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La mort violente du duc Waïfre en 708, la défaite de son père Ilunald en 771 avaient amené la soumission de l'Aquitaine entre les mains des fils de Pépin le Bref. Cliarles, resté seul maître du royaume franc par la mort de son frère Carloman, advenue le 4 décembre 771, dut se préoccuper de donner à la vaste région, dont la conquête avait coûté aux siens tant d'efforts, une organisation qui y ramènerait le calme et la relèverait des ruines que plusieurs années de ravages y avaient accumulées. Mais les luttes qu'il eut à soutenir contre les Lombai'ds et les Saxons, et quelques autres entreprises qui réclamaient toute son activité, lui firent pendant un temps négliger ses nouveaux domaines de l'Ouest, où du reste la pacification s'opérait peu à peu. Il n'y reparut qu'en 778, alors qu'il dirigeait une puissante expédition contre les Sarrasins d'Espagne. Sa femme Hildegarde, qui l'accompagnait, s'arrêta dans la villa royale de Chasseneuil, où le roi avait célébré les fêtes de Pâques, et, dans le courant de l'été, y mit au monde un fils qui fut appelé Louis. A son retour d'Espagne, vers la fin de l'automne, Charles décora cet enfant du titre de roi d'Aquitaine; le 15 avril 781, il confirma cet acte en faisant donner au jeune prince l'onction sacrée; plus lard, en 796, il lui
a LES COMTES DE POITOU
conslilua une cour ol lui assigna comme résidences d'hiver quatre palais ou villas royales qu'il devait habiter tour à tour; deux d'entre elles, Doué et Chassoneuil, étaient situées en Poitou (1). La création d'un état vassal, fortement organisé, qui couvrirait ses frontières du côté des ennemis héréditaires du nom chrétien, telle est la combinaison que le futur empereur des Francs avait conçue et qu'il appliqua sans retard avec toute la précision qui était l'essence de son génie. Or donc, à la fin de 778, il partagea l'Aquitaine, devenue un royaume, entre neuf comtes qui furent investis non. seulement du pouvoir civil et judiciaire dont jouissaient les comtes mérovingiens, mais à qui il donna en outre l'autorité militaire, précédemment réservée aux ducs, avec la charge spéciale d'assurer cette protection des frontières, objet des préoccupations constantes des rois francs; de plus, afin qu'ils se sentissent plus portés à s'occuper avec zèle de la mission qui leur était confiée, la durée n'en fut pas limitée. C'étaient des hommes de race franque, dévoués personnellement au roi et en qui, sur toutes choses, il pouvait absolument compter. Pour le moment, Charles ne toucha pas aux évêques, que leur caractère sacré défendait contre ses entreprises, mais il se réservait bien de leur ctioisir, quand l'occasion s'en présenterait, des successeurs à son gré; il se montra moins scrupuleux à l'égard des administrateurs des abbayes, encore peu nombreuses, il est vrai, mais toutes relativement puissantes par l'étendue de leurs domaines. Il mit à leur tête de nouveaux abbés, pris aussi parmi ses fidèles francs et qui, dans la société religieuse, devaient contrebalancer l'influence contraire que pouvaient exercer les évêques. C'est encore à des hommes de sa race, que l'on appelait les vassaux du roi, qu'il confia les situations les plus importantes du pays et l'administration des villas du fisc royal. Grâce à ces habiles mesures, toute résistance etTicace se trouva annihilée; les énergiques dévouements auxquels il était fait appel constituaient en effet les mailles d'ime sorte de puissant réseau qui recouvrait tout le pays, et le jeune prince, sous ia direction d'un habile tuteur, put, sans faire
(i) Les deux autres résidences royales officielles étaient Angcac en Angoumois et Ebreuil en Auvergne.