‹ Histoire des comtes de Poitou, 778-1204 (volume 4)Chapitre 2 sur 18 · AVANT.PROPOS VII · texte numérisé non relu

AVANT.PROPOS VII

était une occasion continue d'erreurs chez les écrivains qiii se hasardaient à traiter un point d'histoire dans lequel leurs personnes ou leurs actes devaient être rappelés.

Cette période de quatre siècles et plus, qui s'étend de la création du comté de Poitou en 778 à sa disparition en tant que fief indépendant par sa réunion à la couronne de France en i2o4, est sans contredit la plus obscure de nos annales, comme l'est du reste celle qui lui correspond dans l'histoire de France. Les textes pourtant ne manquent pas, et bien qu'ils présentent des lacunes dont la plupart ne seront jamais comblées, leur ensemble permet toutefois d'établir une suite de faits que l'on peut sans crainte qualifier d'histoire ; seulement leur mise en œuvre offre des difficultés telles que, même avec la recherche la plus minutieuse, le travail le plus patient, on n'est pas toujours assuré de les surmonter.

Le plus g-rand écucil auquel se heurte le travailleur qui se livre à l'étude de ces temps reculés, c'est le défaut de dates, d'où les erreurs sans nombre sur la chronolog-ie générale, sur la succession des faits ou l'identité des personnes. Non seulement cette omission se rencontre chez les historiens les plus accrédités, comme Adémar de Ghabannes, dont la chronique, qui s'étend du ix'' au xie siècle ne contient presque pas de dates, ou comme Suger, qui n'en a mis aucune dans la vie de Louis VI, mais elle existe aussi dans des documents dont la date devrait être le principal élément, c'est-à-dire dans les actes authentiques. Et encore arrive-t-il parfois que l'ouest très embarrassé pour mettre à leur place exacte les actes pourvus de l'indication de l'année, selon que leur rédacteur a fait partir celle-ci de Noël, du i^^ janvier, du 25 mars ou de Pâques.

Si, à défaut de l'énoncé de l'année, on veut s'appuyer sur des synchronismes, sur les années du règne d'un pape ou d'un roi, ce qui est assez fréquent, on rencontre des cas où l'on reste fort perplexe, comme par exemple celui du roi Charles le Simple, à qui on peut attribuer six époques différentes pour le commencement de son règne.

En témoignage de cette pénurie de dates, on peut présenter le cartulaire de Saint-Cypricn de Poitiers, un des plus précieux recueils de

VIII LKS CO.MÏES DE POITOU

chartes qui nous ait été conservé, lequel, sur les 698 actes qu'il contient, s'élcndant de l'an 888 à ii49j "'c'^ compte que 43 qui portent une indication précise d'année.

En réalité, pendant les xi*' et xii" siècles, mettre une date à un récit, à une charte, à une lettre surtout, était un fait exceptionnel. La règ-le la plus suivie était qu'il n'y en eût pas; et de cela il n'y a pas trop lieu de s'étonner. Aujourd'hui, combien n'est-il pas de personnes qui se refusent volontairement à mettre en tête de leurs lettres toute autre indication que. celle du jour où elles les écrivent, si bien que celles de ces missives qui surnag-eront présenteront aux historiens de l'avenir des obscurités identiques à celles que l'on rencontre chez leurs devancières.

Ces quelques remarques ont simplement pour objet de faire sentir au lecteur une partie des difficultés de la tâche entreprise et de lui donner l'explication de lacunes ou d'erreurs qu'il sera à même de relever. Je ne parle pas du déchiffrement des actes originaux ou autres, ceci est affaire de métier.

Ce qui rend particulièrement délicate l'histoire des Comtes de Poitou, c'est qu'ils ne se sont pas exclusivement cantonnés dans leur domaine primordial. De très bonne heure, ils sont devenus ducs d'Aquitaine, puis de Gascogne, et enfin pendant un moment ils ont été comtes de Toulouse. Le cadre à remplir était déjà vaste; il s'est encore élargi avec Aliénor. La comtesse de Poitou, étant devenue d'abord reine de France, puis reine d'Angleterre, il a fallu la suivre, tout en ne tenant véritablement compte que des actes émanés d'elle ou de ses maris, qui avaient rapporta ses états patrimoniaux ou qui étaient nécessaires pour établir une suite régulière dans le récit de son existence. Puis sont venus successivement son fils Richard, son petitfils Othon, et même Jean-sans-Terre qui, bien qu'ayant abandonné le Poitou à sa mère, ne laissa pas de se mêler de son gouvernement.

Je ne saurais donc dire que cette œuvre est complète ; dans les questions d'histoire on ne peut jamais être sûr d'arriver à ce résultat ; il en est pareillement de l'exactitude au sujet des dates ou des faits rapportés, mais si je n'ai pas toujours rencontré la vérité, je puis du

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