Didascalie, c xxi. Canoniste contemporain, 1902, p
4. /ô., p. 2-2. Cf. Constitut. Apostol., 1. V, c. xviii. P. G., t. I, 890.
Voilà donc où Ton en était à la fin duiii" siècle : les catholiques jeûnaient, en fait de carême, la semaine de Pâques, et encore avec une certaine diversité d'usages ; les Montanistes, qui affectaient une plus sévère mortification, jeûnaient deux semaines, le samedi et le dimanche exclus.
Aviec le concile de Nicée (325), on voit apparaître, pour la première fois, l'expression de Quarantaine. Le canon V, parlant des deux synodes que les évoques de chaque province doivent tenir tous les ans, porte que « ces conciles devront se tenir, l'un avant le Carême^ ». Ce que l'on entendait par le mot Quarantaine, tout le monde le comprenait : on savait que la quarantaine avant Pâques était un temps de prière, de pénitence et de jeûne. Mais il n'en faut pas conclure que l'on jeûnait durant toute cette quarantaine. C'était une période pendant laquelle, plus qu'en toute autre, on jeûnait ; on ne jeûnait pas toute la période. Les lettres pascales de saint Athanase en fournissent la preuve. Dans la plus ancienne, celle de 329, le jeûne part du lundi, comme dans la Didascalie syriaque. L'année suivante, si le jeûne figure parmi les pratiques de pénitence pendant le Carême, le jeûne obligatoire est celui de la semaine sainte. A Rome, la discipline est plus sévère, et bientôt on s'y plaindra de la mollesse des Égyptiens et de leur unique semaine jeûnce. D'autres Églises, parmi les moins ferventes sans doute, jeûnent deux
1. « Al C£ cTjvoSoi Y'^^'Qwcjav, {/.(a [xèv Twpo tf,; TciffapaxoaTrjÇ » Bruns, t. i, p. 15.
OU trois semaines réparties probablement dans la Quarantaine. On voit que peu à peu la quarantaine sera consacrée tout entière à ce mode de pénitence.
II en fallait toutefois défalquer partout le dimanche et, en plusieurs régions, le samedi. Ainsi en est-il à Milan sous l'épiscopat de saint Ambroise. Ainsi en est-il généralement en Orient, où le jeûne de la quarantaine est distinct, sauf à Jérusalem, pendant quelque temps, et Alexandrie, de celui de la semaine sainte. Là, le Carême s'étend donc sur sept semaines, mais les jours de jeûne ne dépassent pas trente-six, le nombre bientôt admis partout en Occident. On trouva toutes sortes de bonnes raisons pour le maintenir. Ne formait-il pas la dîme de l'année, et le Carême n'apparaissait-il pas ainsi comme le tribut réclamé par Dieu lui-même à son peuple dans l'Ancien Testament?
Cependant les esprits logiques n'étaient pas satisfaits. La sainte Quarantaine, puisqu'on la nommait ainsi, n'était pas complète avec le total de trente-six. D'ailleurs, peut-être quelques-uns, sans attribuer trop d'importance aux raisons mystiques qui paraissaient consacrer cette dîme de l'année, avaient-ils dépassé ce nombre de trente-six, et peut-être jeûnait-on quarante jours complets à Jérusalem quand la pèlerine Ethérie y faisait sa visite aux Lieux-Saints (fin iv« siècle). En Occident aussi on finit par compléter le total de quarante. Ce fut au vii^ siècle. Un pape, on ne sait lequel, ajouta aux six semaines observées communément un supplément de quatre jours pris avant le premier dimanche de Carême, et le nombre sacramentel fut at-
CINQUIÈME COMMANDEMENT. 2i7
teint. On donnait par là satisfaction aux fervents. Déjà en Gaule, au vi^ siècle, ils avaient essayé d'obtenir que le Carême fût vraiment une quarantaine ; mais leurs efforts s'étaient heurtés contre une vive opposition, au concile d'Orléans, de 541 ^ et ils avaient échoué.
Mais ce qu'on avait obtenu en Gaule, non sans peine il est vrai, c'était le jeûne du samedi. Le concile d'Agdc (506) en avait fait une obligation stricte 2, que le même concile d'Oléans de 541 confirma de nouveau^.
Au vII^siècle, le Carême paraissait donc définitivement constitué. Depuis longtemps, le pape saint Léon et, avant lui, saint Jérôme affirmaient qu'il était d'institution apostolique : le respect des anciens interdisait qu'on y changeât rien. Saint Isidore de Séville. en confirmant de son autorité ces affirmations, devait achever de les rendre sacrées.
Malheureusement tout le monde ne voulut pas s'en contenter. D'aucuns eurent la prétention de préciser plus encore et en même temps d'atténuer ce que ces affirmations contenaient de trop absolu. Au vi'' siècle, le rédacteur du Liber Pontificalis attribuait au pape Télesphore l'institution d'un carême de sept semaines ■*. C'était indiquer qu'à l'époque où il écrivait ce
\. C. 11. Maassen. p. 87-88.
î. • Placuil etiam ul onmes ecclcsiae filii, exceplis diebus dominicis, in quadragesima, etiam die sabbato, sacerdotali ordinatione et districtionis comminationc jejunent. • c. xii. But ns, t. H. \k\\.
3. « Sed ncque |)er sal)bata absque infirniitate quisciuis absolvat quadragesimale jejunium, nisi tantum die dominico prandeat. » c. 11, loc. cit.
^. « Hic conslituit ul seplcm ebdomadas antc Pascha jejunium celé-
carême allongé était observé au moins par quelquesuns. Peut-être ces sept semaines avaient-elles pour unique fin de maintenir le total de trente-six jours communément observé, car le même Liber Pontificalis attribuait au pape Mclchiade (311-314) Tinterdiction de jeûner le jeudi ^ , interdiction dont on attribua la levée au pape Grégoire II (715-731) 2. Toutefois ces nouveautés n'eurent pas d'effet sur la discipline générale. Mais elles en eurent sur la discipline particulière des clercs à qui elles imposèrent de commencer le jeûne dès le dimanche de la Quinquagésime. Une autre pièce apocryphe, mise sous le nom de saint Grégoire le Grand, leur faisait une obligation d'agir ainsi afin de montrer aux fidèles qu'ils leur étaient supérieurs par la vertu de mortification comme par la dignité de leur consécration ^,
Cette aggravation de pénitence atteignit non seulement les prêtres, mais, en certaines régions, même les laïcs. C'était le cas en Provence. « Nous, les Provençaux, écrit Durand de Mende, nous commençons le Carême le lundi avantles Cendres et ainsi nous jeûnons plus que les autres nations. » Il ajoutait cette explication, qui montre qu'il ignorait le motif originel de sa discipline particulière : « Nous le faisons non
braretur ». Duchesne, le Liber Pontificalis, t. I, 1:29. Cf. c. Statuimiis, IV, Dist. IV, dans Gratien.
1. « Hic constituit nulla ratione dominico aut quinta feria jejunium quis de fidelibus agere. » Ib., 1G8. Cf. c. Jejunium, xiv, Dist. ni, de Cori' secratione.