‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 169 sur 236 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

la nuit prochaine, pendant l'obscurité, afin d'cètre moins facilement enveloppés par la cavalerie; qu'ils avaient juré entre eux de vaincre ou de mourir, voulant mettre fin à une guerre qui durait depuis huit ans ; qu'ils étaient décidés à ne plus temporiser comme à Mons-en-Pevèle, mais à fondre impétueusement sur les Français après s'être recommandés à Dieu. Le roi réunit ses conseillers et leur fit part des résolutions du peuple flamand. Divers plans de bataille furent proposés ; mais des gens sensés firent observer qu'il valait mieux chercher à négocier et à amuser les Flamands. " Ce serait mettre le roi et le royaume dans un grand péril que d'exposer l'armée à un combat nocturne, disaient-ils : nous avons vu ce qui s'est passé à Courtrai ; les Flamands exaspérés sont comme des bêtes féroces. Toute victoire est chanceuse, et, en supposant que nous battions cette canaille, ce ne sera jamais qu'au prix du sang de quelques chefs illustres. »

Cet avis, qui éiait aussi celui du roi, prévalut ; et sans retard Robert comte d'Evreux, Robert duc de Bourgogne et chambrier de France, Amédée comte de Savoie et Jean comte de Dreux furent chargés de négocier une trêve avec les Flamands'. Ceux-ci répondirent qu'ils désiraient entrer en pourparlers, qu'ils n'avaient jamais demandé autre chose qu'une paix honorable et que, si on la leur proposait, ils retourneraient bien volontiers chez eux; autrement ils avaient fait le serment de mourir jusqu'au dernier pour sauver la Flandre. L'intention du roi était d'éviter la bataille à tout prix et d'amener le licenciement de l'armée flamande. Des propositions de paix, auxquelles présidait de la part de Philippe une pensé.,' perfide, furent aussitôt mises par écrit. — Les Flamands, disait ce projet, conserveront leurs franchises; leurs vies, corps, privilèges et forteresses leur sont également garantis. — Le comte de Flandre recouvrera son comté en entier. — Les prisonniers de pari el d'autre seront délivrés sans rançon. — Le peuple payera au roi, pour toute amende, une somme qui ne pourra dépasser 80,000 livres. — Pour garantie et jusqu'à parfait

(1) Archiv. de FI.. 8^ cart de Flandre, pièce 172.

payement, les villes de Lille et Douai resteront comme gage en la main du roi. — Huit arbitres, quatre du côté du roi, quatre du côté des Flamands, seront chargés des détails d'exécution. »

Ce traité était trop avantageux pour n'être point accepté avec empressement. On n'avait pas prévu le piège, et les Flamands avaient une telle confiance en eux-mêmes qu'ils firent de sérieuses difficultés au sujet des villes laissées en gage. Ils passèrent outre cependant, enchantés d'avoir enfin conquis cette paix tant désirée et rouvert aux nobles captifs les portes de la patrie. Dans leur joie ils oublièrent de prendre des siîretés comme le roi en avait pris et d'opérer la conclusion définitive du traité ; faute immense et qu'on eut bientôt à déplorer amèrement. Les princes fiamands auraient dû se rappeler combien de fois ils avaient été dupes de l'astuce du roi, et montrer plus de circonspection; mais il semble qu'en ce moment ils furent éblouis, aveuglés par le bonheur inattendu que la fortune paraissait leur ménager.

Après le coucher du soleil, les hérauts proclamèrent la paix dans les deux camps. Le lendemain malin Philippe de Chiéti consommait l'irappudente évacuation de Lille, dont le roi se mettait en possession, et les troupes flamandes reprenaient le chemin de leurs foyers en remplissant l'air de cris d'allégresse. La Flandre n'avait plus d'armée ! Le roi de France venait de gagner la bataille sans tirer l'épée. De retour à Paris, il éleva une belle statue à la Vierge en souvenance du péril de mort auquel il avait simiraculeusement échappé à Mons-en-Pevèle.

Bien qu'une trêve existât et qu'on n'eût plus à craindre d'hostilités, il fallait s'occuper de la réalisation du projet de paix. D'ailleurs on désirait ardemment voir flnir la captivité des princes. Huit commissaires furent nommés, ainsi qu'il était convenu, pour formuler les conditions du traité sur les bases fixées par le roi, quatre par ledit roi et quatre par les seigneurs, les bonnesvilles et les gens de Flandre. Les négociateurs français étaient les personnages qui précédemment avaient conclu la trêve ; ceux de Flandre, Gérard, sire de Sotteghem, Jean

ROBERT DE BETHUNE

de Ku jck, Jean de Gavre et Gérard de Moor . Des conférences eurent lieu ; mais du côté de la France on paraissait prendre plaisir à les prolonger et à différer une solution. Les demandes du roi variaient de nature et n'étaient déjà plus les mêmes que les premières. Ce ne fut que le 16 janvier suivant que les arbitres s'entendirent enfin sur les clauses du traité. — L'on devait donner au roi 20,000 livres de rente assignées sur le comté de Rhetel ou ailleurs et 400,000 qui seraient payées en argent pendant quatre ans ou 1,200,000 payables en douze ans à son choix. — Six cents hommes d'armes lui seront fournis pour le servir pendanit un an aux dépens de la Flandre partout où il le jugera convenable. — Il pourra punir par voyages ou pèlerinages deux mille personnes de la ville et du terroir de Bruges qui lui paraîtront les plus coupables, savoir mille au delà des mers et mille en deçà. — Moyennant ce, les villes et les habitants de la Flandre recouvreront leurs seigneurs : savoir le comte do Flandre et messeigneuis Robert, Guillaume et Gui; ils seront dans l'hommage du roi comme avant la guerre, et les villes et habitants conserveront leurs franchises. — Les villes et les gentilshommes du pays promettront de ne jamais rien faire contre le roi et de ne pas manquer à l'obéissance qu'ils doivent à lui et à ses successeurs. — Tous les habitants reprendront les héritages qu'ils possédaient avant la guerre ; toutes prisons seront vidéis et tous méfaits pardonnes'.

Telle était la substance du traité. Soit que le roi de France en ait encore retardé l'exécution, soit que les Flamands eussent refusé de souscrire à des clauses si différentes de celles qu'on avait d'abord promises, toujours est-il que les choses restèrent dans le même état. En conséquence la trêve fut, le 11 février, prolongée jusqu'au 24 juin, jour de la Nativité de saint Jean-Baptiste^, Dans cet intervalle le comte Gui, âgé de quatrevingts ans, expira au château de Pontoise, où on l'avait récemment transféré.

(1) Arch (le FI. Roiil.au da 22 bandes de paioheniin. pièce 2. (2) Ibid. pièces 10 et U.

ROBERT DE BÉTHUNE. 1304-1322

Nouvelles exigences du roi. — Traité d'Athîes-sur- Orge. — - Robert de Béthune sort de prison et prête hommage à Philippe-le-Bel. — Les Flamands refusent de ratifier le traité. — Leur mécontentement contre Robert. — Mort de Philippine de Flandre. — Tentatives infructueuses pour renouer la paix. — Troubles à. Bruges. — Modifications au traité de paix. — Il est enfin accepté, et la tranquillité se rétablit en Flandre.

— Tableau de la situation commerciale et industrielle de la Flandre au commencement du quatorzième siècle. — • La Hanse de Londres. — Chaml rj d'assurance à Bruges pour les marchandises. — Traité de commerce avec la Norwége. — Expiration de la trêve avec le Haiuaut. — Appréhensions de guerre. — Entrevue de Tournai. — Accommodement entre les deux comtes.

— Guillaume de Hainaut prête serment de vassalité au comte de Flandre pour la Zélande. — Intrigues d'Enguerrand de Marigny au sujet des villes de Lille, Douai et Orchies, engagées au roi. — Il surprend par une ruse la renonciation définitive desdites villes A, Robert de Béthune. — Colère de ce dernier. — Il préfend la convention nulle et s'emporte contre le roi.

— Le pai'lement de Paris confisque les domaines du comte. — Préparatifs de guerre. — Manifeste du rcii adressé aux Flamands. — Excommunication lancée sur la Flandre. — Révolte de Louis de Nevers, fils aîné de Robert de Béthune, contre le roi. — Mort de Philippe-le-Bel. — ■ Louis X porte la guerre en Flandre. — Désastre de l'armée française inondée et embourbée aux environs de Courtrai. — Philippe-le- Long, régent de France, adoucitles conditions imposées aux Flamands pour la paix. — Obstination de ceux-ci et du comte à ne les pas vouloir agr.jer. — Reprise des hostilités. — Trêve. — Lepape.Tean XXII intervient entre les Flamands et le roi. — Les Flamands repoussent cet arbitrage. — Mécontentement du pape. — Il jette l'interdit sur la Flandre. — Impression que cette mesure produit dans le pays. — Robert de Béthune s'efforce de la détruire. — Mariage de Louis, fils de Louis de Nevers, avec. la fille de Philippe-le-Long. — Nouvel armistice. — Les villes de Lille, Douai et Orchies sont enfin abandonnées auroi. — Règlement reliitif à la succession au comté de Flandre. — Discorde dans la famille du comte. — Mauvaise conduite de Louis de Nevers. — On l'accuse d'avoir voulu empoisonner son père. — Il se justifie et demande pardon au comte, qui lui fait grâce et le réhabilite solennellement. — Mort de Louis de Nevers et de Robert de Béthune.

Robert de Béthune, ses frères, sa sœur Philippine et les principaux seigneurs flamands étaient toujours au pouvoir du roi de France. La trêve du 24 septembre et les propositions de paix du 16 janvier n'avaient eu qu'un but, le licenciement de l'armée

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