CHAPITRE IV
Lorraine, et Frédéric de Luxembourg, à qui ce fief avait naguère été donné par l'empereur, était accouru s'enfermer dans la ville, la meilleure peut-être de toutes ses possessions. Il réussit, par une défense vigoureuse, à faire traîner le siège en longueur, ce qui permit aux seigneurs lorrains restés fidèles à l'empereur de se rassembler pour venir au secours des assiégés. Le marquis des Plamands et Godefroid abandonnèrent alors le siège d'Anvers; mais ils continuèrent à se tenir en état de guerre ouverte contre l'empire.
Les choses en étaient à ce point, lorsqu'Iienri III, qui se trouvait à Bolfeld en Thuringe, vint à mourir peu de temps après avoir désigné son fils pour lui succéder et l'avoir fait agréer par élection générale * . Le nouvel empereur, qui régna sous le nom d'Henri IV, n'avait alors que six ans. Sa tutelle fut confiée, en vertu du testament de Henri III, à l'impératrice, mère du jeune prince, et au pape Victor, successeur de Léon IX. Il devenait plus que jamais nécessaire de pacifier les grands vassaux qui depuis tant d'années troublaient le repos de l'Allemagne, tout en ébranlant le trône des Césars.
Un congrès fut convoqué à Cologne, et l'on y échangea des propositions d'arrangement. On promit à Godefroi de lui rendre le duché de Basse-Lorraine après la mort de Frédéric de Luxembourg : laquelle ne devait passe faire longtemps attendre, car ce prince était déjà fort vieux. Quant à Bauduin, on lui rendit la possession du comté d'Eenham, comprenant la portion de pays située entre l'Escaut et la Dendre, et qu'on nommait la Flandre impériale ; on le réintégra encore dans la jouissance du château de Gand, des Quatre-Métiers, et des îles de la Zélande. Bauduin de Mons, fils aîné du marquis, ne fut pas oublié dans la répartition des fiefs et bénéfices. Le congrès lui accorda le comté de Tournaisis.
Tournai avec son territoire formait, comm'e Cambrai, un état à part, relevant de l'empire, sous la souveraineté immédiate de ses évêques; et, bien qu'enclavé entre le Hai-
(1) Bruno, Hist. de Saxon, bello.
naut et la Flandre, il ne perdit jamais son indépendance et sa neutralité. Enfin, Bauduin de Mons obtint la confirmation pleine et entière de son mariage avec Richilde ; et ce fut là le complément de tous ces avantages dont la puissance des souverains flamands venait de s'accroître.
Les relations avec la France avaient presque cessé depuis l'extinction de la deuxième race ; et, à part le mariage conclu entre Bauduin et la fille de Robert, aucun acte important n'était venu démontrer qu'il existât entre les deux pays une grande communauté d'intérêts politiques. Le règne de Henri P*", fils de Robert, fut tout à fait insignifiant. Son histoire se décolore et disparaît au milieu des démêlés sans nombre des barons français, qui continuent à se débattre dans le chaos de la féodalité naissante. Baaduin ne prit aucune part à toutes ces intrigues. Bien que ses rapports avec le roi son beau-frère n'aient pas été très-fréquents , ils vécurent néanmoins en bonne intelligence; et Henri conserva même pour le marquis une estime motivée sans doute par l'habileté avec laquelle il avait su conduire ses expéditions guerrières, et surtout les négociations qui soumirent le Hainaut et les terres impériales de la Flandre à la domination des marquis flamands. ^
Une circonstance solennelle vint bientôt montrer le degré de confiance qu'accordaii Henri à Bauduin de Lille. Lorsque le roi des Français sentit approcher sa mort, il fit, selon l'usage, élire et sacrer son jeune fils Philippe en présence des grands vassaux (1060) ; puis, par son testament, recommanda cet enfant et le royaume dont il allait hériter au marquis des Flamands comme au prince le plus sage et le plus capable qu'il connût. De plus, Bauduin était par alliance l'oncle du futur monarque. Henri P"" trépassa peu de temps après. Sa veuve Anna, fille du duc de Russie, Jaroslaw, eut d'abord la tutelle du jeune roi; mais elle contracta bientôt un second mariage, et cette tutelle fut entièrement dévolue à Bauduin ainsi que l'administration du royaume. A partir do ce moment, il prit dans ses diplômes les titres suivants : « Moi, Bauduin, comte, marquis des Flamands, administrateur et