au noble courage d'un martyr, elle doit le second à la charité non moins glorieuse d'une pieuse vierge, appelée Comodilla, qui l'avait fait ouvrir probablement dans sa propriété. Déjà deux vierges, célèbres dans nos fastes sanglants, avaient immortalisé cette Catacombe. Sous l'empire de Valérien et la présidence de Gaïus, Digna et Emérita, vierges romaines, toutes deux d'une naissance illustre, furent martyrisées aux regards de toute la ville et ensevelies par les frères dans le cimetière de Comodilla sur la Voie d'Ostie. Objets de la vénération de l'Eglise, leurs corps sacrés se trouvaient en 757, par suite des ravages des Barbares, exposés à la profanation, lorsque le pape saint Paul résolut de les transporter dans l'église des saints Denis, Rustique et Éleuthère.

Cette église avait été bâtie dans la maison paternelle du saint pontife, par son frère le pape Etienne III, auquel, chose unique dans l'histoire de la papauté, il succédait immédiatement : la translation se fit avec une grande pompe. Quand le précieux dépôt fut arrivé en face de l'église de Saint-Marcel, au Corso, on ne put, malgré tous les efforts possibles, le porter un pas plus loin. Le Saint-Père comprit que Dieu demandait que les corps des glorieuses martyres fussent déposés dans l'église de Saint-Marcel. Ils y sont encore renfermés dans une magnifique urne de porphyre; et leur présence plus d'une fois s'est manifestée par d'éclatants miracles, notamment en 1598, à l'époque de l'épouvantable inondation du Tibre ^.

^ Voyez Aringhi, lih. III, c. v. p. r2:)7.

En continuant à suivre la voie cVOstie, on trouve, à sept milles de Rome, laCatacombe de Sâint-Gyriaque. Célèbre dans l'histoire de la primitive Église, et par les martyrs dont il fut la sépulture, et par la Basilique dont il était enrichi, ce cimetière offre à peine quelques vestiges au voyageur actuel. Peut-être que des fouilles exécutées avec soin mettront au jour les trésors sacrés qu'il renferme. En attendant, il suffit de nommer quelques-unes de ses gloires ^.

Le seizième jour de mars de l'an 307, sous l'empire de Maximien, un diacre nommé Cyriaque, digne émule de saint Laurent par son zèle et par sa charité, était étendu sur un horrible instrument de supplice appelé chevalet. A la grande joie de Rome païenne, on lui disloquait tous les membres, on lui versait sur le corps de la poix bouillante, on le déchirait de coups de bâton; enfin, il rendait, en mourant, le plus incontestabletémoignage quel'hommepuisserendreàsafoi.

A côté de lui, et compagnons de ses tortures, étaient Largus, Smaragdus et vingt autres soldats de Jésus- Christ, non moins intrépides que le saint diacre. Ils ont vaincu, et leur triomphe va commencer pour ne plus finir. La foule, enivrée de leur sang, s'est retirée dans les amphithéâtres ou les lieux de débauche, comme le tigre rentre dans son antre en se léchant les lèvres après.avoir dévoré sa proie. Mais, comme au Calvaire, les chrétiens restent sur le lieu du supplice, contemplant avec amour les corps de leurs frères et attendant le moment de les ensevelir. Ils les transportent

. 1 Les fouilles activement exécutées, depuis dix ans, sous Tintelligente direction de M. de Rossi, ont amené la découverte de nouveaux ([uartiers des Catacombes, et d"une foule d'objets qui composent le Jliisée chrétien de Saint-Jean de Latran.

en toute hâte dans la Catacombe voisine de Sainte- Priscille, et plus tard dans celle que Gyriaque a rendue si célèbre en lui donnant son nom. La tête de l'illustre lévite repose à Sainte-Marie in via Lata.

Au souvenir de tant de courage, dont les Catacombes offrent à chaque pas d'éclatants exemples, la foi du pèlerin devient comme le diamant, et l'on ne peut s'empêcher d'adresser aux incrédules cette question sans réplique : « Aveugles que vous êtes ! comment ne voyez-vous pas qu'il n'est personne au monde assez fou pour vouloir souffrir sans motif de pareilles tortures, ou assez fort pour les supporter sans Dieu ^ ? »

YIII

Catacombes de la Voie Ardéatine. — Insci-iptions des tombeaux. — Caractères distiactifs des inscriptions chrétiennes. — Brièveté, simplicité. — Contoxture. — Le mot Depo^itus. — Les acclamations. — Catacombes des Saints-Nérée-et-Acliillée. — Triomphe de sainte Flavie. — Catacombes de Saint-Damase et des Saints-Marc-et-Marcellin. — Histoire de leur martyre. — Leur réponse. — Le pape saint Damase.

Les belles fêtes de Noël, les visites du premier de l'an et quelques stations faites aux bibliothèques avaient interrompu notre voyage dans la Rome souterraine; nous le reprîmes aujourd'hui. Dans la dernière excursion nous avions fait connaissance ayecles noms divers, les entrées, les galeries et les tombes de l'immortelle nécropole. C'est la première page de ce grand livre ; les inscriptions en forment une seconde, que nous allons étudier.

1 Non intelligetis, o miserl, neminem esse qui aut sine ratiofie velit pœnam subire, aut tormelita sine Deo possit sustinere ? — Mix. Fel., Odav.

Dans les parties explorées des Catacombes, on a trouvé une multitude d'inscriptions appartenant aux premiers siècles de rÉglisei. Soigneusement incrustées, pour la plupart, dans les murs intérieurs du Vatican, elles composent une vaste galerie, dont l'étude est une source inépuisable de connaissances et de souvenirs délicieux. En regard des inscriptions chrétiennes on a placé un nombre correspondant d'inscriptions païennes, en sorte qu'il est facile d'apprécier les différences qui distinguent les unes des autres. Ces précieux monuments, joints à ceux que nous avons rencontrés dans les différents cimetières, serviront de base aux éclaircissements que nous allons donner.

La simplicité, la brièveté, la contexture, l'emploi de certains mots et de certains signes distinguent essentiellement les inscriptions chrétiennes, et empêchent de les confondre avec les inscriptions païennes.

D'abord, la simplicité. Le nom de la personne, son âge, l'époque de son inhumation, sa mort dans la foi de l'Église, voilà, en général, ce que disent les plus longues inscriptions de nos temps primitifs. Citons seulement quelques exemples :

FLYALE, LXFAXTIS DVLCISSIM.E

QV.E VIXIÏ A.XXO V-NO ET MEN.

m. D. P. V. ID. OCT. IN PAGE.

« Au Dieu tout-puissant. — A Flavie, enfant bienaimée, qui vécut un an et trois mois. Déposée le cinq des ides d'octobre. »

SECVNDI.WS FRATRI SYO VICTORIXO

1 Elles ont été publiées par plusieurs auteurs, et, en dernier lieu, par M. de Rossi.

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