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Histoire des comtes de Flandre

Lorsqu'un demi-siècle avant 1 ère chrétienne les légions romaines, conduites par Jules-César, arrivèrent dans la partie septentrionale des Gaules, elles trouvèrent, entre l'Océan germanique, le Rhin et le cours de la Somme, un vaste pays qu'aucune lueur de civilisation n'avait encore éclairé. Ce n'était qu'une longue suite de forêts entrecoupées çà et là par des marécages et des terres incultes ; une pauvre et sauvage contrée, voilée par d'éternels brouillards, attristée par des vents glacés et inondée souvent dans ses parties basses par les eaux de la mer^

Une race d'hommes cependant y avait déjà succédé à une autre race établie dans ces régions-à une époque qui se perd dans l'obscurité des temps. Depuis bien des siècles, en effet, lesKymris dontles Bolgs ou Belges formaient une grande tribu, s'étaient, par des invasions successives^ emparés des terres occupées par les aborigènes, Galls ou Celtes, en les refoulant vers le midi ou en se mêlant à eux par des alliances et des mariages. D'autres

(1) Cœs. Co'.nm. Sl)-ab. gcog. Pline. Dion Cassius. etc.

peuplades d'origine germanique les avaient suivis à des intervalles plus ou moins rapprochés, et à l'époque de César, des hommes d'Outre-Rhin continuaient à émigrer vers une terre où ils espéraient trouver sans doute des ressources que les contrées qu'ils abandonnaient ne pouvaient plus leur offrir.

Au fur et à mesure que telle ou telle portion du pays fut occupée, il se forma des cantons ou pagi qui prirent le nom des différentes tribus qui s'y fixèrent.

Le long des côtes de la mer du Nord et de l'Océan résidaient les Ménapiens et les Morins. Entre la rive gauche du Rhin et la Meuse habitaient les Eburons, les Tréviriens et les Atuatiques. La grande tribu des Nerviens s'étendait enfin de la rive gauche de la Meuse à la rive droite de l'Escaut et même un peu au delà, jusqu'aux sources de ce fleuve ^ confinant à l'ouest aux Morins et aux Ménapiens, au sud-ouest aux Atrébates , au sud aux Veromanduens et aux Ambianiens limités

(2) Elle se subdivisait elle-même en plusieurs petites tribus ou clans, les Centrons, les Grudiens, les Levaque^, les Plumosiens, lesGorduus. Cœsar. Comin.Y.c.39.

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eux-mêmes par la Somme et l'Aisne.

L'élément celtique ou kymro-celtique dominait dans ces trois ornières tribus où il ne paraît pas que les plus récentes invasions germaniques aient pénétré.

César s'était emparé de la majeure partie des Gaules en moins de deux ans ; mais lorsqu'il aborda le territoire belgique, il y rencontra les plus sérieuses difficultés. Elles provenaient moins de la nature et des obstacles d'un sol abrupt, tourbeux et couvert de bois que de l'indomptable courage des peuples libres qui le foulaient et dont il venait sans provocation troubler l'indépendance. Toute In puissance romaine dont il disposait faillit se briser contre l'héroïsme des Nerviens qui, au nombre de soixante mille, se firent massacrer jusqu'au dernier dans la mémorable bataille des bords de la Sambre, plutôt que de livrer sans défense l'accè;de leur patrie aux envahisseurs de race étrangère dont ils avaient entendu raconter les atrocités et les pillages durant leurs courses à travers les Gaules. Il ne fallut pas moins de neuf années de combats et de travaux à César pour domptei toutes les tribus belges.

Les Romains occupèrent militairement le nord des Gaules pendant près de cinq siècles sans que leur domination fût assez complètement assise pour n'y être pas souvent troublée . Les tribus éloignées du centre d'action des colonies établies sur divers points du territoire n'abdiquèrent jamais leur sauvage indépendance. L'amour de la liberté, si profondément enraciné chez les barbares de race germanique , les retenait dans les forêts et les retraites marécageuses d'oti ils faisaient aux conquérants une guerre incessante. Elle se perpétua principalement avec une remarquable opiniâtreté chez les Ménapiens, ancêtres des Flamands dont nous allons retracer l'histoire.

Lorsque les légions rappelées à Rome

que menaçaient les Goths, quittèrent ce. pays où elles avaient séjourné si longtemps, on y retrouvait encore les libres enfants de ces Belges nommés par César lui-même les plus valeureux entre tous les Gaulois', ces barbares, à la taille gigantesque, à l'œil bleu et farouche, à la chevelure d'un rouge ardent, ainsi que les dépeint Tacite*.

Si l'on considère la durée de l'occupation, on est surpris du peu de traces de colonisation qu'elle laissa en définitive sur le sol. A part quelques camps retranchés dont les vestiges sont à peine visibles, les itinéraires, dressés sous Honorius, ne signalent que quelques cités érigées sur l'emplacement d'anciennes bourgades indigènes ; chez les Nerviens : ' Tournai , Bavai et Cambrai ; chez les Ménapiens : Cassel ; chez les Atrébates : Arras ; puis des routes stratégiques connues sous le nom de chaussées Brimehaut, et se dirigeant vers les divers points de l'empire, indispensables d'ailleurs pour le ravitaillement des colonies. Deux ports aussi, le Portus Ictius et Gessoriacum , sur le littoral des Morins, servaient à l'embarquement des troupes pour la Grande- Bretagne.

Mais nulle part dans la Gaule Belgique ne se rencontrent ces monuments de la puissance romaine laissés par les conquérants dans le centre et surtout dans le midi du territoire gaulois; ces palais, ces thermes, ces aqueducs, ces arènes dont les ruines imposantes subsistent encore.

On n'y retrouve plus que des vestiges enfouis sous le sol, comme si les peuples vaincus avaient pris à tâche d'anéantir ce qui devait rappeler à leurs descendants le souvenir odieux de la servitude.

Du reste, la majeure partie de la Gaule

(1) Horum omnium Gallorum fortissimi sunt Belgae. Cœs. Comm. i. cap. i.

(2) Truces et caeruiei oculi, rutilae comse, magna corpora, Germania, cap. rv.

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Belgique n'avait point perdu son aspect primitif après le départ des Romains ; il est mê'me probable que ces derniers n'occupèrent jamais, d'une manière permanente du moins, certaines portions du pays, notamment dans les parties septentrionales et occidentales de la contrée maritime et submersible occupée par les Ménapiens. Le géographe Strabon, qui écrivait au deuxième siècle , nous retrace ainsi le tableau de cette région qui porta depuis ie nom de Flandre et des barbares qui l'habitaient de son temps.

« Les Ménapiens, dit-il, résident de l'un et de l'autre côté des bouches du Rhin, dans des marais et des forêts composées de bois peu élevés, mais épais et couverts de ronces. Lés Morins sont, vers la mer, voisins des Ménapiens. Leur pays est semblable. C'est une forêt d'arbres de peu de hauteur. Ils en ferment les abords pour résister aux invasions armées, en entrelaçant les tiges flexibles des buissons et en établissant çà et là des palissades. Ils se cachent, avec toutes leurs familles, au fond de ces forêts où se trouvent quelques petites îles entourées de marais. Lorsque le temps est humide, ils peuvent aisément s'y assurer un refuge ; mais si la sécheresse survient, il est facile de les y atteindre.. . .

« Tous les Gaulois sont belliqueux ; plus on s'avance vers le nord et la mer, plus ils sont intrépides. On distingue les

Belges entre tous Les Belges portent

le saguni et de larges braies, et laissent croître leur chevelure. Ils ont des habits ouverts et à manches qui descendent jusqu'à la cuisse. La laine de leurs troupeaux est rude, mais rasée près de la peau : ils en font d'épais sagums qu'ils nomment tena. Leurs armes se composent d'un long glaive suspendu à droite , d'un grand bouclier, d'une lance et de la méris, espèce de pique ; quelques-uns se servent d'arcs et de frondes. Ils ont aussi des pièces de bois en

forme de javelots, qu'ils ne lancent pas avec une courroie, mais avec la main et qu'ils emploient principalement à la chasse

des oiseaux. Ils couchent à terre Leur

nourriture consiste en laitages et en diverses espèces de viandes, surtout en chair de porc fraîche ou salée. Un toit élevé domine leurs maisons construites de planches et de branches. La plupart de leurs républiques sont gouvernées par les anciens*. «

Deux siècles plus tard, le rhéteur Eumène, dans un panégyrique de l'empereur Constance, parle ainsi du territoire ménapien :

« 0 César, j'oserai le dire; ce n'est point une terre véritable, cette contrée que tes divines expéditions ont délivrée et conquise, et que l'Escaut arrose de ses replis tortueux. Elle est tellement pénétrée et imbibée par les eaux, que nonseulement dans les plages marécageuses elle cède et fléchit sous les pas dont elle retient l'empreinte ; mais que même là où elle paraît un peuplus ferme, elle s'ébranle encore sous le pied qui la foule au point qu'on la croirait mal affermie sur ses fondements. Aussi, ce sol vacillant et comme suspendu semble fait tout exprès pour exercer le soldat aux combats maritimes. Mais c'est en vain que les barbares ont cherché un asile dans ces retraites trompeuses et dans les profondeurs de leurs forêts^. "

L'occupation romaine, bien qu'elle n'eut pas pour effet d'assimiler les vaincus aux conquérants en détruisant complètement la nationalité de la race indigène ni en transformant et poîicant ses mœurs, produisit néanmoins pour l'avenir d'incontestables résultats. La langue romaine devenue la langue de l'administration et bientôt après celle des missionnaires chrétiens et

(1) Strab. Geo'j., i. iv.

(2) Eurnen. Paneg. Constant. Cœs. ctict.

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du clergé, se substitua peu à peu aux idiomes celtiques ou tudesques sur tous les points du pays où les établissements romains subsistèrent le plus longtemps et oti l'élément germanique fut ainsi le plus complètement neutralisé. En second lieu, le christianisme prêché dans ces colonies par les premiers missionnaires grecs ou romains, en pénétrant à la longue chez les indigènes au moyen d'une langue qui ne leur était plus tout à fait étrangère et au prix d'héroïques efforts et de bien du sang répandu, finit par amener la révolution qui introduisit la Gaule septentrionale dans le monde civilisé.

Suivant une tradition puisée dans les plus anciens légendaires, dès le premier siècle de l'ère chrétienne, la doctrine évangélique aurait été apportée par saint Materne, disciple de l'apôtre Pierre, dans les contrées baignées par le Rhin et l'Escaut. L'on n'a aucune preuve certaine de cette prédication primitive ; mais ce qui paraît historiquement établi, c'est que vers la fin du troisième siècle, des missionnaires venus de la Grèce et de Rome, Piat, Chrysole et Eucher prêchèrent l'Evangile dans quelques-unes des colonies romaines de la Gaule-Belgique.

Les progrès de cette prédication s'étendaient rapidement, lorsque la persécution dioclétienne vint les arrêter. Le nord des Gaules eut alors ses premiers martyrs.

Piat et Chrysole périrent dans les tortures : le premier à Tournai chez les Nerviens, et le second chez les Ménapiens, dans un village des bords de la Lys appelé Verlinghem.

D'autres apôtres, Gentianus, Victoriens et Fuscianus étaient également immolés au pays de Térouane, tandis que Quentinus, romain de race sénatoriale, succombait dans la cité des Veromanduens qui depuis garda son nom (Saint-Quentin), que la vierge Macra était brûlée vive à

Rheims et que le sang des chrétiens égorgés à Trêves rougissait les eaux de la Moselle,

A ces premiers apôtres en succédèrent d'autres qui paraissent avoir porté la lumière évangélique plutôt chez les conquérants de la Belgique que parmi les Belges eux-mêmes. Du moins leurs tentatives pour convertir les difierents peuples indigènes n'eurent dans le principe aucun résultat appréciable. Ainsi au quatrième et au cinquième siècle, tandis que toutes les Gaules ou à peu près étaient déjà chrétiennes, les Gallo-Belges restaient encore asservis aux étranges et superstitieuses croyances du druidisme ou des mythes Scandinaves apportés par les. dernières migrations.

Cependant Constantin avait rendu la paix à l'Eghse. Au début du v^ siècle, l'œuvre de la colonisation tend à se régulariser et l'on voit, pour la première fois dans la Gaule septentrionale, des missionnaires officiellement envoyés par Rome sous le nom d'évêques régionnaires. Déjà Victricius, soldat romain, devenu plus tard évéque de Rouen, s'était hasardé seul dans les forêts nerviennes et jusqu'au fond des marécages hantés par les Morins. » Tyticus nous a appris, lui écrit saint Paulin de Nôle, quelle clarté brillante le Seigneur a répandue sur des régions jusqu'à ce jour livrées aux ténèbres. Le pays des Morins placé aux confins du monde et que l'Océan frappe en mugissant de ses flots barbares, voit aujourd'hui les peuples relégués sur ses côtes sablonneuses se réjouir de la lumière que tu leur as portée et soumettre au Christ leurs cœurs farouches. Là où il n'y avait que des forêts et des plages désertes , dévastées par les pirates qui y abordaient ou s'y étaient établis, les chœurs vénérables et angéliques des fidèles s'élèvent pacifiquement des églises et des monastères, dans les villes et dans les bourgs, au milieu des

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îles et des bois. Le Christ a fait de toi son vase d'élection dans les lointaines contrées du rivage nervien que la foi avait jusqui'ci à peine effleuré de son souffle. Il ta choisi pour que sa gloire retentît jusqu'aux bords des mers où se couche le soleil ^ "

En 410, sous le règne d'Honorius, la notice des provinces et cités de la Gaule rédigée par ordre de cet empereur, indique , pour la seconde Belgique , douze cités qui doivent former le siège d'autant d'évéchés : Rheims , métropole ; Soissons, Châlons, Noyon, Arras, Cambrai, Tournai, Senlis, Beauvais, Amiens, Térouane et Boulogne.

On ignore si ces évêchés furent dans le principe régulièrement occupés ; quoi qu'il en soit, l'invasion des Francs saliens en 445, sous la conduite de Hlodi ou Clodion un de leurs chefs, vint neutraliser les effets de cette première organisation ecclésiastique. Clodion, après avoir franchi le Rhin et soumis les Tongriens et les Toxandriens , traversa la forêt Charbonnière au pays des Nerviens, chassa les Romains de toutes leurs colonies et se rendit maître des municipes de Tournai et de Cambrai où il massacra tous les colons qu'il y trouva, chrétiens pour la plupart. Il marcha de là vers le littoral de l'Océan et saccagea Térouane principale cité des Morins. Quatre années s'étaient à peine écoulées depuis cette rapide et soudaine invasion, lorsqu'Attila et les hordes qu'il traînait à sa suite fondirent de nouveau sur la Gaule- Belgique en la ravageant dans tous les sens.

Ces calamités, si fatales au développement du progrès religieux et social, ne cessèrent que lorsque le chef barbare qui, en anéantissant les derniers vestiges de l'occupation romaine devait asseoir dans les Gaules une nouvelle et définitive domi-

(1) Epist. S. Pauli ad Victricium in BUUpatr. ii, 183.

nation, consentit à courber lui-même son front sous l'eau du baptême.

Après la conversion de Clovis, la prédication de l'évangile ne rencontra plus d'autres obstacles que ceux qui naissaient de la persistante barbarie des mœurs.

Ces obstacles étaient les plus sérieux. Les missionnaires avaient bien reparu , quelques sièges épiscopaux étaient même occupés ; entre autres ceux de Cambrai et d' Arras où saint Vaast, le catéchiste du chef franc, avait relevé de ses ruines une ancienne église détruite durant les invasions ; mais la régénération ne s'accomplissait qu'avec d'extrêmes difficultés chez ces peuplades rebelles à toute influence étrangère qui ne pouvait d'ailleurs que raviver chez elles le souvenir de leur asservissement. Les vieilles tribus germano- belges n'avaient jamais connu de gouvernement régulier en dehors du joug militaire sous lequel la conquête romaine les avait courbées. Dans chaque clan, les plus anciens réglaient les affaires, rendaient la justice, et le suffrage de tous choisissait pour chefs des expéditions guerrières les plus habiles à manier le scharmsax, l'arme nationale des races germaniques ; les plus intrépides à braver la mort dans les combats et qui, au retour d'expéditions précédentes, avaient pu offrir à leurs compagnons de guerre les libations de cervoise ou d'hydromel dans le crâne de quelque ennemi fameux tué de leurs mains.

Cependant certains éléments politiques et sociaux se révélèrent, lorsque les bandes conduites par Clovis se furent répandues à travers les Gaules et que la conquête y fut consolidée. Autrefois les guerriers qui avaient suivi la fortune de quelque chef vaillant et heureux en devenaient les compagnons, (gazais dans les idiomes tudesques, d'où vassal). Maîtres d'un territoire immense, lesMérovingens resserrèrent les liens qui les unissaient à leurs vassaux ou leudes en leur donnant, à titre de bénéfice,

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(jure heneficii) , des domaines grevés de diverses redevances et surtout du service de guerre avec un nombre déterminé d'hommes. Au-dessous de ces grands vassaux vinrent se placer plus tard les hommes libres, possédant des domaines trop peu considérables pour relever directement du prince et dépendant seulement de leur seigneur immédiat comme feudataires ou arrière-vassaux.

Enfin, après ces deux premières classes de la hiérarchie sociale, paraissent les serfs ou colons ruraux, formant la masse de la population des terres conquises, attachés à la culture du sol et astreints, comme appartenant au domaine, à toutes les charges de la condition servile.

Dans cette classe inférieure où dominait l'élément indigène, s'étaient conservées les vieilles traditions des gilcles, ou associations de secours et de défense mutuels. Les serfs s'y affiliaient par serment et on y recueillait le denier destiné à soulager les misères communes. Inspirées par un instinct très-vivace de liberté et d'émancipation, les gildes ne tardèrent pas à porter ombrage aux souverains.

L'empereur Charlemagne les proscrivit même sévèrement en 779. " Que personne n'ait l'audace, dit-il, de prêter ces serments par lesquels on a coutume de s'associer dans les Gildes. Quelles que soient les conventions qui aient été faites, que personne ne se lie par conjuration au sujet de contributions pécuniaires pour les cas de naufrage ou d'incendie'. » Ces associations subsistèrent néanmoins secrètement et se perpétuèrent de génération en génération, renfermant en elles avec le germe des corporations de métiers qui prirent en Flandre un si vaste développement au moyen âge, le futur affranchissement des communes. Mais cette révolution était lointaine encore et ne

(1) Baluz. Cixpit. II, 198 et 2C8.

devait se produire qu après bien des vicissitudes.

Nous avons d'abord à rappeler celles au milieu desquelles s'est formée, au sortir de la barbarie, la féodalité qui, dans son principe, fut établie comme un moyen de défense nationale et ne devint que plus tard une institution politique proprement dite.

Au début de l'invasion et après s'être emparé des contrées situées entre la rive gauche du Rhin et l'Océan, Clovis avait attribué des sortes de vice-royautés à quelques-uns de ses compagnons appartenant comme lui à la race de Mérovée. Ces lieutenants du monarque franc appelés petits rois {regiili), et laissés au m.ilieu des populations conquises, étaient chargés sans doute de les maintenir dans l'obéissance. Il en existait à Cologne, puis dans les deux cités romaines de Cambrai et de Térouane qui paraissent être devenues ainsi pour un moment les capitales du pays des Nerviens d'une part, et de l'autre du pays des Morins et des Ménapiens réunis sous une même domination. Mais ces viceroyautés ne subsistèrent pas longtemps.

Après avoir achevé la conquête des Gaules, Clovis, jaloux de son omnipotence, se défit d'auxiliaires désormais inutiles et qui lui portaient ombrage. Il mit en oeuvre, à cet effet, les moyens aussi ex péditifs que sanguinaires familiers à la politique barbare des Mérovingiens.

Clovis poussa d'abord, par d'odieuses excitations, Chlodéric, fils de Sighebert roi de Cologne, à faire assassiner son père ; il fit ensuite égorger le parricide lui-même, et s'empara du royaume et des trésors du père et du fils tout à la fois. Ensuite, il acheva l'œuvre de destruction, non plus par l'entremise des autres, mais sous ses yeux et de ses propres mains.

Il marcha d'abord contre le roi de Térouane Khararic, sous prétexte qu'il ne lui avait pas prêté assistance dans sa

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lutte (Contre le chef romain Syagrius. Il fit saisir Khararic et son fils. Quand ils furent chargés de fers et qu'on les eut dépouillés de cette longue chevelure symbole de la grandeur de leur race, Clovis commanda que le père fiit ordonné prêtre et le fils diacre. Khararic pleurait son humiliation avec la perte de ses cheveux. " Mon père, lui dit alors le jeune prince, consolez-vous. Les feuillages coupés sur un arbre qui n'est pas mort repoussent et grandissent bien vite. Plaise à Dieu que celui qui vous a fait tout ce mal périsse aussi promptement. » Ces paroles furent entendues et redites à Clovis, qui fit aussitôt couper la tête au père et au fils.

Le chef qui résidait encore au pays des Nerviens en cette cité de Cambrai où Clodion, le bisaïeul de Clovis, avait jadis établi le siège provisoire de sa domination, s'appelait Rhagenher. Il s'était rendu odieux aux Francs par ses débauches et Clovis profita de ce prétexte pour le perdre. Il séduisit quelques-uns de ses leudes ou compagnons en leur faisant distribuer des pièces de monnaie , des bracelets et des baudriers en métal imitant l'or. Quand le maître les envoya en éclaireurs aux environs de Cambrai pour savoir si l'armée de Clovis, qu'on disait s'approcher, était considérable, ils revinrent disant en termes équivoques : " C'est encore une bonne fortune pour toi et pour ton Faron\ « Ainsi s'appelait le favori du roi de Cambrai.

Sur ces entrefaites, Clovis arrive avec une troupe nombreuse. Rhagenher, trahi et vaincu, se préparait à la fuite, lorsque ses soldats, le saisissant et lui liant les mains derrière le dos, l'amenèrent ainsi que son frère Rhiker devant Clovis.

" Pourquoi as-tu déshonoré notre ract

(1) Tibi tuoque Faroiù maximum est supplementum. Grey. Tur. Franc. Hist. t. ii c. 40.

en te laissant enchaîner ? lui dit le petitfils de Mérovée ; il valait mieux mourir^ ! " et levant sa hache il la lui rabattit sur la tête. Alors il se tourna vers Rhiker: « Et toi, lui dit-il, si tu avais secouru ton frère, il n'aurait certes pas été enchaîné^. " Et il le jeta à terre d'un coup de sa francisque.

En même temps que Clovis tuait ainsi de sa propre main Rhagenher et Rhiker, il faisait mettre à mort par des émissaires leur frère Rignomer, roi des Francs établis au Mans.

Cependant les leudes de Rhagenher s'aperçurent que l'or de leurs bracelets, de leurs anneaux et de leurs baudriers était faux. Ils s'en plaignirent à Clovis : " C'est l'or que méritent ceux qui trahissent leurs maîtres*; " répondit celui-ci; et il ajouta qu'ils devaient s'estimer heureux d'avoir la vie sauve.

« Après la mort de ces rois, ajoute Grégoire de Tours à qui nous avons emprunté les détails de ce récit, Clovis recueillit leurs royaumes et leurs trésors. Ayant fait périr encore plusieurs autres rois, et même ses plus proches parents, dans la crainte qu'ils ne lui enlevassent son royaume, il étendit son pouvoir sur toutes les Gaules. Cependant, un jour qu'il avait rassemblé les siens, on rapporte qu'il leur parla ainsi des parents que lui-même avait fait massacrer :

" Malheur à moi qui suis resté comme un voyageur parmi des étrangers et qui n'ai plus de parents qui puissent, si venait l'adversité, me prêter leur appui ^! » Ce n'était pas qu'il s'affligeât de leur mort,

(2) Cur, inqult, humiliasti genus nostrura, ut te vinciïi permitteres ? Melius enim tibi fuerat mori. Ibid.

(3) Si tu solatium fratri tribuisses, alligatus u'ique non fuisset. Ibid.

(4) Merito, inquit, taie aurum accipit, qui dominuni suum ad mortem propria voluntate deducit. Ibid.

(5) Vœ mihi qui tauquam peregrinus inter extraneos remansi et non habeo de parentibus, qui mihi, si veneiit adversitas, possit aliquid adjuvare. liid.

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mais il disait cela par ruse et pour découvrir s'il lui restait encore quelqu'un à tuer^! '»

Telle est la rapide et sanglante histoire des premiers souverains du pays dont s'est formée depuis la Flandre.

Les annales du passé ne nous fournissent aucune trace d'autres dominations particulières en ces contrées jusqu'au règne de Clotaire II, fils dé Cliilpéric, vers 621, époque à laquelle les rois francs eurent, de nouveau, au nord des Gaules, des délégués connus sous le nom de forestiers et qui sont la véritable souche des comtes de Flandre.

Lors de cette institution dont nous allons bientôt parler, les mœurs, qu'une conversion complète pouvait seule adoucir, étaient toujours empreintes d'une étrange sauvagerie, et en lisant les homélies de saint Eloi, on croirait entendre la voix de quelque missionnaire de:nos jours s'adressant aux indigènes des forêts vierges du Nouveau Monde.

Homme d'une rare habileté dans l'art de travailler les métaux précieux, investi de la confiance et comblé des faveurs du roi franc Dagobert, Eloi avait renoncé aux honneurs de la cour et aux jouissances de la richesse, comme à celles de l'art dans lequel il excellait , pour se vouer à l'apostolat chez les idolâtres Franco -Belges. Il descendit le premier les rives de l'Escaut jusqu'à son embouchure et rassemblant les barbares sur son passage, il leur disait: « Je vous conjure, ô mes fils, de cesser vos sacrilèges coutumes. Ne croyez ni aux magiciens, ni aux sorciers. -N'ayez plus foi dans les augures; ne consultez point les diverses manières d'éte]:nuer et n'allez plus le long des chemins espérant tirer des indices' du chant des oiseaux. Evitez aux calendes de Janvier ces bouffonneries

(1] Greg, Tur. Franc. Hist. lib. ii, cap. 42, ad flnem.

criminelles, ces déguisements infâmes au moyen desquels on contrefait les vieille? femmes ou les jeunes cerfs. Ne célébrez plus la fête des chenilles ni celle des souris. Abstenez-vous des orgies nocturnes des chansons boufibnnes et diaboliques, des danses folles qui se pratiquent vers l'époque des solstices. Que personne d'entre vous ne s'avise d'invoquer le nom du diable ou de quelque divinité païenne. Un chrétien ne va pas faire de vœux, allumer des lampes aux débris des temples romains, aux pierres levées, aux fontaines, aux arbres, ni leur demander des secours contre ses maux. Il n'essaye pas de communiquer des vertus magiques aux herbes et ne fait point passer ses bestiaux dans un arbre creux ou sous une excavation de terre, car il semblerait par là les consacrer au démon. Que les femmes no s'ingèrent plus de suspendre à leur cou des morceaux d'ambre enveloppés de toile ou autres étoffes et d'invoquer les noms sinistres des faux dieux. Si la lune vient à s'éclipser, ne la rappelez plus par des vociférations insensées, car ce n'est point sans l'ordre de Dieu que cet astre s'obscurcit à des époques fixes. N'appelez plus le soleil et la lune du nom de dieux et ne jurez point par eux. Ne rendez de culte qu'au Seigneur et à ses saints ; comblez les fontaines, coupez les arbres qu'on nomme sacrés ; ne plantez plus de simulacres de pieds dans les carrefours. Si vous en trouvez, livrez -les au feu. Souvenezvous enfin que votre salut n'est point dans les artifices humains, mais dans l'invocation et la croix du Sauveur ! ^ »

Eloi convertit une partie des Ménapiens, fonda une abbaye à Tournai qui déjà avait eu son martyr dans son premier apôtre saint Eleuthère, et mourut évêque de Noyon. Les effets de son apostolat ne dépassèrent pas un horizon

(2) Vita S. Eli'jii, auctore cœvo S. Audoeno, lib. ii.

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restreint dans le nord des Gaules. Mais son œuvre, poursuivie eti continuée par saint Amand, laissa bientôt après des traces nombreuses et des monuments qui, en traversant les âges, sont devenus des foyers de lumière et de civilisation.

Envoyé par le pape Boniface IV afin de prêcher l'Evangile chez les idolâtres, l'aquitain Amandus choisit aux environs de Douai , dans les possessions d'un noble franc du nom d'Adroald, un lieu désert et marécageux appelé Marchiennes et y fonda une abbaye qui ne tarda pas à devenir célèbre. Quelque temps après il érigea, non loin de Marchiennes et des rives de l'Escaut, le fameux monastère d'Elnon qui produisit tant d'hommes illustres et où les descendants de Charlemagne venaient plus tard s'instruire dans la poésie et les belles-lettres.

" Bientôt il apprit, dit un ancien légendaire , qu'il existait au delà de l'Escaut un pays connu sous le nom de Gand. Les habitants de ce pays, courbés sous le joug odieux du démon, oubliaient Dieu pour adorer des arbres, construire des temples, élever des idoles. La férocité de cette nation, la sauvage et aride contrée où elle vivait, avaient jusque là rebuté le zèle des missionnaires, et personne n'y avait encore porté- la parole de Dieu. " Amandus fut plus courageux et pénétra dans cette partie de la Flandre." Qui pourrait raconter, continue le légendaire , les injures qu'il souffrit pour le nom du Christ ; combien de fois il fut frappé par les habitants de Gand, repoussé avec outrage par les femmes et les cultivateurs des champs, et même précipité dans l'Escaut ? Ses compagnons l'abandonnèrent; mais lui resté seul, persévéra dans se. prédication.'» Ce fut alors qu'il éleva sur le mont Blandain le monastère de Saint-Pierre. Saint

(1) Vita S. Amandi a Baudemundo ap. Boll. Acto 55. Jimii. I, p. 850.

Amand fonda d'autres commuautés religieuses sur divers points de la contrée, et après avoir travaillé toute sa vie à l'œuvre apostolique qu'il avait entreprise, il laissa de nombreux disciples pour l'achever après sa mort.

Tandis que s'élevaient sur les bords de l'Escaut, dans les contrées les plus rapprochées du littoral de l'Océan, ces premiers monuments du catholicisme laissés par le grand apôtre des Flamands-, saint Orner s'efforçait de détruire les dernières racines du paganisme, de ranimer la foi qui s'était presque éteinte lors de l'invasion franque.

Disciple du fameux apôtre irlandais saint Colomban, Odomar ou Omer ayant été nommé évêque au pays de Térouane, vers l'an 638, fit venir près de lui Bertin, Mommolin et Ebertram, pour les associer à ses travaux. Ils bâtirent d'abord aux environs de Térouane une belle église en pierre et en briques , consolidée à l'extérieur par des colonnes, ornée au dedans de -lames d'or et de riches mosaïques^, 'puis se fixèrent, en compagnie de quelques moines, auprès de cette église, et Mommolin fut élu abbé de la communauté naissante. Mais le nombre des moines croissant de jour en jour, il fallut chercher un emplacement convenable pour y établir une nouvelle colonie. Bertin, désigné par son abbé, choisit le lieu où se trouve aujourd'hui la ville de Saint-Omer. Cet endroit s'appelait au vu® siècle Villa- Sithiu, et faisait partie d'un grand domaine appartenant au seigneur franc Adroald dont nous avons déjà parlé. Ce dernier donna le domaine entier à Bertin et à ses compagnons, pour qu'ils y élevassent un monastère dédié à saint Pierre.

Telle fut l'origine de cette illustre maison de Saint-Bertin, dont les premiers

(2) Cavtulaire de Si-Berlin, publié par M. B. Guérard, p. 17,

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comtes de Flandre s'honoraient d'être les abbés.

Le développement des institutions monastiques opéra peu à peu la régénération du nord des Gaules. Au fur 'et à mesure que s'élevaient les églises et les monastères, les populations, disséminées jadis comme toutes les tribus germaniques et presque nomades, s'aggloméraient autour de ces pieux monuments où elles trouvaient avec les enseignements de la foi et les connaissances humaines essentielles, le fraternel et salutaire exemple de la prière et du travail en commun. Elles devaient conserver longtemps encore des instincts de barbarie, mais une source nouvelle de bien-être moral et physique s'ouvrait pour elles; les vieilles forêts se défrichaient, et les terres incultes, se transformant en plaines couvertes de moissons, leur fournissaient d'autres aliments que ceux qui d'ordinaire nourrissent l'homme à l'état sauvage. Cette colonisation première les Romains n'avaient pu l'accomplir, car ils n'avaient pas , comme le christianisme , fait la conquête des âmes avant de faire celle du sol. A la doctrine évangélique seule il était réservé d'opérer cette grande révolution et d'en assurer les bienfaits à la postérité.

Ce fut au moment où cette révolution se préparait sous la féconde impulsion du sentiment chrétien que les nouveaux délégués des rois francs , dont nous avons parlé furent, au nord des Gaules, institués sous le nom de forestiers. Leurs attributions sont définies dans un grand nombre de capitulaires : elles consistaient à gouverner, sur les marches des terres conquises, les contrées couvertes d'immenses forêts formant alors le principal revenu du fisc royal ; à surveiller les forêts et leur exploitation ; apercevoir le cens qui se payait à l'Empereur ; à poursuivre et maintenir dans le devoir

les serfs fugitifs ou rebelles ; enfin à garder avec soin les bêtes fauves destinées aux chasses impériales et à entretenir des faucons et des éperviers pour le même usage. ^ Ces délégués, de race franque, étaient sans doute les descendants des . compagnons de Clovis. L'histoire commence à les mentionner sous Clotaire II, qui était né et avait été élevé au sein des populations franco-belges, mais elle n'en parle que d'une manière assez confuse en leur attribuant même une généalogie douteuse.

S'il faut en croire cependant les chroniqueurs les plus accrédités, Clotaire II aurait d'abord confié une certain^ portion du territoire belgique, alors couvert de bois, à un gardien ou forestier nommé Lyderik. Celui-ci habitait le fort de Bue, situé sur l'emplacement actuel de la ville de Lille. Il avait épousé Rhotilde, sœur du roi franc Dagobert et mourut en 676. On lui attribue deux fils : Antoine qui aurait succédé à son père et serait mort au bout de trois ans, et Burchard, lequel, d'abord appelé préteur de Louvain, ne se nomma forestier qu'après la mort d'Antoine. Burchard épousa Helvide, sœur de saint Wandregisile, dont les reliques reposaient à G and. Ayant pris le parti de Pépin contre Thierri, roi des Francs, ce dernier lui retira le gouvernement de ses forêts. Bientôt après, à la prière de Pépin qui avait fait sa paix avec Thierri, Burchard fut rétabli dans la charge de son père : on lui donna Harlebeke d'où il prit le titre de comte.

Burchard aurait eu pour fils Estorède dont on dit bien peu de chose; et cet Estorède fut père de Lyderik II d'Harlebeke dont on ne parle guère davantage.

Au temps d'Estorède il s'éleva des troubles à Gand au sujet des images des saints. Ce sont les premiers symptômes

(1) Baluze, capit. i, 336, 543.

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de schisme en Belgique. Les uns maudissaient les images comme des instruments d'idolâtrie; d'autres prétendaient, au contraire, que les fîgures et reliques des apôtres du christianisme devaient être précieusement conservées dans les églises, pour l'édification des fidèles. Au milieu de ces quere^es sanglantes, Hildebert, abbé de Blandain, qui défendait courageusement les décrets pontificaux pour la conservation des images , fut massacré ; et l'on inscrivit son nom parmi ceux des martyrs de la foi.

Estorède étant mort, son fils Lyderik hérita de la charge de forestier. Il épousa Hermengarde, fille de Gérard de Roussillon, fut établi, dit-on, par Charlemagne, préfet du rivage de Flandre et eut un fils du nom d'Ingelram.

De tous ces personnages qui apparaissent d'une manière si confuse dans la nuit des temps, il n'y a que cet Ingelram, qui soit signalé d'une façon authentiquement historique. Il est nommé dans deux capitulaires de Charles-le-Chauve , des années 844 et 853, comme envoyé royal (missus) au pays de Noyon, Vermandois, Artois, Courtraisis.^

On lui donne un fils, appelé Baldwin ou Bauduin, nom qui dans les idiomes ger-

(1) Avant Ingelram et en 823 on trouve néanmoins un comte Béranger cité dans un capitulaire de Louis-le- Débonnaire , comme gouverneur pour les évéchés de Noyon, d'Amiens, de Térouane et Cambrai, qui correspondent à peu près aux districts soumis à la domination d'Ingelram.

maniques, offre à peu près la signification d'intrépide. Ses contemporains et la postérité y ajoutèrent le surnom dliomme de fer, (ferreus) ou plus communément de Bras de fer, en souvenir de sa valeur, de ses exploits guerriers et peutêtre aussi de l'audacieuse entreprise au succès de laquelle il dut son élévation.

L'histoire commence ici à éclairer d'une lumière plus certaine les annales du passé, et nous verrons bientôt Bauduin-Bras-de-Fer devenir, par d'étranges circonstances, le chef de la dynastie des premiers comtes de Flandre, laquelle se rattachant aux rois chevelus de la race de Merovée, alla se fondre par alliance dans la puissante maison de Bourgogne, pour se perdre, sept cents ans plus tard, dans l'immense monarchie de Charles- Quint.

Cette dynastie eut la gloire de fonder la nationalité flamande, et de préluder aux destinées d'un peuple qui, resserré dans un petit territoire, a pu néanmoins accomplir de grandes choses, donner au inonde les plus nobles exemples de patriotisme et de courage, conquérir une indépendance sans égale au moyen âge, manifester enfin son libre génie, par un développement prodigieux de richesses et d'innombrables chefs-d'œuvre.

A tous ces titres les comtes de Flandre méritaient d'avoir dans l'histoire une page spéciale. Nous allons essayer de la retracer.

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